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Venise 2018 | L'architecture, à ce stade... (06-06-2018)

Tout est né d’une découverte fortuite, d’un plan plutôt étrange du stade de Santiago du Chili conservé par une habitante d’un ancien bidonville de la capitale chilienne. L’organisation de l’arène sportive qui figure sur le morceau de papier est alors particulièrement complexe et opaque… pour ne pas dire irrationnelle. De quoi se pencher davantage sur le sujet et d’en faire, à Venise, l’exposition du Pavillon Chilien.

Chili

Le visiteur de la Biennale de Venise, après avoir traversé l’Arsenal et parcouru la Corderie, peut partir à la recherche d’une petite porte qui n’a d’autre particularité que sa discrétion. Elle ouvre sur le Pavillon Chilien.

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A l’intérieur, la pénombre tranche avec le soleil de Venise. A force de clin d’oeil, le visiteur finit par deviner, sur le mur, un plan étrange.

Il pense voir un stade – ce que lui indique l’intitulé de l’exposition, «Stadium» – mais découvre, en fait, un réseau de rues plus ou moins anarchique. La lecture du premier cartel à défaut d’expliquer le graphisme complexe du document évoque une liste de 37.000 personnes convoquées au stade de Santiago du Chili pour signer une reconnaissance de dette permettant l’acquisition de terrains occupés illégalement…

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Le propos est alors un peu confus. S’agit-il d’un stade ? D’un stade envahi ? D’un ensemble informel érigé autour d’un stade ? Alejandra Celedon, commissaire de l’exposition, se prête volontiers à quelques explications.

«Tout a commencé par la découverte d’un plan représentant le stade de Santiago du Chili. J’avais été surprise de voir une organisation étrange de cet espace, subdivisé en plusieurs entités. Ce plan, qui plus est, avait été joint à une convocation officielle», explique-t-elle au Courrier de l’Architecte.

Partie à la rencontre des habitants des anciens bidonvilles de la capitale chilienne, Alejandra Celedon a pris connaissance, à travers ce document qu’elle juge «intriguant», d’une histoire oubliée.

«37.000 personnes – autrement dit, 37.000 ménages – ont été convoquées dans le stade pour officialiser leur titre de propriété», dit-elle. En 1979, les bidonvilles étaient alors nombreux à Santiago et le gouvernement de Pinochet souhaitait maîtriser cette situation qui jusqu’alors était hors de contrôle.

Le rhétorique officielle était alors généreuse et clamait qu’en un an, 230.000 familles seraient enfin propriétaires. En lieu d’un «cadeau», il s’agissait bel et bien d’une reconnaissance de dette.

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Cette initiative a été lancée en grande pompe, au stade de Santiago. La procédure se veut «spectaculaire» ; jamais l’administration n’avait jusqu’alors opéré une telle régularisation en masse.

Le stade, pour accueillir ces milliers de familles mais aussi militaires et fonctionnaires, a dès lors été réorganisé et divisé selon les quartiers informels de toute la ville. Chaque section se voyait être plus ou moins grande, proportionnelle à l’étendue et à la population de chaque entité urbaine. De cette organisation est né un plan, celui joint à la convocation.

Alejandra Celedon, pour l’exposition a souhaité rajouter, par dessus cette grille, des extraits de plan provenant des quartiers concernés. La lecture en devient plus difficile.

Ce plan a ensuite été transposé sous forme de maquette réalisée en terre comprimée. Dans une pénombre savamment pensée, le «stade» impose sa masse étrange au visiteur pour mieux le captiver. La scénographie se fait particulièrement séduisante. «Nous voulions exprimer par ce dispositif un nouveau rapport à la terre», explique la commissaire. Autrement dit, de l’occupation illégale à la propriété. 

...et l’espace libre ? Qu’en est-il de Freespace, le thème de la Biennale 2018 ? «Le stade lui même !», répond la commissaire. «Un stade moderne, un stade populaire, un stade militaire, un stade néo-libéral», résume-t-elle.

De matchs de Football en concerts de popstars en passant par manifestations politiques mais aussi exactions, le Stade de Santiago du Chili est un espace libre mais aussi un élément important de l’histoire nationale.

Quatre années après avoir remporté le Lion d’Argent avec l’exposition ‘Monolith Controversies’ illustrant l’instrumentalisation politique des procédés Camus tant par le régime d’Allende que celui de Pinochet, le Pavillon Chilien s’en remet une nouvelle fois à son passé plus qu’à son architecture…

Jean-Philippe Hugron

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