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Global Award 2018 | La bienveillance de Nina Maritz (16-05-2018)

«Je ne suis pas à la recherche d’un confort moral», assure Nina Maritz, architecte. Son action ne procède d’aucun calcul, d’aucun rachat. A rebours du monde, elle opère dans le respect d'une nature fragile au coeur de la Namibie. 

Global Award | Afrique

«Le rôle social n’est pas de bon goût», affirme Nina Maritz. Dans sa conférence donnée lors du symposium tenu en la Cité de l’Architecture et du Patrimoine le 14 mai dernier à l’occasion de la remise des prix du Global Award, l’architecte s’excuse (trop souvent) de faire «des bâtiments qui ne sont pas photogéniques».

«Je me suis toujours sentie à l’écart», poursuit-elle. Il y a, chez Nina Maritz, un touchant complexe mais aussi une force de caractère. «Trop de projets sont aujourd’hui des illusions de perfection. Je cherche, pour ma part, à trouver un équilibre avec, pour objectif, la durabilité. L’esthétique n’est, dans ce processus, qu’un outil pour inspirer les gens», dit-elle.

Carin Smuts, dans un texte qu’elle consacre à sa consoeur, note que «pendant ses études, [Nina Maritz] a été influencée par Mike Playdon, Vivienne Japha, Jan Nauta et Roelof Uytenbogaardt : des architectes qui mettaient l’accent sur des réponses contextuelles affirmées – dans un sens socio-politique et environnemental – et privilégiaient le pragmatisme et l’adaptabilité plutôt que le ‘grand geste’». Sa position actuelle n'a donc rien d'un hasard.

Diplômée de l’UCT School of Architecture du Cap, Nina Maritz a fondé en 1998 son agence, à Windhoek, en Namibie où son père est né. Elle se frotte alors à une société rurale et démunie. «Notre travail est lié à l’environnement mais aussi à la survie dans la nature», dit-elle.

Elle réalise plusieurs projets dans les plus beaux sites du pays. A travers eux, elle cherche à promouvoir un tourisme «durable».

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Le centre des visiteurs de Twylfelfontein, un site d’art rupestre, lui sert d'exemple. L’édifice est réalisé à partir de maigres moyens : des bidons en acier de 166 litres ont été découpés en grandes tuiles courbes et les couvercles ont été recyclés en parement de façade.

Nina Maritz a pris aussi le parti de ne pas utiliser de ciment et, plus encore, d’imaginer un bâtiment entièrement démontable. En outre, la faible technicité de ses plans autorise l’emploi d’entreprises locales de construction.

L’architecte reconnaît aussi quelques erreurs. Elle est l’auteur de plusieurs centres éducatifs. Ces équipements publics devaient, selon elle, avoir une certaine stature mais aussi une durabilité. Elle propose alors la mise en œuvre de solutions économiques à base de brique et de béton. Les populations locales se sont montrées critiques à l’égard de cette proposition. «J’ai rapidement compris que ces matériaux étaient les symboles de l’apartheid. Je suis heureuse d’avoir écouté ces avis puis d’avoir accepté un compromis. L’architecte ne sait pas tout», reconnaît-elle volontiers.

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Si elle ne connait pas tout, Nina Maritz sait manier les règles : «Notre connaissance des réglementations ainsi qu'une approche souple et réactive accélèrent les processus d'autorisation de planification. L'expérience avec les différents types de contrat en vigueur en Namibie ainsi que la connaissance détaillée du droit des contrats permettent la réussite de la construction, en minimisant les différends», note-t-elle sur son site Internet.

L’aspect humanitaire de son travail ? «Nous sommes payés pour. Nous avons des financements privés et, si tel n’est pas le cas, nous sommes capables d’équilibrer les situations en trouvant des subventions», affirme-t-elle en appelant, par la même occasion, aux dons.

Bref, le dessin et la technique ne font pas, seuls, l'architecture. «En tant que professionnels, nous devons sans cesse régler des problèmes concrets», souligne-t-elle. Trop de problèmes, sans doute, car sa conclusion livre un curieux état d’esprit : «Je suis de plus en plus pessimiste, reconnaît-elle. Je ne dois vraisemblablement plus chercher à tout résoudre. Peut-être dois-je me contenter de créer tout simplement du lien...», concède-t-elle.

Jean-Philippe Hugron

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