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Edito | Pour Super Nyssen, démonter n'est pas détruire (14-02-2018)

Remonté, le Pavillon X-TU ! Et sauvée, la halle Lustucru ? A voir. Les journaux se sont après la récente annonce de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, fourvoyés dans la reproduction d’un communiqué sans s’interroger sur la portée d’une décision. En effet, la halle d’Arles ne sera pas «détruite» mais «démontée». Espoir ou affaire sémantique ? Super Nyssen nous le dit.

Spécial 'Démolition' | France

L’affaire a animé les vacances de Noël. Une halle ancienne était, dans la périphérie d'Arles, promise à la démolition. A la place ? Une centre commercial. L’affaire sonne comme le scénario d’une mauvaise série B où un promoteur se fait torpilleur de patrimoine.

La construction ciblée par quelques investisseurs est une halle métallique du XXe siècle. «Rare» pour les uns. «Beau spécimen», pour les autres. Conçue à Levallois par Edouard Allard, ancien contremaître d’Eiffel, elle a été érigée à Marseille, Parc Chanot, pour accueillir foires et expositions.

Vendue un franc symbolique, la structure a été démontée puis remontée à Arles pour abriter quelques silos où sont stockés, pour Lustucru, des tonnes de riz récoltés en Camargue voisine. Depuis la fermeture du site, l’ensemble est resté à l’abandon.

03()_B.jpgLe foncier une fois vendu, un promoteur sans imagination accompagné d’un architecte sans conviction n’ont alors eu d’autre désir que de démolir pour ériger, sans doute, ce qui sera un banal centre commercial.

Peu importe la médiocrité du projet… l’ire populaire cible la disparition d’une relique, «cathédrale d’acier» pour ses anciens usagers.

Après maintes pétitions, Françoise Nyssen, entre dinde et marrons, s'est décidée à prendre position pour ce qu’elle dit être un «témoignage rare de l’histoire de la construction métallique du XXème siècle». Une halle façon Eiffel… rare… n’exagérons pas. 

«La communauté d’agglomération, en accord avec l’Établissement Public Foncier régional, a accepté que l’ensemble de la structure soit déposée sur le site des ‘papeteries Etienne’, pour y être entreposée dans de bonnes conditions de sécurité et de préservation», se félicite la ministre dans un communiqué intitulé : «Françoise Nyssen sauve la halle Lustucru».

Super Nyssen, cap au vent et poing levé, souhaite dès lors «une consultation citoyenne organisée afin d’imaginer un projet partagé qui devra répondre à des enjeux locaux comme nationaux et internationaux». Citoyenne et partagée ! Le bonheur coule aux oreilles des thuriféraires de la participation. 

L’enfumage est donc de mise. Sauvée, la halle ne sera pas démolie mais démontée… La belle nuance ! Autant sans doute que ce néologisme faisant de toutes démolitions, aujourd’hui, des chantiers de «déconstruction».

02(@dalbera)_S.jpg

Parmi les démontages récents, nombreux pourraient faire l’objet d’une alerte enlèvement. Le Pavillon Français de l’Exposition Universelle de Milan, démonté depuis la fermeture de l'événement, réapparaît de temps en temps : conçu par X-TU, il devait, une première fois, remplacer «Juraparc» à Lons-le-Saunier. Flop. Il devait ensuite retrouver une nouvelle vie à Dijon pour abriter la Cité du Vin. reFlop. Aujourd’hui, Tremblay-en-France ! Dans le parc des expositions, demain, près de l’Arena… bref, une arlésienne ! Encore une autre !

Et que dire du Pavillon Chanel conçu par Zaha Hadid, un temps installé devant l’Institut du Monde Arabe ? Et de l’hôtel particulier Texier réalisé vers 1867-68 par un élève de Vaudoyer et Labrouste dans le goût du XVIIIe siècle et «démonté» en 2009 pour laisser place à l’extension de l’hôpital Necker ? Et la passerelle Tolbiac ? En parle-t-on ?

Les opérations de «remontage» sont aujourd’hui trop rares pour ne pas forcer l’admiration quand elles ont lieu. A Saint-Cloud, Christiane Schmuckle-Mollard, architecte, poursuit le délicat travail de démontage et de remontage du Pavillon Lescoeur, une imposante construction Napoléon III dominant la vallée de la Seine. La mission serait donc possible !

Toutefois en dehors de quelques rares exceptions, le démantèlement d’une construction pour son déplacement est, au XXIe siècle, un leurre pour ne pas dire une hypocrisie. Chaste, la société préfère «déconstruire» plus que «démolir». Sa mémoire se fait passoire. Halles, pavillons et hôtels particuliers, passé à l’égouttoir de l’actualité, sont très vite oubliés. Le démontage n’est alors qu’un triste palliatif. Participatif ou non et quoi qu'en dise Super Nyssen.     

Jean-Philippe Hugron

Réactions

CATHERINE | ARCHITECTE | IDF | 15-02-2018 à 17:03:00

toujours AUSSI MORDANT ! TOuJOURS LES FEMMES QU'on égratigne, pas les hommes; respect pour Christiane Schmukle Mollard et XTU ;
Auriez vous parlé ainsi d'un homme???

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