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Edito | Tes références ? Ton chiffre d'affaires ! (31-01-2018)

CA ? Le chiffonnier de la rue de Rivoli ? Non ! Le Chiffre d’Affaires ! La très respectée revue d’A s’est lancée depuis quelques années, en partenariat avec la MAF, dans un exercice farfelu de classement des agences par chiffre d’affaires. Quid de la qualité face à la quantité ?

France

L’initiative détonne toujours autant. Le numéro de d’A daté de janvier 2018 fait l’objet d’une curiosité un tantinet malsaine. 200 agences sont répertoriées...et classées ! Pour ce faire, leur chiffre d’affaires 2017 est mis en avant avec, pour rappel, dans deux autres colonnes, les résultats 2016 et 2015. A chacun de voir la «réussite» des uns et des autres mais aussi leur progression.

Arep est ainsi couronné ! L’agence est la première du classement. 80,9 millions d’euros, ni plus, ni moins. Loin derrière...RPBW, la deuxième, avec 45,9 millions d’euros. La troisième ? Valode et Pistre ! Puis, arrivent Chabanne + Partenaires, Wilmotte et associés, AIA… et – surprise – Ateliers Jean Nouvel ! En huitième position, Baumschlager Eberle...l’agence allemande devenue également française qui rachète, dévore et grossit selon une stratégie quasi inédite en France.

Ces pages amusent autant qu’elles font briller les yeux ! L’argent, moteur de cupidité, de jalousie et d’envie, alimente sans fin discussions et rumeurs. Le succès reste, en France, suspect et la médisance inspire aisément les plus vils esprits.

Si la réussite d’agence est à féliciter, ce palmarès contribue à un étrange climat, celui où le CA – alias chiffre d’affaires – n’est plus une variable mais une condition ! 

Il est, en quelques années, devenu un critère de sélection. Les appels d’offre ne s’encombrent désormais plus de références. Il s’agit seulement de faire montre d’un chiffre d’affaires pour pouvoir prétendre à la conception d’un projet. Curieux réflexe.

La spécialisation des architectes était déjà un phénomène regrettable où seuls ceux qui avaient conçu des équipements scolaires pourraient construire écoles, collèges et autres lycées. Aujourd’hui, l’architecture semblerait s’adresser non plus à des spécialistes mais à un vaste cartel d’agences non pas pour la qualité de ses travaux mais pour sa réussite économique.

De fait, les appels d’offre font passer les «capacités financières» bien devant les «capacités techniques et professionnelles» d’un architecte. 

Le chiffre d’affaires serait-il alors l’étrange corollaire d’une architecture de qualité ? Ce mauvais parallèle illustre une dérive qui devrait être ouvertement condamnée. Jamais la réussite financière d’un professionnel ne devrait entrer en compte dans le choix d'un projet. Certes, une agence d’architecture est une entreprise comme les autres mais son art mérite mieux qu’une considération... à l’économie.

Jean-Philippe Hugron

   

Réactions

Didier | Architecte et ACG | Île-de-France | 13-02-2018 à 12:30:00

Article courageux, je ne crois, pas.
On reproche de mettre en avant le Ca des agences mais il faut être soit naïf soit inconscient d'imaginer qu'un maitre d'ouvrage puisse confier à une agence de 5 personnes un chantier de 10 ou 15 M€. Le risque n'est il pas trop grand...
Je fais un parallèle, quand vous choisissez une entreprise pour un lot de 500 K€, prenez vous le risque de le donner à une entreprise qui a deux collaborateurs et un compagnon ?

Muller | sociologue | Paris | 08-02-2018 à 15:16:00

Quel courage de se faire mousser à moindre frais en pondant un edito bien faux-cul sur la situation actuelle des architectes. Plutôt que ce genre de réaction, saluons la réflexion et l'analyse : http://www.darchitectures.com/les-petites-et-moyennes-agences-architecture-menacees-a3879.html

Delphine | 01-02-2018 à 15:58:00

BRAVO ...!!!

Rachel | 01-02-2018 à 10:26:00

Bravo pour cet édito courageux.
A ces arguments sur les critères de choix des architectes parfois trop centrés sur leurs "capacités financières", j'aimerais rajouter le point de vue d'une adhérente à la Mutuelle des Architectes Français:
On peut comprendre que la MAF fête ses plus gros contributeurs, puisque la cotisation annuelle est bien calculée sur le montant des honoraires perçus.
Mais pour dépenser le trop d’argent perçu, la MAF aurait aussi pu redistribuer une somme proportionnelle à chacun des mutualistes, plutôt que de payer des petits fours à Guy Savoy, non?

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