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Global Award 2018 | Raumlabor... Raumlaborieux (16-05-2018)

La conférence donnée à l’occasion du symposium Global Award 2018 par deux des fondateurs du collectif berlinois Raumlabor n’était certainement pas la plus convaincante. Une présentation perdue dans de nombreux lieux communs mais aussi contaminée d’emprunts éhontés tente de séduire l’auditoire avec le credo un peu simpliste  : «nous faisons une architecture sans client». Inaudible.

Global Award | France

La qualité du travail fourni par Raumlabor couronné d’un Global Award n’est sans doute pas à discuter. Les projets s’avèrent souvent particulièrement séduisants à l’image mais le discours et son vernis débilitant laisse en revanche bien plus circonspect.

En effet, toutes les autres présentation du symposium intègrent les considérations réglementaires et, plus encore, financières qu’il s’agisse de projets au Pérou, en Namibie ou en France. Les approches récompensées lors de ce prix doivent certes à l’intelligence d’architectes mais aussi à la bienveillance de commanditaires. Raumlabor semble, dans ce paysage, s'abstraire de ces contraintes. Ils sont seuls.

«Nous faisons une architecture sans client qui trouve toute seule ses marchés», disent-ils. La chose semble aussi improbable qu’une architecture reste sans usager, ni habitant.

Le duo allemand déroule alors une série de projets...étaient-ils sans client ? Le sujet est éludé. Sans financement ? La question est passée sous silence. Pas une notice de leur site Internet n’évoque la question économique. Un projet sans coût ? Magique !

Dès lors, il faut se contenter d’images et de schémas dont l’esthétique copie littéralement celle d’Archigram. D’autres interventions semblent calquées sur les exploits de l’avant-garde autrichienne des années 60. L’histoire bégaye et Raumlabor ne s’explique pas.

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Pour débuter leur propos, le duo a pris le parti de présenter une cheminée installée lors d’une biennale à Tallin (quid de la participation?!). La construction éphémère est posée devant le ministère des affaires étrangères à l’endroit où, autrefois, Lénine, redingote au vent, imposait sa stature de bronze.

Le conduit installé le temps de l’événement a craché son lot de fumée… Peut-être était-ce la parfaite manière de débuter quarante minutes d’un épais brouillard...plutôt brouillon.

Les lieux communs s’y sont d’ailleurs lentement accumulés : «notre approche mêlent idéalisme et pragmatisme» ; «nous devons développer un processus pour intégrer l’inventivité des habitants» ; «essayer de créer en commun» ; «nous devons penser en terme d’utopie réelle»...etc...etc…

Que d’éléments de langage ! L’auditoire n’était pourtant pas, ce jour-là, composé d’élus qu’il fallait à tout prix séduire avec force communication.

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C’est, in fine, une grande déception. Elle conduit toutefois à s’interroger sur soi-même. Peut-être le citoyen d’une société vertueuse et transparente (allemande?) peut-il se laisser emporter par ce discours ‘généreux’… le citoyen d’une société plus clientéliste et magouilleuse est malheureusement davantage dubitatif. Crasseuse suspicion française !

Néanmoins, l’introduction de Jana Revedin, instigatrice du Prix, rappelait, entre autre, la figure de Patrick Bouchain. Le palmarès juxtapose cruellement à Raumlabor, Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal et Frédéric Druot. L’écart avec ces architectes exemplaires est vertigineux. Aucun ne fait de la participation une fin mais un outil. Aucun n’éclipse la question de la règle et du financement. Raumlabor oui.

Le collectif berlinois semble alors davantage dans l’intervention artistique. Il ne se cache d’ailleurs pas de son accointance avec le milieu de l’art et sa présence répétée à divers biennales traduit peut-être un autre objectif autrement plus calculé : se faire mousser.

Ceci étant dit, la méfiance à l’égard de ces initiatives est malheureusement d’autant plus grande que la participation est tristement détournée à des fins politiques ; bien des collectifs sont en effet manipulés aujourd’hui pour autoriser, par la suite, les projets les plus inintéressants. Dans ces circonstances, il est difficile d’apprécier le travail de Raumlabor initié pourtant il y a presque vingt ans, et, qui plus est, à travers une conférence tristement Raumlaborieuse...

Jean-Philippe Hugron

Réactions

cridu parpaing | un peu à tout faire | paca | 18-05-2018 à 14:31:00

Bravo et depuis longtemps.
Je vous lis toujours avec bonheur et humilité.
Vous nous enrichissez et nous encouragez, innocemment mais humainement et avec talent, à poursuivre nos chemins escarpés que parcourent avec nous quelques architectes, ingénieurs, entrepreneurs, artistes, maîtres d'ouvrage, poètes et grimpeurs d'envies...

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