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Actualité | Etre femme et architecte sur les vestiges de Kaboul (15-11-2017)

«Nous pouvons le faire». L'inscription verte est monumentale. Elle se détache d'une façade en ruine, celle du parlement d'Afghanistan. L'édifice raconte un peu Kaboul, telle qu'elle fut, telle qu'elle est….telle qu'elle sera. Dans ce contexte, Masouma Delijam et Wazhma Kurram inscrivent leurs noms sur les traces de l'architecte allemand Walter Harten.

Spécial 'Ruines' | France

L'Allemagne n'a jamais caché son appétence pour le Moyen-Orient. Berlin s’enorgueillit des portes d'Ishtar démontées, transportées d'Irak et reconstruites au coeur du Pergamum Museum. Les liens singuliers que le pays a entretenu avec cette région du globe permet aussi à une ville comme Kaboul de présenter dans son paysage urbain quelques témoignages germaniques.

Un pont, des immeubles, des écoles... Leur architecte ? Walter Harten, entre autres. L'homme est d'ailleurs méconnu. Il ne fait même pas l'objet d'une page wikipédia ! Il serait parti d'Allemagne avec 21 confrères ingénieurs. Ensemble, ils auraient réalisé plus de soixante-dix constructions. L'histoire se contente, pour l'heure, de ces maigres statistiques.

Walter Harten aurait toutefois dessiné pour le roi Amanullah, le palais Dar-ul-Aman, du moins selon les sources germanophones. Des textes francophones attribuent volontiers la paternité du projet à André Godard, architecte et archéologue.

D'autres maîtres d'oeuvre auraient participé au projet. Josef Brix notamment qui a oeuvré pour motiver de jeunes diplômés – parmi eux, Albert Speer – à quitter l'Allemagne afin de rejoindre Kaboul. Il fallait alors cinq mois pour atteindre l'Afghanistan via Moscou puis Tashkent.

La chute d'Amanullah a décidé d'un autre destin pour le Dar-ul-Aman qui devait accueillir le parlement… l'ensemble est devenu «le palais» volontiers qualifié de «royal».

Dar-ul-Aman signifie pourtant littéralement, la «maison de la paix». Eventré, le bâtiment expose aujourd'hui des façades criblés d'impacts de balle. Incendié en 1969 puis, à nouveau, en 1978, il fut fortement endommagé pendant l'invasion russe. Curieux symbole de paix…

La restauration de l'ensemble est, en Allemagne, un enjeu symbolique. Nombre d'articles, outre-Rhin, se fond l'écho depuis quelques mois d'un projet de rénovation estimé à 15 millions d'euros. Parmi eux, un texte de Sandra Petersmann paru sur le site d'information DeutscheWelle.

L'auteur y retrace le parcours de Wazhma Kurram. La jeune femme de 36 ans, ingénieur structure, fait partie de l'équipe chargée de la reconstruction du palais autant que Masouma Delijam, architecte en chef, d'à peine 28 ans. Jusqu'à présent les femmes ont constitué près d'un quart de l'équipe. Leur présence était fortement souhaitée par le président Ashraf Ghani qui y a vu un puissant symbole.

Il n'y avait là, pourtant, rien d'évident. Sandra Petersmann relate les insultes faites à l'égard des femmes… y compris dans la rue, sur le chemin du palais. Wazhma Kurram «punit» ces hommes en les «ignorant» simplement.

Son parcours est exemplaire et digne de respect. Alors qu'une éducation lui était interdite par les talibans, ses parents ont organisé son apprentissage à domicile. L'arrivée des forces internationales à Kaboul lui a permis d'étudier l'ingénierie.

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Les moyens pour la reconstruction du palais sont faibles. «50 jeunes architectes et ingénieurs planifient la reconstruction sur leur portable. La plupart travaille avec leur ordinateur personnel à l'aide de leur propre logiciel. L'improvisation fait autant partie de ce projet gouvernemental que les heures supplémentaires. Dehors, quelques dizaines d'ouvriers manient pelles et marteaux […]. Aucune machine n'est présente sur le site», note Sandra Petersmann.

Le projet reste, après tout, encore très controversé. Certains exigent la destruction du palais, d'autres son maintien à l'état de ruine. Le gouvernement espère quant à lui y organiser un musée national pour célébrer dans deux ans le centenaire de l'indépendance... et l'émancipation des femmes ?

Jean-Philippe Hugron

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