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Interview | Le Studio des Signes dessine... (22-02-2017)

Fondé par Élise Muchir et Franklin Desclouds, designers graphiques, le Studio des Signes montre une activité intimement liée à l'architecture, notamment à travers les nombreuses signalétiques qu’il imagine pour les adresses les plus prestigieuses du château de Versailles au musée d’Art Moderne de la ville de Paris mais aussi pour des équipements contemporains comme le Centre des Congrès de Valenciennes ou la Cité municipale de Bordeaux. Les deux associés reviennent pour le Courrier de l'Architecte sur leurs savoir-faire et leurs méthodes de travail.

France

Le Courrier de l'Architecte : Qui êtes-vous ?

Franklin Desclouds & Élise Muchir : Nous nous sommes rencontrés lors de nos études à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Après avoir travaillé aux côtés de Philippe Apeloig, Ruedi Baur et Jean Widmer, nos sensibilités communes et nos savoir-faire complémentaires nous incitent à fonder le studio Des Signes en 2002. Nous sommes designers graphiques, nous aimons ce terme car il allie design et graphisme, conception et savoir-faire. Ensemble, nous abordons les projets de manière transversale, confrontant nos points de vues, assemblant nos différentes recherches et références pour bâtir nos créations. Nos compétences s’expriment aussi bien en signalétique, identité visuelle, affiche, en passant par le multimédia, l’édition et le graphisme d’exposition. Au sein du studio, nous sommes tous les deux en charge de la direction de création de l’ensemble des projets. Quatre à six graphistes nous secondent. Des Signes s’appuie aussi sur un réseau de fidèles partenaires extérieurs, experts de différents métiers complémentaires : typographes, concepteurs/rédacteurs, fabricants, sérigraphes…

02(@StudioDesSignes)_S.jpgPouvez-vous revenir sur votre projet mené à Valenciennes aux côtés de l'agence Chabanne et Partenaires ?

La nouvelle Cité des Congrès de Valenciennes vient d’être inaugurée. Aux côtés des architectes de l’agence Chabanne et Partenaires nous avons remporté le concours en 2014, en charge du volet signalétique.

Ce projet s’appuie sur la création d’un alphabet spécifique et inédit ; un caractère typographique tout en majuscules, porte les valeurs recherchées pour ce nouveau lieu.

Nous avons également conçu un système modulaire à partir de plaques de métal perforées suivant le dessin d’une matrice géométrique spécifique. La composition à base de points s’inscrivant sur cette trame permet de conserver le parti-pris de transparence et de légèreté voulu par l’architecte. Des segments en aluminium laqués vissés, conçus pour une lecture recto/verso, viennent dessiner les lettres des mots invitant aux trois grandes zones du bâtiment. Les grands espaces de déambulation sous la canopée impliquent une signalétique à grande échelle. Le Valendote, déployé à la verticale pour les directions principales (halle, nef, village, château d’eau...), recto/verso permet une grande légèreté tout en accompagnant le geste architectural sans le perturber. Composée à la verticale et suspendue à des filins, la signalétique se déploie dans l’espace extérieur et intérieur et à même les murs.

03(@StudioDesSignes)_B.jpgQuelles sont vos autres actualités ?

L’année dernière et en 2015 nous avons remporté la création des identités visuelles des Journée européennes du Patrimoine (Affiches et communication globale). La signalétique de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine à Charenton-le-Pont (architecte Pierre-Louis Faloci) vient également d’être posée. Elle s’appuie sur un principe d’aimants souples permettant la mise à jour —là aussi— des contenus de la signalétique.

Nous préparons actuellement la signalétique des prochaines expositions du Musée d’art moderne de Paris (Karel Appel et Derain, Balthus, Giacometti) avec la scénographe Cécile Degos. En parallèle nous travaillons sur un projet d’édition pour l’artiste JR et sur l’identité visuelle de la Saison Culturelle 2017 pour le Ministère de la Culture.

Nous espérons une mise en ligne imminente du site internet que nous avons conçu pour l’agence Michel Desvigne Paysagiste.

Nous avons, en cours, un projet pour la signalétique et l’identité visuelle d’un nouveau concept gastronomique avec l’agence Cut Architectures.

Entrés récemment dans les collections du Musée des Arts Décoratifs de Paris, certains de nos travaux seront exposés du 30 mars au 27 août 2017 dans l’exposition «Design graphique : les dernières acquisitions».

Comment définiriez-vous votre rapport à l'architecture ?

Fille, petite fille, sœur d’architectes, Elise Muchir a été sensibilisée aux formes et contre-formes d’un espace, aux proportions, aux circulations, au design.

Nous aimons combiner constructions, trames et vibrations, jeux d’opacité, de couleurs, de matières, de reflets, stratifications et superpositions…

Nous développons un graphisme structuré, construit quel que soit les supports. Ce vocabulaire commun avec les architectes facilite nos échanges autour des projets de signalétique. Dans la mise en œuvre des projets, l’échange est une valeur importante.

04(@StudioDesSignes)_B.jpgComment abordez vous votre travail avec des architectes ?

