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Venise 2018 | Faut-il vraiment, aux Emirats, des architectes ? (13-06-2018)

«Bigness». Le mot s’inscrit en gros et large sur les murs du Pavillon des Emirats Arabes Unis. Il rappelle une théorie de Rem Koolhaas. Cette fois-ci l’intention n’est pas de flatter le maître batave, il est davantage question d’observer Dubaï et Abu Dhabi à l’ombre des tours. «Lifescapes Beyond Bigness».

Emirats Arabes Unis

Des propos des deux commissaires de la XVIe Biennale d’Architecture de Venise, Yvonne Farrell et Shelley McNamara, beaucoup ont retenu une formule aussi étrange que poétique : «la chorégraphie du quotidien».

Bien des expositions s’arrêtent sur cette proposition plus que sur l’insaisissable «freespace», cet espace libre dont personne ne comprend réellement l'enjeu.

Khaled Alawadi, architecte et professeur d’urbanisme durable à l’Institut Masdar d’Abu Dhabi, a ainsi fait siens ces quelques mots pour, au sein du Pavillon des Emirats Arabes Unis, «explorer l’interaction entre architecture et vie sociale dans quatre paysages urbains».

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«L’image de Dubaï ou d’Abu Dhabi est conditionnée par une littérature internationale ; nous voulions, dans ces circonstances, présenter un autre aspect autrement plus diversifié de nos villes», explique-t-il au Courrier de l’Architecte.

Par delà les tours qui font l’identité de ces villes du désert, des quartiers populaires se constituent progressivement. «Ce sont des espaces qu’on dirait volontiers informel. Je préfère évoquer leur aspect pratique. Ce sont des ensembles uniques dont les ‘freespaces’ signent la vitalité», poursuit-il.

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L’enjeu de l’exposition aux allures de précis de géographie est de faire porter le regard sur des «blocs», des «rues» et des «allées» mais aussi des «réseaux» composés à taille humaine… mais sans architectes. «Ce sont des espaces flexibles, généreux et adaptables. Ils facilitent l’engagement communautaire», souligne-t-il. Bref, au même titre que certains ont été fascinés par les architectures sans architectes, d’autres découvrent la ville sans urbanistes…

«Les urbanistes devraient cependant être davantage présents dans ces quartiers et les architectes pourraient même participer à la création de plans», dit-il, prêchant vraisemblablement pour sa paroisse. Pour l’heure, le défi est, aux yeux de l’enseignant, bien plus dans la compréhension de ces «systèmes urbains» que dans leur transformation.

Est-ce à dire qu’il faille contester l’urbanisme grandiloquent des larges boulevards et de ces prétentieuses tours double-bling ? «Je ne suis pas pour dire que ces constructions sont artificielles. C’est une autre réalité de la ville, bien plus commerciale», affirme-t-il. Le propos est mesuré voire diplomatique.

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Par delà la «grandeur» mais aussi par delà les clichés, ce pavillon livre dès lors un paysage ignoré des architectes et des urbanistes, ignoré des touristes…et peut-être même ignoré des autorités… jusqu'à quand ?

Jean-Philippe Hugron

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