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Actualité | Architecture brutaliste, échelle 1, au musée ! (14-02-2018)

Exposer l’architecture, dans un musée, est impossible ou presque. Réduite au statut d’objet, elle peut néanmoins être déplacée. Quelques prestigieux exemples archéologiques en témoignent à Berlin, au Pergamon Museum. Le Musée serait-il alors le moyen de sauver l’architecture moderne de la disparition ? Exemple à Londres.

Spécial 'Démolition' | Logement collectif | Béton | Londres

Archéologie 2.0. Sans pinceau, ni piolet ? L’architecture moderniste, méprisée par le plus grand nombre, disparaît parfois dans l’indifférence. Quelques exégètes s’époumonent en vain pour sa préservation mobilisant de bons arguments. Si l’heure est à la redécouverte de qualités oubliées, bulldozer et pelleteuse finissent généralement par avoir le dernier mot.

Pour s’en convaincre, direction Londres. Robin Hood Gardens est désormais arasé à jamais, concassé, réduit à l’état de gravier. L’ensemble conçu par Peter & Alison Smithson et livré en 1972 était pourtant reconnu pour être l’exemple le plus parfait de brutalisme architectural. Il était même, dans bien des histoires de l’architecture, l’image choisie pour illustrer un «style» polémique. Quoi qu’il en soit, même en faisant les grandes heures d’anthologies architecturales, le complexe résidentiel de 252 appartements a été démoli pour laisser prochainement place à 1500 logements. Fin du débat ?

«C’est un acte de vandalisme», affirme Simon Smithson. Le fils de Peter & Alison Smithson a réussi le pari de mobiliser autour de sa cause des architectes parmi les plus reconnus : Richard Rogers ou encore Toyo Ito. Feue Zaha Hadid avait même déclamé son amour pour un bâtiment qu’elle estimait par dessus tout. En vain.

Les habitants, quant à eux, ne se sont pas émus d’une démolition annoncée dès 2008, pas plus qu’English Heritage d’ailleurs associant, dans ses rapports, l’opération des Smithson à un «échec».

Dix ans plus tard, revues spécialisées et critiques de quotidiens généralistes regrettent les premiers coups de pioche portés contre l’imposante barre de béton brut. Soit. La fin était annoncée.

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Il y quelques semaines, dans cet étrange contexte, le Victoria & Albert Museum faisait une annonce étonnante. L’institution clamait haut et fort avoir fait la plus curieuse acquisition de son histoire en sauvant un morceau entier des Robin Hood Gardens... avec «coursive» et «duplex», façades avant et arrière incluses !

Le «fragment» de trois étages mesure pas moins de 8,8 mètres de haut, 5,5 mètres de large et 8 mètres de profondeur. Il pèse à lui seul 3 tonnes… De fait, il a été découpé en différentes sections pour pouvoir être transporté et stocké.

Neil Bingham, commissaire d’exposition au V&A, salue l’initiative. «Quand la démolition s’est faite imminente, Liza Fior (associée de Muf architecture/art) qui achevait alors une année de résidence au musée, a proposé que nous récupérions, avec son aide, une partie de la construction pour la préserver. Cette acquisition […] appellera de nouvelles recherches sur cette période hautement expérimentale de l’architecture britannique et de son histoire urbaine».

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Pour l’heure aucune intention d’exposer l’élément n’est exprimée. La nouvelle acquisition pourrait selon le Telegraph être présentée dans la nouvelle annexe du V&A dont l’ouverture est promise, à l’est de la ville, au coeur du parc Olympique, en 2021.

Cette décision reste étonnante. Symbole ? Sensationnalisme ? Fétichisme ? Avènement du «brutalism without people» ? Réduction de l’architecture à une œuvre d’art ? Symptôme d’une génération botox tartinée de crèmes «anti-âge» et incapable d’accepter le vieillissement et l'inéluctable disparition ? Autant de questions qui méritent d'être posées.

Jean-Philippe Hugron

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