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Edito | Montparnasse, rhabillée pour l'avenir ! (20-09-2017)

La tour Montparnasse. Voilà une aversion passée à l'état de monomanie. Tant et si bien que la Mairie de Paris se trompe à nouveau de sujet. En effet, la malédiction des Halles quitte la rive droite pour s'ancrer rive gauche. Au mauvais diagnostique, mauvaises solutions ? La nouvelle AOM (Franklin Azzi, Chartier Dalix, Hardel-Le Bihan), lauréate, sera-t-elle victime malgré elle ?

Montparnasse | Tours et gratte-ciel | France

La foule était compacte au Pavillon de l'Arsenal. Ce mardi soir, à 19h01, les discours élogieux de la Mairie de Paris et du Syndicat des copropriétaires de l'ensemble immobilier Tour Maine-Montparnasse consacraient la nouvelle AOM mandataire de la rénovation du célèbre gratte-ciel parisien.

02(@NAOM)_S.JPGLes salves d'applaudissements se sont faites chaleureuses, longues et enthousiastes. Et pour cause, l'audience relativement jeune s'est vue à travers les cinq architectes lauréats composants la dite nouvelle AOM, reconnue et saluée. Génération Y, enfin.

Cette nomination est d'autant plus surprenante que Chartier Dalix, pour ne citer qu'eux, obtenaient, il y a 8 ans à peine, le prix de la première œuvre pour un modeste boulodrome en deuxième couronne. Ils se voient aujourd'hui confier avec leurs confrères Franklin Azzi et Hardel-Le Bihan la transformation de la plus haute tour de la capitale. Un succès !

Certes, les noms de ces agences font d'ores et déjà les belles heures de consultations parisiennes. Certaines d'entre-elles ont même été désignées lauréates de Réinventer Paris… mais l'attribution d'un projet si emblématique à de jeunes et talentueux architectes ne peut qu'être félicitée. Ovationnée, la nique aux stars...

Pascale Dalix, émue, s'est exprimée la première. La clameur retombée, elle a évoqué, avec un léger trémolo, son «amour» pour la tour Montparnasse qu'elle occupe depuis quelques mois avec ses quatre confrères, installés au 44e étage. Cet amour appelait, selon elle, au respect de l'architecture mais à un «changement d'image».

03(@DPA)_B.jpgAlors que les premières perspectives de projets non retenus commençaient à circuler dès la veille, notamment le projet radical et puissant de Dominique Perrault, l'espoir d'une transformation complète pouvait rendre l'intention soufflée par Pascale Dalix décevante. A l'étage, la maquette du projet retenu était toutefois en mesure de rétablir l'enthousiasme.

Ni grimace, ni sourire. Le projet de la nouvelle AOM est effectivement respectueux. La tour conserve sa silhouette emblématique mais perd néanmoins de son élancement par une base épaissie, un peu pataude, sans doute pour gagner quelques mètres carrés nécessaires à l'économie obscure d'une rénovation lourde.

Les façades ne semblent, quant à elle, pas revêtir les teintes claires attendues dans le cahier des charges. A l'image, le gratte-ciel reste assez fidèle à la masse sombre imaginée à l'origine. Peut-être n'est-ce là que l'effet de quelques perspectives finement réalisées.

Il fallait néanmoins pour rendre la chose digeste un peu de salade pour satisfaire l'appétit d'édiles en mal d'agriculture. Les espaces se font, au sommet de la tour, jungle tropicale. Houba houba ! Une tour éco-missiko-cop21 !

Les perspectives des halls d'entrées, des espaces panoramiques et de la serre tranchent avec les aménités actuelles. Leur esthétique semble emprunter beaucoup à un imaginaire «nouvelien» d'effets de transparence et de miroitement. Génération Y… à n'en point douter.

04(@StudioGang)_B.jpgL'enthousiasme pour ce projet peut également se justifier par comparaison. Promises par les concurrents de la nouvelle AOM, les transformations du gratte-ciel parisien en succédané dubaïote à façade miroir avaient le tort de banaliser la tour. De nombreuses agences sont tombées dans le terrible travers de la dépersonnalisation.

Dans ce concert de biduloïdes qatareux, OMA se montre le plus ridicule. Rem semble s'être fait terroriste de foire et déguise la tour Montparnasse d'une hideuse burqa-koolhaas que ficelle un ascenseur-montagne-russe… New York Délire dérape.

05(@OMA).jpgLa nouvelle AOM offre donc le projet le plus sage, le plus raisonnable… à n'en point douter, le plus réaliste. Bien comme il faut, et...dans les canons de la «réinvention».

