tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Livre | Louis Kahn : ne demandez plus le programme ! (28-06-2017)

Le programme, ce carcan ! Les programmistes, cette engeance ! Plus que jamais ces documents devenus épais et contraignants sont la cible de virulentes critiques. En 1968, à la Rice University de Houston, Louis Kahn raillait déjà cette notion ! C'est l'une des formidables découvertes offertes par l'ouvrage intitulé 'Lumière blanche, ombre noire' proposé aux Editions Parenthèses.

France | Louis Kahn

L'ouvrage est mince mais riche. Chacun pourra se délecter des mains de Louis Kahn dans un bref essai de Lars Lerup ou encore d'une analyse de Michael Bell sur les «deux carrières» de l'architecte.

Une longue conversation avec des étudiants de la Rice University de Houston livre quelques clefs sur l'art de Louis Kahn. Sa conférence reste toutefois la plus délectable ! Et pour cause, on y découvre un homme sensible à la transmission de son métier et, plus encore, un architecte victime des travers de son époque. Parmi eux : le programme !

L'architecture verserait-elle dans un trop plein pragmatique : «si je pensais à ce que je pourrais faire d'autre que de l'architecture, ce serait d'écrire un nouveau conte de fées, car du conte de fées est né l'avion, et la locomotive, et les merveilleux instruments de l'esprit… tout est venu de l'émerveillement», dit-il.

02()_S.jpg

La capacité de s’enthousiasmer et de s'extasier devrait être ainsi un préalable à l'acte créateur, celui au service de ce que Louis Kahn nomme les «institutions de l'homme», à savoir «l'institution du gouvernement, du foyer, de l'enseignement, de la santé, ou des loisirs».

«Une des grandes lacunes de l'architecture d'aujourd'hui est que ces institutions ne sont pas redéfinies, qu'elles sont prises comme une donnée par le programmateur et transformées en bâtiment», affirme-t-il.

L'appel à la «reprogrammation» est lancé. L'architecte relate un exercice donné à ses élèves : le problème d'un monastère. «Je n'avais pas de programme, et pendant deux semaines pleines, nous avons discuté de sa nature».

Les étudiants ont donc devisé autour du maître et chacun a lancé son idée. Les plans imaginés sont rapidement soumis à un moine de Pittsburgh : «il se moqua de nos plans en particulier du réfectoire. […] il dit : 'je préférerais de beaucoup que mes repas me soient servis au lit !'», se rappelle Louis Kahn.

Le problème est, par conséquent, «appronfondi» même si le moine n'en savait, in fine, pas plus que les autres sur la nature d'un monastère. «Nous avons [...] trouvé quelques superbes solutions. Je peux vous assurer que cela faisait beaucoup de bien de comprendre que les solutions ne venaient pas d'un programme mort, d'un plan imposé en tant de mètres carrés. La prise en compte habituelle de la nature du réfectoire, et du reste, fut écartée».

04()_B.jpg

L'occasion se présente alors pour Louis Kahn de souligner par cet exemple combien «le programme, tel qu'il est généralement donné [est] mort. Le programme original n'[a] aucun caractère de nouveauté, aucune volonté vitale».

Pour la pratique, Louis Kahn s'en remet à l'exemple du Salk Institute. Le commanditaire, plus qu'un nombre de m² avait une idée en tête : «inviter Picasso au laboratoire».

«Cette approche transforma le Salk Institute, d'un bâtiment banal […] en un autre qui avait besoin d'un lieu de rencontre aussi grand qu'un laboratoire. C'était le lieu de la galerie d'art, c'est à dire le lieu des arts et des lettres. C'était un lieu où on prenait son repas car je ne connais pas de meilleur lieu de réunion que la salle à manger. Il y avait un gymnase : il y avait un lieu pour ceux qui ne travaillaient pas en science ; il y avait un lieu pour le directeur. Il y avait des pièces sans nom».

Des pièces sans nom! Tout est dit ! C'est là l'une des leçons livrées lors de cette riche conférence donnée en...1968 ! L'actualité du propos rejoint alors le propos de Peter Papademetriou en introduction : «Lou demeure intemporel !».

Jean-Philippe Hugron

 

Réactions

Mimitoutseul | Archi à titre libéral | Pays de la Loire (Vendée) | 29-06-2017 à 03:32:00

Toutes mes excuses, Jean-Philippe, mais trop de fautes émaillaient ma contribution, et donc, je le refais ici...

Passionnant votre "invitation" à la lecture de "Lumière blanche, ombre noire." ! Les interrogations qui sont miennes seraient donc vieilles de près de 50 ans (49) ! Ai-je bien le droit de comparer les problèmes que je tente de résoudre actuellement à ceux rencontrés par L. KAHN dès 1968 ?
• Vous le savez, Jean-Philippe HUGRON, car nous en avons déjà parlé, je milite pour une information des français quant au rôle et au métier de l'architecte du particulier... Et la méthode de l'obéissance au programme de nos contacts (pour ne pas dire "clients") afin de fournir "des" esquisses prêtes à construire par d'autres m'est des plus insupportables ! Quand donc un homme tel que vous me permettra-t-il d'avoir l'audience nécessaire à mon projet ? Pouvez-vous m'écrire ? Non ?
• L'exemple, pourtant, existe, puisque Jacques-Emile LECARON a su créer des logis à partir de ses analyses profondes et sa démarche programmatique durant ses entretiens avec ses contacts, pour aboutir à ces magnifiques habitations si diverses de la rue des Fougères à Clamart (région parisienne). A partir d'autres réflexions, par exemple de Jean-François ESPAGNO, de Toulouse, il y a trois ans, j'ai concocté une méthode pour que près de 15.000 architectes puissent signer à chaque fois un contrat "simplifié" dès le deuxième entretien et, en même temps, établir un programme basé sur les motivations et les vrais besoins du porteur de projet, avant de retourner, apaisés et renseignés, vers leur rouleau de calque d'étude et leurs crayons...
► Depuis trois ans et demi que j'étudie cela, je vous crie = il est temps qu'avec des moyens très simples et peu coûteux l'architecte du particulier, c'est à dire "de proximité", renouvelle sa pratique et sa stratégie à son profit et celui de ses maîtres d'ouvrage... Voulez-vous vous prêter à cette "renaissance" du métier en France, et peut-être, ensuite, partout ailleurs ?

■ MICHEL B. ■ alias Mimitoutseul...
.

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Album-photos |Villefranche-sur-Mer : CAB à bonne école

«Ce projet est un hold-up sur le paysage», affirme Bita Azimi, associée de l’agence niçoise CAB. A quelques pas de la Citadelle Saint-Elme de Villefranche-sur-Mer (06), la nouvelle école maternelle livrée...[Lire la suite]

elzinc

Présentation |«Faire de l'architecture devient la part intime du projet», assure Joe Vérons

La technique n'est plus le sujet. En revanche, l'administration et la lutte face à la bureaucratie devient un enjeu majeur. Coûts et délais en découlent. Dans ce contexte, faire de l'architecture semble annexe voire...[Lire la suite]


elzinc

Album-photos |Le centre d'innovation de Santiago ? Elemental, mon cher Watson

«La plus grande menace pour un centre d’innovations est l’obsolescence fonctionnelle et stylistique», affirme Alejandro Aravena. Aussi, le fondateur de l’agence chilienne Elemental a conçu un parti atemporel...[Lire la suite]