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Présentation | Historial de la Vendée aux Lucs-sur-Boulogne (85), une création champêtre de Plan 01 (02-11-2010)

Le projet de l'Historial de la Vendée réside dans la rencontre entre un programme singulier, innovant par rapport à l'image traditionnelle du musée et un site champêtre d'une grande beauté naturelle, lieu représentatif et symbolique de l'histoire si particulière de la Vendée.

French Touch | Culture | Bâtiments Publics | | Plan01

Découverte d'un projet "furtif".

Le texte de présentation ci-dessous a été rédigé par Plan 01*

Afin d'apporter une réponse pertinente à ce projet, nous avons mené des réflexions en parallèle sur le programme et sur le site. Le projet se présente alors comme une résolution, une synthèse de l'ensemble des réponses aux différentes questions posées.

Programme

Le programme proposé est spécifique dans la mesure où l'ensemble des Espaces d'Expositions et de Réserve, ce qui représente 60% des surfaces (3.220 m² sur 5400 m²) est précisément déterminé dans sa forme par des contraintes d'ordre techniques et fonctionnelles : 20 mètres de portée, hauteur libre constante de 6 mètres sous grill technique, aucun apport de lumière naturelle, continuité des espaces d'expositions. De plus, ces espaces, destinés à recevoir une programmation muséographique dans une phase ultérieure, doivent également permettre un renouvellement des installations intérieures. La présence d'un lieu destiné aux Archives du Sol induit également un caractère de mobilité et d'évolution du programme pour le bâtiment.

L'ensemble des ces considérations nous a conduit à imaginer, du point de vue programmatique, que la partie de musée destiné aux espaces d'Exposition et aux espaces de Conservation devait se présenter comme un bâtiment support, une trame capable permettant aux visiteurs de circuler dans ces espaces sans croiser le flux nécessaire lié aux différents aménagements. En somme, nous avons imaginé une machine donnant la priorité à la performance en terme de fonctionnement par une grande clarté des différents types d'accès (visiteurs, livraison, personnel administratif).

Par ailleurs, le hall et les espaces d'accueil représentent l'autre entité majeure du programme. Contrairement aux espaces évoqués plus haut, ces espaces ont un caractère permanent. Ils sont liés à la particularité du paysage qui entoure le bâtiment. Ils sont fortement conditionnés par la manière dont les visiteurs pénètrent dans le musée. En somme, ils représentent le visage du musée.

02(@Plan-01).jpgLes espaces dédiés à l'administration sont à l'interface entre ces deux grandes entités. Ils sont à la fois discrets et au cœur du programme, assurant une présence permanente et un bon fonctionnement de l'ensemble.

Site

Le site se présente comme une vaste colline que l'on aborde par le sommet, orientée au Sud et de ce fait bénéficiant d'un ensoleillement constant. Depuis le chemin d'accès au Nord du terrain, la vue est particulièrement dégagé et offre un large panorama sur la Boulogne, rivière qui serpente au creux de la colline, véritable incitation à la promenade. Au delà de cette rivière, le terrain se relève à nouveau de manière plus abrupte et offre à la vue une silhouette massive et boisée qui donne une limite à la vaste étendue des champs formant le site. La déclivité du terrain est relativement peu perceptible depuis le haut du site, le sol s'effaçant sous les pieds. En revanche, la perception du site est totalement différente du point de vue du visiteur qui se promène le long des rives de la Boulogne. Les vues sur le site sont plus partielles du fait du bombement de la colline et des arbres au bord de l'eau.

03(@PLan 01)_S.jpgLa présence sur le site d'une première installation, le Mémorial de la Vendée est intéressante dans la mesure où les deux programmes étant liés, nous sommes invités à envisager le site dans sa globalité géographique et donc à imaginer une organisation pour les visiteurs de l'ensemble du site.

Par ailleurs, il nous est apparu en parcourant le site que la ligne située à l'altitude 40.30 NGF, délimitant la zone inondable proche de la rivière de la partie supérieure du terrain était significative au sens ou elle apparaît comme la frontière entre deux types de paysage. Le premier paysage, au dessus de cette ligne s'apparente davantage au paysage de bocage typiquement vendéen, fait de champs entrecoupés de chemins creux boisés ; le second présente un caractère plus bucolique avec la présence de la rivière mais aussi de l'eau contenue dans le sol. La végétation est différente et donc les sensations du promeneur (vue, odeur, couleur …) s'en trouvent modifiées par rapport à celles éprouvées en haut du terrain.

L'enchâssement à l'interface entre les deux paysages

A la rencontre mouvante du paysage cultivé de bocage et du paysage inondable de la Boulogne, nous avons enchâssé l'Historial comme un lieu de vie protégé mais non caché ; ouvert, accueillant et généreux dans les rapports qu'il génère avec le site actuel comme avec les extensions possibles à venir.

