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Livre | La mauvaise fortune de Louis Arretche (22-03-2017)

Il y a quelques années, paraissait aux Editions du Patrimoine une passionnante monographie*, la première du genre, sur Louis Arretche. Le hasard – ou presque – l'a fait arriver au Courrier de l'Architecte avec un peu de retard. L'heureuse occasion de se plonger dans l'oeuvre familièrement méconnue d'un homme de l'art «réaliste à l'oeuvre», selon les mots de Dominique Amouroux.

France

Comme de nombreux «Carnets d'Architectes» proposés par les Editions du Patrimoine, l'opus consacré à Louis Arretche répare une injustice. Son œuvre n'avait fait, jusqu'à présent, l'objet d'aucune publication.

03()_B.jpgLa cause ? «Un succès sans notoriété», assure Dominique Amouroux, auteur du texte. «Il est le plus oublié des architectes français de la seconde moitié du XXe siècle», souligne-t-il.

«Observer l'oeuvre de Louis Arretche conduit d'ailleurs à constater cette opposition permanente entre les éléments censés lui assurer une place dans l'histoire de l'architecture française et l'oubli dans lequel sont tombés l'homme et ses réalisations», note-t-il. Parmi elles, la reconstruction de Saint-Malo ou celle du Pont-des-Arts, à Paris, la création du jardin des Halles, la conception de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc à Rouen, l'aménagement de la cote des Basques, à Biarritz et bien d'autres encore.

L'oeuvre est immense. Elle reste néanmoins invisible des livres d'histoire. La raison ? Une attitude, selon Dominique Amouroux, prise par les deux grandes revues professionnelles : Architecture d'aujourd'hui et Architecture française qui «lui ouvrirent leurs colonnes avec parcimonie dans les années 1950 puis l'ignorèrent totalement dès la fin des années 1960».

L'auteur va encore plus loin dans ses explications : «Fait unique, les historiens laissent volontiers ses associés temporaires l'exclure de leur liste de références et déshabillent le 'patron' au profit de ceux de ses collaborateurs qui ont ultérieurement accédé à la notoriété, sous prétexte que son talent personnel est difficile à évaluer : n'a-t-il pas produit un nombre trop élevé de projets pour qu'il ait pu tous les concevoir lui-même ?»

02(@CitedelArchitecture)_B.jpgL'homme aurait été aussi «l'ami de tous». Jamais il n'aurait été «affairiste» pas plus qu'il n'avait de faconde littéraire ou d'engagement théorique.

En somme, à travers ses pages abondamment illustrées, se détache le portrait d'un architecte pragmatique, ouvert à tout. Son travail est jugé «prolixe» et «changeant». Peut-être est-il insaisissable.

Dominique Amouroux s'amuse aussi de concordances chronologiques. Louis Arretche est diplômé alors que le Golden Gate Bridge est inauguré. Il débute son activité alors que Frank Lloyd Wright achève sa maison sur la cascade et disparaît avec l'avènement de MVRDV.

Il n'a été, qui plus est, ni «corbuséen», ni «prospectif», ni «organique». L'auteur voit donc dans le travail accompli mais aussi dans celles et ceux qui ont collaboré avec lui, «une perméabilité aux différences».

Si l'ouvrage ne constitue qu'une première étape d'une démarche entreprise, il reste plus que salutaire par l'oubli qu'il condamne. Trop d'architectes des Trente Glorieuses restent injustement ignorés. Aux Editions du Patrimoine donc de poursuivre le courageux effort.

Jean-Philippe Hugron

*Louis Arretche ; auteur : Dominique Amouroux ; éditeur : Les Editions du Patrimoine et InFolio ; 192 pages ; 20 euros. 

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