Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Venise 2018 | A Venise, bienvenue chez les mami'z ! (30-05-2018)

Alors cette biennale 2018 ? Proprette. Lisse… Une sortie de messe ! Carrément sage et franchement pas révolutionnaire. Yvonne Farrell et Shelley McNamara, les deux commissaires, proposent ainsi une édition de l’événement vénitien promise aux oubliettes… Free fall.

Venise

Le soleil brille. La chaleur est d’autant plus harassante que l’air est humide. Des Giardini à l’Arsenal, la Biennale d’Architecture 2018 s’étale, comme les éditions précédentes, sur des kilomètres… des kilomètres d’expositions… de maquettes, de plans et de photographies à n’en plus finir, des pavillons nationaux aux scénographies originales et aux propos parfois confus.

En deux, trois ou quatre jours, chacun compose sa propre biennale tant il est impossible de tout voir, tout comprendre et tout retenir.

Freespace était aussi un sujet ouvert, généreux, offert à l’appréciation de tous. Freespace était, par la même occasion, un lieu commun voire un piège…

07().jpg

Illustrée par une affiche qui incarne le degré zéro du graphisme, cette édition 2018 de la Biennale serait, in fine, le degré zéro de «l’espace libre». Le visiteur, plus que d’espaces, découvre des murs !

04(@ItaloRondinella)_B.jpg

Le Pavillon Allemand propose, à l’entrée, un mur noir. Le Pavillon Estonien érige, dans une ravissante chapelle, un mur de parpaing. Le Pavillon Brésilien part en quête des «murs d’air». Bahrein élève un mur d'enceinte et le Mexique aligne des parois de pierre ! Des murs ici ! Des murs là, rien que des murs !

Curieux réflexe donc pour une biennale en quête de liberté. L’exposition centrale conçue par Yvonne Farrell et Shelley McNamara propose elle aussi des murailles de briques, de bois, de métal, de marbre. Il n’y a qu’à voir ce que propose Siza ou encore Sanaa ! Même les maquettes de Paredes Pedrosa Arquitectos forment de hautes cloisons infranchissables !

02(@AndreaAvezzu).jpg

De nombreuses «installations» cherchent de la sorte à provoquer une expérience spatiale ; la plupart sont séduisantes et l’oeil prend plaisir à observer quelques effets plastiques intrigants.

La mémoire toutefois ne retient pas grand-chose : une machine à bulles anecdotique, un ridicule rideau de douche à paillettes proto-swarovski signé Toyo Ito, et des dispositifs optiques un peu faciles généralement composés de miroirs démultipliant l’espace. Dans ce contexte, Zumthor et ses maquettes font, bien entendu, l’unanimité… une fois encore...

Luna park sur la lagune

Tout est si superbement présenté que le propos est vite oublié… et la Biennale 2018 devient parfois un peu bécasse. En témoignent les récompenses : Lion d’Or et Mention spéciale. Le premier prime le Pavillon Suisse, cette délicieuse attraction ! A chacun d’être pendant 5 minutes dans la peau d’Alice au Pays des Merveilles… sans doute faut-il être gonflé au prosecco et à l’aperol pour trouver la chose remarquable : de grandes et de petites portes trompent l’échelle. Wow ! Il y a foule pour prendre quelques clichés amusants… mais tout ça n’est résolument pas sérieux. 

05(ItaloRondinella)_S.jpg

Le Pavillon Britannique est cette autre belle blague, cette fois-ci, mention spéciale ! Les Britanniques en entendant «freespace» ont fait le choix de laisser leur pavillon... vide. Un brin facile. Si la proposition s’accompagne d’un échafaudage et d’une terrasse au sommet de la construction, le propos paraît résolument creux.

Ce sont donc deux plaisanteries qui ont fasciné le jury de la Biennale 2018 ; l’architecture serait ainsi, à Venise, un vaste canular ! Pendant ce temps, Israël propose une réflexion pertinente sur l’utilisation des espaces sacrés à Jérusalem, la Grèce, un pavillon dédié aux lieux d’enseignement, la Lettonie se penche sur la transformation des copropriétés privées, la France sur l’inachèvement des lieux publics… bref des enjeux et des défis autrement moins anecdotiques.

Bref, à Venise, on rigole. On construit proprement. On se réfère un peu (mais pas trop) à l’histoire. On se shoote à la naphtaline en regardant quelques expériences modernes. On couronne même – roulez jeunesse ! –Eduardo Souto de Moura d'un Lion d'Or. 


Yvonne Farrell et Shelley McNamara ont vraisemblablement loupé quelque chose cette année… Sans doute faut-il aller découvrir cette Biennale comme on va déguster un bon gateau chez grand-mère, un dimanche après-midi.

Jean-Philippe Hugron

NB : Le Courrier de l'Architecte vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir d'autres pavillons!

Réactions

Pergame | 31-05-2018 à 09:33:00

On peut voir la moitié vide de cette Biennale que cet article souligne et on peut tenter de voir la moitié pleine dans laquelle je m’autorise à mettre les pavillons Chinois, espagnols et américains. Ils nous enseignent respectivement qu’il n’y a pas de petits projets en architecture et que nous ferions bien de ne pas trop nous moquer de ces chinois qui prennent des photos dans tous les sens car c’est ce que nous allons faire avec leur architecture, que l’architecture peut (et devrait) être un « art populaire » pour nos amis espagnols qui ne craignent pas les propositions des « non-architectes », et enfin des américains qui, envers et contre trump, dénoncent la bêtise d’un mur biodiversiticide, et proposent de voir sous les pavés de Memphis autre chose que le sable : la contribution de l’architecture à changer le monde.

Réagir à l'article





Portrait |La maquette sans Chichi ? Impensable!

Chichi. Antonio Chichi. Prononcez Kiki. Italien. Plus exactement Romain. Né dans le quartier de San Lorenzo, de parents pauvres. Rien ne le prédestinait à la célébrité si ce n'est son talent. Son oeuvre est...[Lire la suite]

Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]


Portrait |Bartolo Villemard, les pilotes de la métamorphose

L’image, l’objet, la forme, le contexte… autant de tartes à la crème ! Eric Bartolo et Jérôme Villemard en sont pleinement conscients. Toutefois, le duo se refuse de participer au jeu des mots...[Lire la suite]