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Visite | Démolir ? Réemployer ! Le tout façon V+ et Rotor. (14-02-2018)

A Bruxelles, V+ et Rotor se sont saisis du nouveau Centre de la Mode et du Design pour faire une étonnante démonstration où «la pate et l’égo ne sont jamais dominants». Pour ce faire, il a fallu jouer de situations absurdes, renforcer des bizarreries et travailler l’existant comme une matière...le tout sans jamais démolir.  

Spécial 'Démolition' | Culture | Bruxelles

Folie furieuse à Bruxelles ! Le MAD, le nouveau Centre de la Mode et du Design se fait étonnante et détonante démonstration : la démolition n’est pas inéluctable. Voilà donc de quoi faire la nique à la dénommée «bruxellisation», cet étrange processus appelant, dans les années 50, au nom de la modernité, à tout les destructions possibles.

V+ et Rotor ont, pour moquer l’histoire, agit de concert. L’agence d’architectes et le collectif se sont appliqués, en tant qu’«anti-équipe», lors d’un concours, à faire fi des recommandations. Le cahier des charges appelait – Bruxelles oblige ! – à faire table rase du passé. En guise de reliques : un immeuble des années 60, un atelier industriel et un pastiche néo-flamand.

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Plutôt qu’une simple destruction, choix fut fait de redonner vie à un joyeux cadavre exquis. Pourtant, «ces trois bâtiments étaient absolument débiles. Ils avaient déjà connus 300 transformations. Nous leur en avons rajouté 1000 de plus», sourit Jörn Aram Bihain, associé de V+.

Pourquoi dès lors s’encombrer et s’ennuyer ? «Nous souhaitions faire un pied de nez à ces musées-white box ! Nous avons, pour notre part, imaginé une dirty box !», s’amuse-t-il.

Pour cela, il a fallu verser dans un exercice inédit, à savoir une reconversion inhabituelle. «Révéler l’existant» n’était pas ici réhabiliter ni restructurer...encore moins restaurer ou restituer.

«Pour créer quelque chose de nouveau, nous avons voulu créé une confusion que nous avons volontairement exagérée. Il fallait du jus, de la matière», dit-il. Ici du marbre, là du carrelage, ailleurs du bois… le tout avec «l’arme du pauvre» : de la peinture blanche et, surtout, un sens aigu de la perfection.

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Avec Rotor, l’approche, sinon «le regard», s’est fait «archéologique». Il s’agissait, pour ce projet, d’imaginer «un inventaire du réemploi» : tout ce qui pouvait être conservé devait l’être, même un encombrant monte-charge qu’il aurait été, dans une autre logique, préférable d’abattre.

«Nous ne sommes pas dans une esthétique de la ruine», affirme Mélanie Tamm, membre de Rotor. «Ni dans une guerre de goût, ni dans une forme de romantisme», renchérit Jörn Aram Bihain.

«Nous avons identifié des éléments forts pouvant nous guider dans notre volonté de faire quelque chose de neuf. Nous prenons la situation existante comme une matière sinon une ressource qui n’appelle aucune forme de respect. Les constructions dont nous avons hérité n’avaient aucune qualité particulière. Cependant, elles donnaient corps à des situations spatiales improbables. Nous en avons tiré profit», explique-t-elle.


La jeune femme assure également, à cette occasion, vouloir «transformer le discours sur le patrimoine». En d’autres termes, il s'agit de ne jamais figer une construction.

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Le réemploi se frotte malgré tout, de par trop souvent, aux normes et aux règles des marchés publics. Des matériaux sont donc parfois révélés et, malgré tout, «95%» de l’existant auraient été ici préservés. «Nous prenons un bâtiment comme une ressource voire comme une matière», disent-ils à l'unisson. 

Et voilà donc la parfaite démonstration que rien ne se perd, rien ne se crée mais que tout se transforme !

Jean-Philippe Hugron

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