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Livre | Calatrava, au-delà des mots... (15-03-2017)

Santiago Calatrava est une figure taboue. Serait-il l'antithèse de l'architecte ? L'incarnation honnie de l'architecte-artiste ? Il est en tout cas celui qu'il faut sans doute ouvertement détester et secrètement admirer. Il est celui que le présent est incapable de regarder et que la postérité observera loin de considérations pragmatiques. Les éditions Parenthèses, faisant fi des jugements contemporains, publient trois passionnantes conférences données au MIT.  

Espagne | Santiago Calatrava

Il y a eu d'abord Rem Koolhaas. Il y a désormais Santiago Calatrava. Les Editions Parenthèses livrent, dans de cours opus, les textes de conférences données au célèbre Massachusetts Institute of Technology. Au tour donc de l'architecte espagnol.

Rafael L. Bras, ancien directeur du département d'ingénierie civile et environnementale au MIT préface l'ouvrage et rappelle que «l'idée de l'architecte-ingénieur s'est perdue. La créativité s'est laissée enfouir sous des équations ou enserrer entre les murs des spécialisations».

Le divorce entre l'architecture et l'ingénierie semble difficile aujourd'hui à dépasser. Il léserait même les deux parties, selon Stanford Anderson, également professeur au MIT. Par ce constat, les deux enseignements justifient leur choix de se pencher sur la figure singulière de Santiago Calatrava pour lui donner la parole.

L'homme de l'art, à mesure des pages, s'explique. Il ne se fait toutefois jamais homme de mot. La démonstration ne s'encombre pas de formules ; l'argumentaire est avant tout construit...au sens propre, comme au sens figuré.

02()_B.jpgUn projet en chasse donc un autre. A peine Santiago Calatrava esquisse-t-il quelques souvenirs, pas même une rencontre. Il serait presque d'une génération spontanée.

«Quelqu'un a dit, un jour, que si le peintre Raphaël n'avait pas eu de bras, il aurait été un bon architecte, car l'instrument de travail de l'architecte est l'oeil. C'est la faculté de voir, de juger, d'inventer des choses. Nous avons deux paires d'yeux, les deux yeux de notre visage et ceux de l'esprit, qui inventent et combinent les choses», affirme-t-il.

L'oeil prend un place importante dans cette série de conférences. Il est l'organe qui inspira beaucoup à l'architecte ; «les ailes de la gare de Lyon, par exemple, empruntent leur géométrie à une sculpture antérieure, une étude sur l'oeil», reconnaît-il.

L'oeuvre de Calatrava se veut «le résultat cumulé d'idées de sculptures et de dessins générés par tel ou tel projet».

«Il est important de reconnaître l'existence dans le phénomène de l'architecture son aspect purement plastique ou sculptural. Ceci ne s'oppose pas à ses aspects fonctionnels ou structurels», souligne-t-il.

Pour lui, le seul but poursuivi est «l'accomplissement plastique» ; «lorsque vous travaillez sur un pont ou un bâtiment, même s'il s'agit d'une création plastique, vous êtes lié par des besoins fonctionnels. D'un côté, vous détenez un grand avantage, celui de l'échelle. Aucune sculpture n'atteindra jamais la taille d'un pont ou d'un bâtiment. C'est ce qui donne à l'architecture, et en particulier à l'architecture intégrée à l'ingénierie, sa signification», dit-il.

Pour s'en convaincre, l'architecte illustre son propre de projets. Parmi eux, les plus célèbres mais aussi d'autres moins connus. D'aucuns pourraient citer celui d'une piscine suspendu à la coupole de l'ETH de Zurich. «Elle était suspendue par vingt-quatre filins métalliques qui soutenaient vingt-quatre nervures tendant une peau en polycarbonnate de 1,2 mm d'épaisseur. Elle contenait vingt-quatre mètres cubes d'eau et l'on pouvait y nager, bien que pas très longtemps, car la pression d'un pied aurait pu rompre ou déformer la membrane. Cette construction fut un vrai défi, car nous la coupole, sous cette piscine donc, se trouvait la bibliothèque. Imaginez toute cette eau en suspension au dessus d'une bibliothèque !», se souvient-il.

Les entrepôt de Ernsting à Cösfled, en Allemagne sont aussi remarquables puisqu'ils montrent combien Santiago Calatrava pouvait choisir des solutions «très économiques» sans renier le «pintoresque» qui caractérise son approche.

Cet ouvrage est donc l'occasion de (re)découvrir quelques maquettes réalisées à partir de jouets mais aussi des croquis évocateurs et surtout une pensée, relativement claire, où l'architecte se fait sculpteur.

Jean-Philippe Hugron

*Force, mouvement, forme ; auteur : Santiago Calatrava ; éditeur : Editions Parenthèses ; Collection : Eupalinos ; 91 pages ; 11 euros.
http://www.editionsparentheses.com/force-mouvement-forme

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