L'intention première étant que depuis le haut du terrain, le bâtiment n'émerge pas. La façade Sud se présente comme le visage de l'Historial. Dans le sens transversal par rapport à la pente, soit l'axe Nord/Sud, le parti d'implantation des éléments de programme est d'installer les parties opaques d'exposition et de réserve dans l'épaisseur du terrain ainsi évidé et de positionner les espaces d'accueil au sud, vers la lumière et la vue.

La traversée par le chemin creux

Le parti d'un bâtiment enchâssé dans la pente et abordé depuis le haut du terrain induit naturellement le thème de la descente vers le programme. Afin de permettre au flux des visiteurs de rallier le niveau d'accueil qui se situe au niveau bas du terrain, nous avons alors imaginé une traversée publique du bâtiment à l'air libre, constituée par une rampe à pente douce (pas d'ânes) qui aboutit sur un parvis à la vue dégagé sur les rives de la Boulogne. Depuis ce parvis, le visiteur découvre l'entrée du musée.

Cette traversée du bâtiment permet également une vision plongeante sur les galeries d'accès vers les espaces d'exposition et sur le hall donnant ainsi au visiteur un avant goût de l'objet de sa visite, ainsi que le sentiment d'une plongée dans le sol et donc l'histoire de la Vendée. Elle permet également au visiteur de rejoindre le bas du site et donc de poursuivre sa promenade vers les rives de la Boulogne en empruntant soit des sentiers transversaux, soit un platelage légèrement décollé du sol et donc de l'eau pendant les périodes d'inondation qui mène jusqu'au théâtre de verdure. Celui-ci s'installe naturellement au flanc du coteau sur la rive opposée.

Ce parcours extérieur permettant de découvrir l'intérieur du musée s'inscrit comme une ligne de bocage entre les champs, à l'image des chemins creux si typique du paysage vendéen. Nous imaginons que ce passage peut demeurer ouvert et libre d'accès pendant les heures de fermeture du musée afin de rendre vivant le site en permanence.

La trame modulaire capable

Afin de satisfaire aux exigences de modularité et de permutabilité des espaces d'expositions, nous avons dessiné un bâtiment à la structure régulière, en respectant une trame de portique franchissant 21 mètres qui définit des espaces principaux de 450 m² chacun. Cette structure permet de définir deux strates utiles pour le fonctionnement : les espaces d'exposition ou de réserves de 0 à 6 mètres, le grill technique et les poutres nécessaires pour assurer le franchissement de 6 à 9 mètres.

Le doublement des portiques, en plus d'assurer le contreventement de la structure permet d'intégrer un quadrillage au niveau de la strate supérieure. Ce réseau permet de circuler entre les zones de grill au dessus de chaque salle et également d'assurer des descentes vers les espaces du niveau public.

05(@Stephane-Chalmeau)_B.jpgLa partie la plus large du hall vient occuper un module d'angle de cet ensemble tramé. Deux galeries, l'une en façade Sud ouverte sur le paysage, l'autre le long de la rampe forment des extensions du hall et permettent des accès autonomes dans chacun des espaces d'expositions.
D'autre part, un accès technique permettant la livraison des décors et autres pièces des collections est créé depuis les chemin dit des Plattes au delà de l'accès parking, afin de se distinguer très clairement du flux visiteur. Cette rampe, permettant l'accès des poids lourds aboutit sur une aire de retournement faisant office de cour de livraison. A l'instar du Hall, la cour de livraison occupe un module de la trame. Elle dessert les locaux de Conservation et de Recherche et permet aux camions de manœuvrer afin de rejoindre une voie périphérique, sorte de douve technique, assurant la livraison dans tous les espaces d'expositions et de réserves, y compris le Musée des enfants accessible sous la rampe de la traversée. La solution d'une trame ainsi réalisée, faite de points durs (éléments porteurs, escalier) et de parois constituées de panneaux métalliques sur l'extérieur, de panneaux bois sur l'intérieur permet d'envisager une grande souplesse d'utilisation, une permutabilité des espaces et une recomposition des façades en fonction des usages changeants.

Le bâtiment contenant les espaces d'accueil (billetterie, boutique, cafétéria, vestiaires …), les salles pédagogiques, le musée des enfants ainsi que les espaces d'administration à l'étage est conçu de manière identique.

