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Visite | Labics, rencontre par dessus les ruines (15-11-2017)

Construire à Rome est un défi. Maria Claudia Clemente et Francesco Isidori, les associés fondateurs de Labics, ne s'attendaient pas à trouver en dessous d'un ancien dépôt de bus, les ruines d'un temple. Pour autant, voilà qui n'intimide pas. Au contraire ! L'occasion était trop belle pour ne pas fonder une pratique contemporaine sur une expérience millénaire...  

Spécial 'Ruines' | Rome | Labics

Rome ! Labics y travaille. L'agence se love sous les imposantes voûtes d'un noble rez-de-chaussée non loin du Vatican. Les maquettes d'études s'y mêlent, toutes précieusement rangées. Dans cette pompe solennelle, règne un désir de perfection.

Maria Claudia Clemente et Francesco Isidori sont architectes. Ils sont amis d'enfance… comme leurs pères ! Ils ont connu les mêmes écoles, usé les mêmes bancs et suivi les mêmes études. «Mes parents n'étaient pas tout à fait d'accord, il voulait que je fasse de l'ingénierie», sourit-il.

Maria Claudia Clemente pouvait quant à elle suivre des études d'architecture «même si elles sont malheureusement moins sérieuses qu'en France», soupire-t-elle avant de lancer : «Trop d'ingénieur signent, en Italie, les demandes de permis de construire...»

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Maria Claudia Clemente et Francesco Isidori, malgré leur légère différence d'âge, se sont entendus pour s'attendre. «Je n'ai jamais travaillé en agence. J'ai tout de suite fondé un studio», dit-elle. La première adresse n'était pas la plus idyllique : un quartier industriel près d'Ostie. «Bruto !». Le R roule mélodieusement. Bruto ! Mais charmant...

Ceci étant dit, le centre de la capitale était un peu trop loin. Depuis trois ans, les prestigieuses artères du quartier Prati se montrent autrement plus pratiques… elles sont sans doute moins «alternatives» et plus «conventionnelles». «Il y a effectivement ici beaucoup d'avocats et d'experts comptable», sourit-elle. Avant tout, il s'agissait de donner une assise au siège.

L'ambition de Labics est à la mesure de son agence : grande ! En d'autres termes, associés et collaborateurs veulent conquérir l'Europe. Leur architecture est, après tout, convaincante. «Nous candidatons en Allemagne et en Suisse», souligne Maria Claudia Clemente. En France, l'agence construit. «Nous y avons trouvé une culture de la commande publique et privée», dit-elle en soulignant «les valeurs démocratiques» qui permettent de trouver «un débouché» dans l'Hexagone.

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L'export, autant que l'architecture, «reste un risque», convient-elle. «Mais nous aimons pousser l'architecture au-delà de ses limites», reprend-t-il en écho.

Pour s'en convaincre, le duo évoque son dernier projet à proximité du cimetière monumental de Campo Verano et de la gare Tiburtina, à l'est de Rome. «Ici, notre proposition portait sur une architecture allant au-delà de ses limites pour embrasser l'espace public», précise Francesco Isidori. Direction donc la Citta' del Sole.

Lui en scooter. Elle en taxi.

Sur place, l'ensemble comprend bureaux et logements. Il se montre élégant, le tout dans un contexte urbain désordonné. «Nous n'avons pas pensé ici un objet mais un système de constructions», dit-il. Pour le qualifier, l'architecte propose, en toute logique, les adjectifs «ouvert» et «urbain».

Le programme appelait pourtant un volume compact. Si la parcelle était somme toute généreuse, les circonstances exigeaient la réalisation d'une masse imposante et visible pouvant aisément satisfaire l'ego et l'ambition d'une maîtrise d'ouvrage.

Plus de finesse fut toutefois privilégiée. «Nous voulions des volumes neutres et simples. Tous les détails sont dans les constructions historiques alentours», dit-il. En face de l'opération, quelques logements sociaux réalisés entre 1926 et 1928 par Giorgio Guidi et Innocenzo Sabbatini. Leur esthétique mêle rationalisme et réinterprétation d'éléments baroques…. Le tout façon HBM.

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Les façades de la Citta' del Sole sont habillées de fines lamelles de métal. L'effet est cinétique. Sobre. A cette discrétion s'oppose l'emphase des espaces publics. Ils font la richesse du projet.

La parcelle était plane mais jouxtait une pente. Labics a pris le parti de dessiner une topographie artificielle pour créer deux niveaux d'espaces publics. Les dimensions sont importantes, les accès larges. Cette générosité toute minérale donne du souffle à l'opération mais aussi une prestance. Les deux associés insistent sur la complémentarité du vide et du plein. «Notre désir est d'expérimenter sans cesse de nouvelles formes de relations entre l'architecture, la ville et l'espace public», disent-ils.

La Citta' del Sole est, en ce sens, une belle démonstration. Ce d'autant plus que la proposition s'adresse également à la ville. Rome, à cet endroit, se délite. Le centre joyeux perd de sa densité. La périphérie se dessine progressivement dans un flux intense d'automobiles mais aussi dans la rencontre chaotique d'échelles variées. Labics y contribue à sa façon mais apporte ce qui manquait jusqu'ici cruellement : une place.

Parmi les «thèmes d'étude», Labics aime à citer le Capitole ou le Quirinal. Des archétypes maniés sans grandiloquence… ils sont davantage à même d'inscrire un projet dans une histoire urbaine… autant d'ailleurs que les ruines trouvées en sous-sol.

En 2010, le chantier s'arrêtait en effet pour dégager les restes d'un mithraeum, «un sanctuaire dédié au culte de Mithra» mais aussi des mosaïques, des dalles et des canalisations anciennes. Ces vestiges ont été inclus dans le projet final. Labics a réajusté au dernier moment sa copie et a revu l'ensemble de son parti structurel pour rendre visible et accessible ces ruines au sein d'un «hortus antiquario», un jardin antique.

Bref, Maria Claudia Clemente et Francesco Isidori ont bel et bien les pieds ancrés dans l'histoire. A toute allure...certes mais en scooter et en taxi !

Jean-Philippe Hugron

Documents techniques & photographies

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Crédit : Labics
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Crédit : Labics
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Crédit : Labics
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Crédit : Labics
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Photographe : Marco Cappelletti
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Photographe : Marco Cappelletti
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