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Venise 2018 | Sacré Israël ! (06-06-2018)

L’exposition proposée par le Pavillon Israélien est symptomatique d’une époque qui s’interroge sur la place du sacré dans l’espace public. Ses commissaires (Ifat Finkelman, Deborah Pinto Fdeda, Oren Sagiv et Tania Coen Uzzielli) analysent avec brio plusieurs cas à Jérusalem et dans ses alentours pour y deviner des «structures de négociation».

Laïcité ! Jamais la religion n’a été aussi présente dans les débats politiques depuis plus de cent ans. Il n’est donc pas étonnant de voir très subrepticement ce thème surgir par endroit, à Venise, au sein de la XVIe Biennale d’Architecture.

D’abord, fait notable, cette édition voit la première participation du Vatican qui, pour l’occasion, propose une dizaine de chapelles à San Giorgio.

Le Pavillon de Bahrein est, lui aussi, emprunt d’une certaine religiosité avec l’exposition «Friday Sermon» et son espace de prière.

Le Pavillon Israélien est cette autre proposition qui fait la part belle au fait religieux toutefois sous un angle autrement plus didactique et analytique.

«Les architectes, en Israël, tournent généralement le dos aux questions religieuses», explique Deborah Pinto Fdeda au Courrier de l’Architecte. La co-commissaire de l’exposition se dit d’ailleurs volontiers «athée».

«Nous n’avons pas de discussion religieuse à l’université or cette montée soudaine du fait religieux et ce développement des extrêmes nous invite à étudier le fonctionnement des lieux saints», poursuit-elle.

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Pour approcher la complexité du problème, le Pavillon Israélien a fait le choix de présenter une maquette remarquable de par ses dimensions mais aussi de par son ancienneté. Commandée en 1862, elle devait permettre au gouverneur d’Israël, Süreyya Pasha, de comprendre la répartition des communautés au sein du Saint-Sépulcre. «Elles se séparent l’espace mais aussi le temps», prévient Déborah Pinto Fdeda.

Des couleurs indiquent les Latins, les Orthodoxes, les Arméniens, les Russes, les Coptes, les Abyssiniens… «Tout est régi comme une horloge et l’équilibre est très fragile», explique la commissaire.

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L’esplanade du Mur des Lamentations est une autre illustration du thème. «Le mur était autrefois très intime. Il faisait parti d’un quartier principalement musulman que la mairie a décidé de détruire en 1967», relate-t-elle.

La table rase était vraisemblablement dictée par un idéal moderniste voire hygiéniste. Une place pouvant rassembler jusqu’à 200.000 personnes a été créée proposant une perspective inédite sur le célèbre Mur. «L’ambition était alors civique plus que religieuse», dit-elle.

Toutefois, de place publique, le lieu est, à force d’usages religieux, devenu sacré. «Nous présentons neuf projets d’architectes portant sur l’aménagement de cette esplanade. Ce sont des propositions spontanées ou des commandes publiques. Toutes ont fait l’objet de débats passionnés ; personne n’est arrivé à s’accorder et aucun de ces projets n’a été réalisé», indique-t-elle. En cause, le poids de la religion et la manipulation des symboles ; ils rendent désormais l’exercice quasi impossible.

Le tombeau des patriarches et le pont des Maghrébins sont deux autres cas présentés au sein du Pavillon. Le plus spectaculaire – et peut-être le plus saisissant – reste celui de la tombe de Rachel, lieu saint partagé par les trois religions du livre.

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En érigeant le mur de séparation entre Israël et la Palestine, les autorités israéliennes ont consenti dans la froide rigueur d’un tracé autoritaire, un décroché ubuesque pour s’approprier l’édifice sacré et en faire «une exclusivité juive». Le plan reproduit à même le pavillon horrifie tant il paraît absurde...
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Des photographies l’accompagnent et montrent des Chrétiens qui, de l’autre côté de ce vertigineux mur, couvrent les parois de béton de fresques à la mémoire de la Vierge…

Israël livre ainsi un passionnant témoignage servi par une scénographie aussi claire que didactique. Chaque lieu est illustré différemment et selon un parti élégant et subtile.

In fine, ce pavillon livre aux yeux du monde un aspect méconnu quant à la gestion du fait religieux en architecture ; il est à même d’offrir de précieux enseignements entre les lignes…entre les murs. 

Jean-Philippe Hugron

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