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Actualité | A Phnom-Penh, les hérauts de la Cité Radieuse (14-02-2018)

Pourrait-on imaginer un seul instant la démolition de la Cité Radieuse ? C’est pourtant le sort réservé, à Phnom-Penh, à l’Immeuble Blanc conçu par Vann Molyvann et Vladimir Bodiansky. L’ensemble n’a peut-être pas la même importance que la Maison du Fada mais l’histoire de ce témoignage moderne est assez forte pour ne pas regretter aujourd’hui sa disparition.

Spécial 'Démolition' | France | Vann Molyvann

Le portrait de l’Immeuble Blanc était, il y a quelques mois encore, très sombre. «Prostituées, accros à l’héroïne, nonnes, étudiants, commerçants vivent, côte à côté, dans un immeuble que les temps modernes ont transformé en bidonville et en zone de crimes connu de toute la ville», indique Radio Free Asia.

Sa destruction a logiquement été programmée ; le terrain a été confié à une compagnie japonaise qui souhaite désormais y développer un vaste ensemble résidentiel composé de tours.

Les engins de démolition ont depuis fait leur œuvre ; c’est «la fin d’une époque», titre Cambodia Daily, quotidien local qui déplore cette disparition.

L’immeuble inauguré en 1963 était un symbole. Il répondait à une vision utopique à même de faire basculer Phnom-Penh dans la modernité. Pour répondre aux problématiques posées par le considérable développement urbain de la capitale cambodgienne, les autorités avaient demandé à deux français, Gérald Hanning et Vladimir Bodiansky, d’imaginer un schéma directeur pour l’aménagement des rives du Bassac, un bras du Mékong qui traverse la ville.

Ces deux prestigieux invités étaient proches de Le Corbusier. Le premier avait travaillé aux projets d’Alger ; le second avait dirigé l'Atelier des Bâtisseurs (AtBat) qui a, dans un premier temps, regroupé architectes et ingénieurs (dont Wogensky et Candilis) afin de réaliser, à Marseille, les travaux de la Cité Radieuse.

Si ce nouvel âge d’or à Phnom-Penh devait être moderne, il devrait être aussi cambodgien. Un architecte local, et non des moindres, Vann Molyvann, est associé au projet. Avec Vladimir Bodiansky, tous deux développent un premier ensemble résidentiel : l’Immeuble Blanc.

Plans, compositions et lignes choisis reprennent les formes d’ores et déjà expérimentées par l’AtBat. L’Immeuble Blanc semble directement inspiré du concept «nid d’abeille» développé par Georges Candillis et réalisé à Casablanca, au début des années 50.

La collaboration entre l’architecte cambodgien et l’ingénieur français s’est poursuivit dans d’autres projets, notamment dans le cadre du stade national ou encore du théâtre Preah Suramarit construit non loin de l’Immeuble Blanc que l’on destinait alors à une communauté d’artistes, d’acteurs et de danseurs.

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La guerre civile et les ravages causés par les Khmers rouges ont laissé, abandonnée, l’imposante construction. Des populations venues des campagnes sont alors venues s’y installer.

La ville a fini par conquérir les vastes espaces verts hérités d’une conception hygiéniste de l’urbanisme. Enfin le vieillissement d’une construction et un manque saisissant d’entretien l’a visiblement condamnée à la disparition.

Les pelleteuses n’emportent pas moins, avec elles, un pan de l’histoire cambodgienne et peut-être même...d’une histoire de l’architecture moderne et française.

Jean-Philippe Hugron

Un reportage a été réalisé par Jérémie Lusseau : http://www.jeremie-lusseau.net/portfolio/reportages/white-building-de-phnom-penh/

Quelques passionnés ont constitué un site internet au sujet de l’Immeuble Blanc : http://whitebuilding.org/en

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