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Chronique | La ville 'genrée' ? Une pantalonnade ? (17-10-2018)

Les aménagements proposés place du Panthéon et place de la Madeleine à Paris font aujourd’hui polémique après qu’Anne Hidalgo a inauguré certains d’entre eux, le 12 octobre dernier. Plutôt peu séduisants, ils sèment la zizanie et mènent jusqu’au discrédit une approche «genrée» de l’urbanisme pouvant être néanmoins intéressante et utile… bref, à Paris, des places de la discorde.

France

Voilà deux places parisiennes qui s’habillent des accoutrements d’une aire d’autoroute. Tables à pique-nique, jardinières en cageot, et blocs de granite XXL défigurent des adresses parisiennes prestigieuses abandonnées de toutes attentions depuis plusieurs années. 

Dans le cadre d’un projet voulu par la mairie de Paris afin d’imaginer, à l’économie, la reconfiguration des grandes places parisiennes, la municipalité a cru bon confier l’aménagement des places du Panthéon et de la Madeleine à un «collectif» dont l’approche relève d’une bouillabaisse de concepts : «réemploi», «hybridation» et «bousculade identitaire», tout un programme !

Ce collectif ? «Les Monumentales» chapeautées par «Genre et ville».

Il faut d’ores-et-déjà noter, dans ce nom, un point important, à savoir le singulier des deux substantifs. Il n'y a donc qu'une seule ville qu'un seul genre : féminin. Pour preuve, «l’équipe de Genre et Ville est composée de membres permanentes» (sic).

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«Tou.te.s» défendent – et leur graphie barbare de points et de majuscules en témoigne – une vision «inclusive» qui exclut, bien souvent, l’autre genre. Dommage.

Pour ces places parisiennes, l’ambition qu’elles portent est aussi de «dé-normer les comportements» (quèsaco?) pour «dé-normer la ville elle-même». Leurs armes ? Le terrorisme de la laideur ?

«Nous revendiquons d’hybrider notre corps et notre pensée, d’être dans la ‘bousculade identitaire’ chère au sociologue Sam Bourcier, il s’agit de revendiquer la complexité, l’hybridation pour et dans nos territoires», notent-elles.

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Le Panthéon, à leurs yeux, reste un univers machiste : «aux grands hommes la patrie reconnaissante». Alors, elles imaginent tracer à la craie le nom d’illustres dames sur les pavés de la place. Aux hommes, la crypte et aux femmes le trottoir ? Le symbole est particulièrement obscène. Laissons-leur.

Cependant l’initiative sert symboliquement leur idéal : «Tou.te.s expertes en usages, il s’agit de nous mettre en quête de ‘fabriques d’espaces’, véritables laboratoires d’aménagement favorisant l’émergence et la cohabitation de la diversité, du pluriel, du partage, de l’alliage, et aussi des contradictions. Laisser émerger des lieux permettant à nos identités de palpiter, de se multiplier, de se transformer, d’inclure».

Ces assertions aux allures de triste plaisanterie font oublier l’enjeu d’une approche «genrée». En effet, il est des lieux où les femmes, par exemple, ne vont pas et les récentes études de Sonia Lavadinho à Rouen en témoignent ouvertement.

En effet, au sein de la métropole normande, les ponts lancés au dessus de la Seine, pour ne citer qu’eux, se retrouvent moins fréquentés par les femmes que les hommes. Pourquoi ? Comment ? La sociologue tente l’analyse pour mieux ensuite proposer quelques éléments de réflexion afin de corriger ces étranges disparités.

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Mais franchement, les places du Panthéon et de la Madeleine sont-elles des sujets pertinents ? Et l’esthétique des réponses, insultant le patrimoine historique de la ville, ne produit-elle pas l’effet inverse : diviser – «cliver», diraient-elles sans doute – plutôt que réunir.

Voilà donc deux pantalonnades...pardon… deux panthéonnades dont l’effet ne sert absolument pas la cause.

Jean-Philippe Hugron

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