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Livre | Josef Frank, espèces d'espaces (05-04-2017)

Aurait-il aimé les canisses ? Josef Frank, homme de l'art autrichien, défenseur d'une architecture blanche et libre, figure importante du modernisme suédois, se fait l'objet d'une étonnante étude de Mikael Bergquist et Olof Michélsen publiée aux éditions Park Books, sous le titre 'Josef Frank - Spaces'.

Monde

«Josef Frank est un architecte compliqué mais aussi un architecte simple», notent de prime abord Mikael Bergquist et Olof Michélsen. 

04()_B.jpgPlus loin, les deux auteurs de l'ouvrage 'Josef Frank - Spaces' citent la phrase selon laquelle il aurait été «un intellectuel engagé en architecture et non un architecte intellectuel». A méditer.

Né en 1885 à Baden, formé à Vienne où il soutient une thèse portant sur Alberti, il devient un membre du Werkbund réunissant architectes, artistes et ensembliers avant-gardistes. Il développe au détour des années 20 une architecture résolument moderne. Toutefois, il s'oppose à la machine à habiter corbuséenne autant qu'à l'oeuvre d'art totale rêvée par nombre de ses confrères.

«Il n'est pas de ces architectes qui souhaitent avoir le contrôle esthétique sur tout. Cela ne signifie pas pour autant que le rôle de l'architecte doit être passif mais qu'il doit être maintenu à l'arrière-plan, là où le raffinement se combine à la banalité», affirment les deux auteurs.

En 1927, Josef Frank est invité par Mies van der Rohe à participer à la création du Weißenhofsiedlung de Stuttgart où s'illustrent Le Corbusier, Walter Gropius, Hans Scharoun ou encore Ludwig Hilberseimer.

Josef Frank est alors le seul autrichien convié à cette occasion. Il réalise une maison double «qui ne diffère pas significativement à l'extérieur des autres constructions». Mikael Bergquist et Olof Michélsen expliquent qu'«elle présentait des façades en stuc, un toit plat, des fenêtres horizontales et des ouvertures largement vitrées. Mais au lieu d'un mobilier en tubulure métallique – qui était le standard des autres intérieurs – Frank meuble sa maison avec des produits de sa propre compagnie Haus&Garten : des canapés rembourrés, des tissus aux motifs colorés, des rideaux, des tapis, des coussins. Frank était critiqué pour ses intérieurs féminins», écrivent-ils.

Pour certains, cette maison était même, au sein de l'ensemble moderne, dénommée le 'bordel de Frank'. Rares étaient ceux, à cette époque, à tolérer un point de vue quittant l'épure moderne. «Il est possible de voir l'attitude de Josef Frank […] comme une provocation […] mais surtout comme un scepticisme profondément enraciné à l'encontre des systèmes totalisants, à l'encontre de la croyance en un style dominant, à l'encontre d'une vision unique portant sur la manière de vivre», soulignent les auteurs.

02(@StephanHunger).jpgDe fait, l'idée d'un homme nouveau et moderne est vertement rejetée par Josef Frank autant que le Bauhaus et ses dérivés. Sa recherche ne porte, selon ses mots, pas sur la richesse ou la simplicité d'un intérieur mais sur son confort.

Plus encore sur «l'expérience architecturale», le déplacement, la pratique des espaces, la manière d'ouvrir une porte… Les séquences d'entrée jouent un rôle fondamental autant que ces pièces assurant la transition entre intérieur et extérieur, entre espaces publics et espaces privés.

03(@ArkDesAndSvensktTennJosef FrankArchive)_B.jpgA mesure des années, les plans se complexifient. Le rectangle est insufisant ; Josef Frank lui adjoint des «poches», autrement dit, des excroissances et des recoins. Le polygone serait aussi, selon ses vœux, une solution. Dès les années 30, l'architecte expérimente la courbe pour, dans les années 40 et 50, depuis la Suède où il vit désormais, la travailler plus librement encore.

Les deux auteurs y voient des «réminiscence des diagrammes des places et des espaces urbains médiévaux de Camillo Sitte autant que des théories d'Alberti» ; Josef Frank serait aussi un «familier de l'architecture classique».

Fort de plans, de schémas et de maquettes, l'ouvrage de Mikael Bergquist et Olof Michélsen n'est pas une étude historique, loin de là, pas plus qu'une analyse critique. Il est davantage une présentation inédite des méthodes de Josef Frank, lesquelles seraient, selon l'introduction, «utiles» pour des praticiens d'aujourd'hui. Bref, il y a là un délicieux mode d'emploi !

Jean-Philippe Hugron

Josef Frank – Spaces ; auteurs : Mikael Bergquist et Olof Michélsen ; éditeur : Park Books ; prix 38 euros
lien : http://www.park-books.com/index.php?pd=pb&lang=de&page=books&book=703

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