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Global Award 2018 | Lacaton & Vassal et Frédéric Drouot, avec plaisir et fatigue (16-05-2018)

Ils mériteraient plus que n’importe quel échevelé chilien un Pritzker Prize. Ils ont aujourd’hui, enfin, un Global Award. Lors d’une brillante intervention à trois voix, ils ont rappelé la force d’un travail «réalisé avec plaisir et fatigue» pour «habiter avec bonheur et espoir».

France | Lacaton & Vassal

Il aura fallu, ce lundi 14 mai 2018, attendre près de quatre heures avant d’écouter le discours d’Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal et Frédéric Druot. La pertinence de leur propos récompensait ce patient effort.

Jean-Philippe Vassal a débuté cet exposé avec simplicité : «il s’agit de bien habiter, d’habiter avec bonheur, d’habiter avec espoir...sans payer trop cher».

02().jpgLa question économique n’est pas évitée. Pour autant, «il faut ne pas penser le logement comme un produit financier», dit-il. L’architecte raille, par la même occasion, le «logement minimum». «Il n’est pas durable», affirme-t-il. Aussi, le trio préfère imaginer un habitat «qui offre des choix».

«Nous avons appris dans le Sahara à faire beaucoup avec peu de moyens», reprend-il. A l’écran, la couverture d’un livre qui fit date, «PLUS», en dénonçant la politique de l’ANRU et ses démolitions abusives.

«Ne pas enlever. Ne pas retrancher», lance-t-il. Les espaces sont pourtant mal aimés, ou mal appréciés. «Tout est question de regard». A l’écran, une photographie, cette fois-ci, du tournage à La Courneuve de ‘Deux ou trois choses que je sais d'elle’ de Jean-Luc Godard avec Marina Vlady. «On se sent ainsi mieux sur ce balcon», sourit-il.

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«La destruction bouscule les gens ; ils perdent leurs amis et leurs voisins. Nous sommes effarés de cette violence. Nous devons, au contraire, avoir de la compréhension, de l’attention, de la gentillesse», reprend-il.

Les chiffres parlent aussi d’eux-mêmes. La politique de démolition/reconstruction n’est pas raisonnable. «Avec 16 milliards, nous avons perdu 24.000 logements», résume Jean-Philippe Vassal.

La transformation qu’ils prônent tous les trois depuis des années permet des logements «plus grands» qui offrent «plus de liberté». Il y a ainsi «plus de plaisir dans la transformation».

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Pour s’illustrer, le trio évoque un projet bordelais réalisé avec Christophe Hutin. «15 étages, 170 mètres de long, 530 familles, 1000 pièces toutes différentes, une richesse liée à 50 années de vie. Il nous faut repartir de l’intérieur», assure l’architecte.

«Repartir de l’intérieur en oubliant la forme», précise Anne Lacaton. «Il faut aussi se poser cette question : qu’est-ce qui manque à ces intérieurs pour les améliorer ? Un peu d’espace, de la lumière, une vue, une meilleure thermique», dit-elle.

Il faut alors «être ambitieux» et le quatuor prône un chantier...en site occupé. «Nous voulions régler l’ensemble des besoins existants par la création d’une extension. Nous cherchions à éviter une restructuration intérieure afin de rendre le budget disponible pour une nouvelle générosité», explique Anne Lacaton.

L’extension est plein sud. Elle mesure 4 mètres de profondeur. Elle permet, selon les architectes, de régler l’ensemble des problèmes énergétiques «sans créer une épaisseur d’isolant». 40 à 50.000 euros sont ainsi dépensés par logement pour les «transformer durablement».

La métamorphose est impressionnante. Elle n’a été possible qu’avec un travail collaboratif, précisent les architectes. «Il faut considérer les habitants comme des partenaires», soulignent-ils. Pour autant, ils ne tiennent pas le crayon. «Ils doivent veiller à ce que leurs droits et leurs envies soient respectés», précisent-ils.

Ce projet partage les mêmes objectifs que la Tour du Bois-Le Prêtre, à Paris. Frédéric Druot, plus que de rappeler les vertus de ce projet parisien, préfère ouvrir la présentation sur les nouvelles perspectives du trio. «Nous souhaitons passer de l’architecture à l’urbanisme, être des archibanistes ou des urbarchitectes», dit-il.

Le trio et leurs agences respectives se sont appliqués à un travail de fourmis : recenser les situations parisiennes permettant, à l’image de la tour du Bois-Le Prêtre, de gagner 20 % de logements par rapport à la situation originale. «Nous avons évalué la capacité de chaque territoire en regard de la réglementation : nous conservons les vues, les arbres...», dit-il.

D’une analyse qui aurait pu (dû ?) être faite par l’APUR, Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal et Frédéric Druot estiment à 135.000 le nombre de logements pouvant être ainsi créés.

Seront-ils écoutés et suivis… affaire à suivre !

Jean-Philippe Hugron

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