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Venise 2018 | Les copropriétés, ce nouveau défi architectural ? (30-05-2018)

Les grands ensembles sont la propriété de bailleurs sociaux qui, avec le soutien de l’État, peuvent tenter de changer la donne. L’exercice de transformation n’est, même dans ces circonstances, pas évident. Que dire alors des copropriétés privées ? Ce sujet est aujourd’hui abandonné ; il ne pose jamais question, encore moins à l’heure où la loi ELAN cherche à rendre propriétaires les locataires de logements sociaux. Il faut un cri d’alarme lancé depuis la Lettonie pour, peut-être, ouvrir les yeux...

Lettonie

Le Pavillon Letton de la XVIe Biennale d’Architecture de Venise se fait discret. Il est pris en étaux entre quelques propositions spectaculaires au fin fond de l’Arsenal. Toutefois, une sombre maquette attire le regard. Quatorze barres et tourelles y sont représentées. Surprise : elles fument ! L’ambition est alors de représenter les déperditions énergétiques de constructions modernes.

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Sur les murs, le Pavillon annonce la couleur : 66,1 % de la population lettonne vit en appartement : un record en Europe.

Evelina Ozola, co-comissaire de l’exposition*, explique au Courrier de l’Architecte que l’ambition de cette présentation «n’est pas de rechercher les causes de cette spécificité». L’architecte préfère davantage évoquer les importantes transformations politiques qu’a connu le pays depuis un siècle et les défis qu’elles posent aujourd’hui aux architectes.

«Une politique de logements sociaux a en effet été engagée dès les années 20 par une génération d’architectes formés à Vienne, Berlin ou Amsterdam. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le logement social est devenu un outil de colonisation manipulé par les Soviétiques», explique-t-elle.

Trois usines ont été alors érigée en Lettonie pour répondre aux objectifs fixés par une politique de production de logements en masse. «Des travailleurs ont même été amenés en Lettonie depuis toute l’Union Soviétique ; ils sont venus gonfler la population du pays», précise-t-elle.

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De fait, aujourd’hui, plus de 70 % des appartements datent de l’époque soviétique. «Ce sont des constructions de maigre qualité, construites dans la précipitation mais dont les plans sont généreux», dit-elle.

Avec l’indépendance et l’effondrement du système communiste, de nombreux habitants ont fait l’acquisition de leur logement. De fait, de nombreux Lettons «vivent dans le changement politique», sourit Evelina Ozola. Sauf que le temps impose à ces ensembles résidentiels une lente et inéluctable dégradation. «Les copropriétés sont un nouveau défi», dit-elle. Sur les murs du pavillon, un schéma abscons illustre les quatorze étapes nécessaires pour mettre à bien un seul projet de rénovation thermique... et à condition que les copropriétaires s'entendent!

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«Nous nous confrontons à une organisation difficile», précise-t-elle. En outre, ce ne sont pas, pour des architectes, l’occasion de «projets créatifs».

«Nous ne sommes pas en mesure d’imaginer des propositions séduisantes ou coûteuses», reprend-elle. A ces yeux, le travail au cas par cas semble encore trop délicat et peut-être faut-il concevoir «une proposition à plus grande échelle» voire penser une rénovation «en masse» pour obtenir un effet architectural conséquent.

Quoi qu’il en soit, si le Pavillon Letton ne montre aucune solution, il interpelle sur des sujets oubliés – la privatisation du logement social ou la réhabilitation des copropriétés privées – qui, il y a fort à parier, deviendront, en Europe, des défis de premier ordre pour toute une profession.

Jean-Philippe Hugron

* avec Matiss Groskaufmanis, Gundega Laivina et Anda Skrejane.

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