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Actualité | Primée en 2018 ! Détruite en 2018 ? (03-10-2018)

Voilà un petit scandale «made in UK». C’est l’histoire d’une «maison», à Londres, qui, spectaculaire, s’est vue primée d’un RIBA London Award puis d’un RIBA National Award en 2018. Depuis, elle défraye la chronique car jugée illégale aux yeux de riverains qui réclament sa démolition autant, peut-être, que le Council d’Islington. Son architecte, Amin Taha s’en émeut d’autant plus qu’il y a installé ses bureaux et son appartement.

Logement collectif | Pierre | Londres

Voilà un architecte anglais qui peut surprendre. Ses projets ont aussi bien des allures bofillo-compatibles que des lignes contemporaines largement empruntées à Ensamble Studio. Amin Taha se fait ainsi un nom dans une capitale qui regorge de projets aux formes tristement anonymes.

Le Royal Institute of British Architects ne s’est donc pas trompé en récompensant à deux reprises dans la catégorie «logement» la «maison» d’Amin Taha. Il en va toutefois davantage d’un immeuble mixte associant les bureaux de l’architecte à des appartements dont le sien.

L’édifice, particulièrement audacieux et brutal, divise cependant l’opinion publique puisqu’il est désormais en lice pour la Carbuncle Cup couronnant «la construction la plus laide du Royaume-Uni».

Il jure également aux yeux de quelques riverains qui ont découvert, une fois les échafaudages démontés, une façade... en pierre ! L’étonnement était d’autant plus grand que les documents soumis lors de la première demande de permis de construire illustraient un bâtiment… en brique.

Des avis divers et variés ont été, entre temps, donnés et les services du patrimoine avaient à cette occasion affirmé préférer un bâtiment en pierre. Cette suggestion a été prise au pied de la lettre par l’architecte qui a, en conséquence, modifié ses plans pour les soumettre à nouveau aux services concernés. Ces documents n’ont vraisemblablement pas été publiés et rendus public comme il se doit de l'autre côté de la Manche.

De fait, l’étonnement des voisins alimente un recours aboutissant à un premier ordre de démolition émis par les autorités compétentes d’Islington en juin 2017 puis un second en février 2018.

02(@ACME)_S.jpgDans un communiqué, le Council d’Islington persiste et signe en disant être, «après enquête, parvenus à la conclusion que le bâtiment situé au 15 Clerkenwell Close ne correspondait pas au bâtiment qui avait obtenu l'autorisation de planification et le consentement de l'aire de conservation en 2013».

Après avoir maintenu bec et ongle ne pas avoir su que l’immeuble serait en pierre, l’administration s’est rétractée pour mieux se réfugier derrière un nouvel argument : elle ne savait pas que l’immeuble en pierre serait ainsi…

La nuance sémantique pourrait faire sourire mais elle a de quoi irriter l’architecte qui défend avoir donné, dans sa demande, jusqu’au nom de la carrière située dans le nord de la France.

L’administration rétorque, quant à elle, ne pas avoir eu connaissance de l’aspect «aléatoire» et «accidenté» de la proposition qu’elle estime «dangereuse» en plus d’être «nuisible à la zone de protection de l'église St James classée au grade I».

La complexité des procédures semblent ainsi alimenter aujourd’hui un véritable jeu de dupes dont Amin Taha tire une «leçon cynique» et «inutile» dans les colonnes d’Architects’ Journal : «il voudrait mieux ne choisir aucun matériau dont la forme et les finitions ne puissent être prédites avec précision ; il vaudrait mieux de ne rien choisir qui puisse surprendre ou ravir à travers une beauté inattendue».

Jean-Philippe Hugron

Pour découvrir plus d’images du projet : https://www.architecture.com/awards-and-competitions-landing-page/awards/riba-regional-awards/riba-london-award-winners/2018/15-clerkenwell-close

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