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Global Award 2018 | Booserm Premthada, la résonance de la brique (16-05-2018)

Booserm Premthada est, sur scène, discret. Lors de la remise du Global Award, l’homme ne s’est pas mis en avant. Jamais il ne tente de démontrer l’impossible et révèle, en tout humilité, le travail qu’il réalise en Thaïlande. «Je dis toujours à mes élèves qu’un architecte est une personne ordinaire qui conçoit des bâtiments pour les gens ordinaires. Je les incite à être réalistes, honnêtes et à garder les pieds sur terre», dit-il.

Global Award |

L’image de l’institut cinématographique de Kantana est séduisante. Le projet a d’ores et déjà remporté de nombreux prix de par le monde. Il est l’oeuvre connue de Bosserm Premthada.

«Je voulais, à travers ce projet, travailler l’imaginaire des étudiants en créant des espaces de médiations», dit-il. Labyrinthique, le plan superpose des cheminements qui jamais ne sont directs. «Je souhaitais que les circulations soient interrompues par la présence d’arbres. Il est impossible de parcourir l’institut sans faire attention, la tête plongée dans son smartphone», sourit-il.

Il y a chez Booserm Premthada une méfiance à l’égard de l’époque actuelle. L’architecte se montre critique contre «ce temps qui devient trop rapide».

Aussi, il y a dans son travail la recherche d’une certaine permanence. Booserm Premthada associe volontiers cet état d’esprit à une formation : «je n’ai pas eu d’autres choix que d’étudier en Thaïlande. Je n’ai pas eu de bourse pour aller apprendre ailleurs et le résultat est que ma formation est comme de l’eau distillée, sans référence extérieure», dit-il.

Il évoque alors «l’enseignement des paysans» : «la coexistence parfaite entre la nature et le bâti, ce sont les maisons des campagnes construites par des architectes anonymes qui me l’a apprise», affirme-t-il.

02(@DR)_B.jpgL’homme de l’art prône alors un «retour à la construction basique». Son intérêt pour la brique n’est pas étranger à cette ambition. «Le monde des briquetiers se réduit de plus en plus», regrette-t-il. Sa mise en œuvre permet alors la survivance d’un secteur condamnée par les techniques nouvelles. «Heureusement, mes clients sont plus sensibles à la sagesse de leurs ancêtres», dit-il.

Booserm Premthada se réfère aussi aux ruines pour lesquelles il éprouve un profond respect. «La beauté vient aussi des ruines de la nature», suggère-t-il.

In fine, la matière que Booserm Premthada préfère travailler est sans doute le temps lui-même. Il n’hésite également pas à démultiplier les parcours...voire les escaliers pour «prendre le temps».

«Nous devons créer des espaces particuliers. C’est ce que j’appelle un lieu. Je tiens à travailler la perception de l’espace mais aussi sa tranquillité», dit-il. Pour s’illustrer, il présente deux projets, le Wine Ayutthaya et un espace de méditation, une «chapelle en hommage aux artisans».

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«Mon travail, c’est de dessiner le vent, les sons, les odeurs, l’obscurité et la lumière, de les associer pour donner son atmosphère à un lieu. Pour aider les gens à comprendre la valeur des choses, mes bâtiments sont toujours reliés à la nature», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

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