Jean-Louis Missika, adjoint à l'urbanisme, assure, de son côté, que le projet est «parisien» et que la mairie se refusait aux «gestes» préférant les projets «situés». La logique ne semble prévaloir ni pour les tours Duo de Jean Nouvel, ni pour la tour Triangle d'Herzog et de Meuron.

Ce projet est toutefois bel et bien parisien... dans l'absurdité qu'il réveille. Cette restructuration, sans doute nécessaire, n'est que la partie émergée de l'iceberg. La tour a sans cesse cristallisé les critiques alors même que l'erreur n'était pas architecturale mais urbaine : les espaces publics ont été délaissés. Aucun effort n'a été consenti par la mairie de Paris pour améliorer la place de la gare ni le carrefour du Boulevard de Montparnasse avec la rue de Rennes. Pire encore, l'opaque centre commercial ne fait, à ce jour, l'objet d'aucun projet sérieux. Les études s'accumulent depuis des années sans que la solution ne soit trouvée.

Voilà qui rappelle d'autres déboires : les Halles. La canopée est ce projet visible, réalisé pour satisfaire une municipalité en mal d'image, afin de résoudre un problème souterrain. Pour aménager ses caves, la ville s'est faite construire une toiture. Ubuesque mais véridique.

Montparnasse relève du même syndrome. La ville se paye, une nouvelle fois de symbole et rêve d'une tour illustrant ses prétentions écologiques. Mais rien quant à l'urbanisme. Rien quant au tout automobile de ce tentaculaire carrefour de la ville. Et ce, depuis des années.

La Tour Montparnasse n'exigeait probablement pas une transformation aussi importante. Peut-être appelait-elle même plus de respect que celui esquissé par la nouvelle AOM, peut-être nécessitait-elle une restructuration davantage patrimoniale. Trop de témoignage des Trente Glorieuses disparaissent sous les effets de mode.

06(@NAOM)_S.JPG

Ceci étant dit, au delà de ces débats, quelque soit le projet de transformation et la stratégie choisie pour la restructuration de la tour Montparnasse, tant que l'urbanisme du quartier n'est pas corrigé, il y a fort à parier que le gratte-ciel sera toujours aussi peu apprécié. La nouvelle AOM n'y pourra rien même avec un sérieux dessein.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

anticopros | architecte | Italie | 30-09-2017 à 14:19:00

Certains amoureux du panorama parisiene ont parlé de abattre la T. M. Je - en étranger - vais vous ouffrie une propos ironique, un jeu intellectuel, peut-etre pas si fou qu'il peut sembler: substituer le gratte-ciel anericain avec un gratte-ciel "parisien": Paris a dejà la Colonne de Juillet, lassez lui-donner la Colonne de Novembre. Pourquoi Novembre? Parce-que c'est le mois de naissence du général de Gaulle..... et de la mienne aussi.
Vous riez, chers Parisien? Eh bien, cela fait toujours du bon....

archisanté | architecte | auverhonealpes | 27-09-2017 à 19:06:00

Bien vu l'avant-dernier paragraphe : respect pour les œuvres, même décriées, mêmes carrément moche suivant mon goût, mais œuvre d'architectes. Respect et conservation. Pas que pour les MH. Pour notre quotidien, pour notre Histoire.

Arivédarchi | Architecte | Île de france | 21-09-2017 à 12:42:00

Merci pour ce commentaire large et pertinent. Effectivement un projet de compromis médiocres que l'équipe lauréate n'a pu qu'incarner dans le ciel parisien. Le changement dans la continuité : viel adage et triste réalité pour la génération Y.
Un projet, celui de Studio Gang, classé second au troisième tour (!) a tenté une synthèse architecturale qui a failli convenir par la justesse de son propos, sa maîtrise des coûts et sa puissance formelle. Une robe scintillante qui s'évasait au sol pour prendre en compte la valeur iconique de la seule tour au centre de Paris ! Mais la mariée était trop belle…

passion design | agent design | Paris | 21-09-2017 à 11:49:00

en sortant du TGV à Milano Garibaldi, vous verrez une tour qui a intégré le végétal à l'extérieur de la façade et sur toute l'hauteur -
géniale ! pour la Tour de Montparnasse on pourrait aussi le faire jusqu'à une certaine hauteur
(20 ême étage ?)
et on ne parle pas d'enlever l'amiante de la Tour ?

messire | 21-09-2017 à 10:03:00

Bien vu...sinon la generation Y c'est celle post 1980..et il semble que tout ces archis sont nés bien avant :)

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