La toiture comme fragment de paysage

L'enchâssement du projet dans la pente nous a conduit à envisager la toiture du bâtiment comme l’élément majeur du projet dont la présence serait perceptible depuis les points hauts du terrain mais également depuis les coteaux situés au sud et faisant face au site. Par ailleurs, l'intention clairement exprimée dans le programme de faire disparaître le projet dans le paysage, de conduire le visiteur à découvrir le musée depuis l'intérieur, nous a mené à imaginer une toiture faite de plans inclinés, supports d'une couche fine de végétation, venant s'ajuster aux hauteurs utiles différentes selon la nature des espaces du programme.

L'ensemble des toitures forme, ainsi, un paysage architecturé, changeant au fil des saisons et en fonction de l'inclinaison et donc de l'orientation des différents plans. Les dimensions importantes du projet (surface, épaisseur) disparaissent ainsi sous ce couvert végétal. Le musée se devine sous cette toiture géométrisée à la nature maîtrisée. Les rives se décollent du terrain naturel et forment des failles laissant passer la lumière vers les espaces d'accueil et la vue sur les façades du projet.

06(@Stephane-Chalmeau)_B.jpgLa toiture est composée d’une charpente métallique épaisse. Celle-ci est constituée de fermes treillis et de pannes braconnées tous les 2 m. La forme gauche de la toiture est décomposée en triangles, chacun occupant un plan différent. Les rives sont composées de cassette aluminium qui se déroulent tel un ruban sur tout son contour.

Un bac acier perforé est posé sur toute la surface de la toiture. La surface de la toiture est nappée d’un complexe foamglass de 10 cm d’épaisseur pris en sandwich entre deux couches de bitume. Cette nappe de verre cellulaire posé en plaques fait office d’isolant thermique et d’étanchéité. Elle reçoit le complexe végétal léger, constitué de 15cm de terre reconstituée et de terreau. Ce complexe est contenu dans des costières. Ce substrat reçoit un rouleau d’herbe pré cultivée en Forêt noire. Un réseau d’arrosage artificiel, indispensable pour la viabilité de cette couverture apparentée à une culture hors sol est logé dans l’épaisseur du substrat. Le substrat est composé de sédum, de graminées et d’essences d’herbes. Dès le printemps prochain, la toiture prendra l’apparence d’une prairie suspendue destinée à pousser entre 30 et 60 cm. Dix petits cabochons de caillebotis encastrés dans certains angles des triangles de la toiture assurent les fonctions de désenfumages et ventilation.

Le projet en sept questions

1 - Comment le parti du projet peut-il résoudre l'intégration du musée dans le site ? Par le parti d'implantation en enchâssement dans le pente, à l'interface entre les deux types de paysage (bocage, rivière) et par le couvert végétal réalisé sur la toiture.

2 - Comment la perception de l'entrée est-elle rendue évidente pour le visiteur qui aborde l'Historial depuis le chemin haut ? Par la position de l'entrée le long d'un parcours global à la croisée des lignes de forces du paysage et du projet intégrant tous les programmes du site (Mémorial, Historial, promenade sur la Boulogne).

3 - Comment la séquence d'approche du bâtiment permet-elle au visiteur d'appréhender la richesse intérieure du musée ? Par la surprise générée par la vision des toitures inclinées laissant percevoir le programme, puis par la découverte de la traversée, véritable plongée dans l'histoire et le sol vendéen.

4 - Comment le projet donne-t-il une interprétation contemporaine de l'identité de la Vendée ? Par le dialogue formel qui s'établit entre l'enracinement du projet dans le sol vendéen, mis en valeur par sa traversée à l'image du chemin creux et l'expression innovante d'un projet muséographique et architectural.

5 - Comment la souplesse d'utilisation et d'évolution du programme sont-elles garanties par le projet ? Par la mise en œuvre d'une trame permettant de permuter les espaces et les fonctions, par la nature des façades réalisées en panneaux et donc démontables et par la simplicité du système de livraison (douves techniques).

07(@Stephane-Chalmeau).jpg6 - Comment la souplesse formelle du toit permet-elle de gérer la diversité des situations topographiques et le panorama sur la Boulogne ? Par la capacité des toitures inclinées à venir rejoindre le sol naturel ou à s'en extraire pour s'ouvrir sur la vue.

7 - Comment la toiture végétalisée concilie le parti architectural et les performances techniques ? Par les qualités techniques d'inertie thermique et acoustique conférés par la couche de végétation qui s'ajoute à l'esthétique naturaliste.

*Plan 01 est composé de quatre agences (Atelier du pont, BP Architectures, KOZ, Philéas) et dix architectes: Jean Bocabeille, Anne-Cécile Comar, Philippe Croisier, Christophe Ouhayoun, Stéphane Pertusier, Ignacio Prego, Dominique Vitti, Anne-Charlotte Zanassi, Julien Zanassi et Nicolas Ziesel.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 2 novembre 2006.

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