De manière générale, ce sont les architectes qui nous sollicitent. Nos projets se veulent avant tout une manière de voir ou d'approcher l'architecture. Nous nous interrogeons sans cesse sur le signe et la signature architecturale. Nous essayons de faire écho au geste de chaque projet, parfois en l’accompagnant, le soulignant ou en venant en contrepoint. En d'autres termes, nous souhaitons que notre intervention renvoie à l'architecture. Nous échangeons fréquemment avec les architectes dans la genèse du projet afin de bien comprendre leur bâtiment, le concept-socle, les circulations, le fonctionnement. Puis en avançant, nous travaillons les détails, les finitions, les couleurs pour mieux ajuster notre proposition et créer un ensemble cohérent. Nous travaillons des principes spécifiques pour chaque lieu, nous souhaitons que nos créations résonnent avec l’architecture.

Certains architectes nous poussent parfois à aller plus loin que nous ne l'imaginions, notamment en ce qui concerne la taille des éléments graphiques. Les signalétiques que nous créons dépassent la simple fonction d’orientation, elle participent pleinement à l’identité du lieu. Notre travail pour une signalétique a d’ailleurs souvent donné lieu dans un second temps à la création de l’ensemble de l’identité visuelle des lieux.

Comment gérez-vous petite et grande échelles ?

Gérer le passage de la petite à la grande échelle n'est à priori pas toujours évident, particulièrement dans les espaces non construits. Alors, nous faisons souvent des maquettes, des tests à échelle 1. Ceci étant dit, notre travail en général s’appuyant sur la typographie, nous maîtrisons parfaitement cette transition de par notre expérience en matière d'affichage dans l'espace public.

05(@StudioDesSignes)_S.jpgQuelle part joue la typographie dans votre travail ?

Nous construisons des univers visuels sensibles par la typographie : la lettre devient image, expressive et sonore, cognitive et matérielle. Elle participe du fond et de la forme. Elle est espace de création, d’expressivité, de dialogue et de recherche. Sans cesse re-travaillée, elle devient narrative, construisant un récit pour les publics auxquels elle s’adresse. Du coup le choix des mots dans nos signalétiques est très important. Il nous arrive souvent de travailler avec des concepteur-rédacteurs afin de renforcer notre concept avec un vocabulaire spécifique.

Imaginez-vous pour chaque projet un alphabet nouveau ?

Cette approche n’est pas systématique. La création d’un alphabet doit être justifiée. Elle s’appuie sur une idée forte et la lettre est un moyen de l’exprimer. Le choix précis d’un lettrage ou son dessin spécifique permet de faire parler les institutions de façon plus singulière. La typographie devient l’ADN de l’expression graphique du lieu. De notre point de vue, un alphabet et son traitement graphique permettent de véhiculer la thématique d’un bâtiment, sa fonction ou son ambition. Cela permet alors de s’affranchir des images.

Par exemple, c’est avec l’instauration d’un alphabet typographique original dessiné spécifiquement pour la signalétique qu'a commencé notre collaboration avec le château de Fontainebleau. Le caractère que nous avons imaginé, pour « donner à lire » le domaine de Fontainebleau s’inspire de l’accumulation de styles dont le château témoigne. Nous l’avons constituée à partir de différentes typographies aux caractères marqués – linéales, sérif et stencil. Singulier et fortement identitaire, cet alphabet, sera par la suite appliqué à l’ensemble de la communication.

Pour le Grand musée du parfum nous avons proposé un alphabet de titrage enrichi d’une trame ondulante. À la manière d’un effluve, il s’estompe à certains endroits et se densifie à d’autres. Chaque composition de mot est unique. Le langage graphique cherche à s’adapter de façon subtile et ludique pour accompagner le visiteur dans la pluralité de ses perceptions. Entre le concret et l’éthéré, le tenace et le fugitif, le printanier et le musqué. Ce lettrage imaginé pour la muséographie, est là aussi maintenant utilisé sur l’ensemble des documents du musée.

06(@StudioDesSignes)_S.jpgPouvez-vous nous en dire davantage sur votre intervention au Musée du Parfum ?

Nous sommes partis du constat que comme tout art, le parfum a son propre langage, ses codes, son lexique et ses manifestations, intimes et collectives. Tout l’enjeu était de l’évoquer par la mise en place de signes graphiques, de raconter sa nature intrinsèque, précise et volatile. Le parfum, à l’instar de la musique, crée une résonance dans l’air et se répercute en vibrations sensuelles. Le parfum créé un monde flottant. Il nous a donc semblé évident de traiter une typographie spécifiquement. Nous avions d'abord imaginé enrichir les lettres par une trame de lignes droites. Le résultat était trop raide et un peu agressif. Nous avons alors imaginé un graphisme plus voluptueux. Les inscriptions sont sérigraphiées à même les murs en encre or. Simples, légères, évocatrices, elles contribuent à la clarté du parcours. Une variation d’intensité linéaire marque et accompagne le mouvement, la direction. Elle laisse une trace du passage, se répand, crée une trace mémorielle propice au souvenir.

07(@StudioDesSignes)_B.jpgQue dit ce travail de votre méthode ?

Chaque projet émane d’abord d’une rencontre, de la découverte d’une thématique qui inspire une idée forte, où viennent s’enraciner chacune de nos créations. C’est ce concept qui sert de socle et d’inspiration pour l’élaboration d’un système visuel distinctif et identitaire. Variés et dynamiques, nos travaux d’identités visuelles, d’affiches, de signalétiques et d’éditions se construisent plan par plan, et génèrent différents niveaux de lectures à destination de publics variés. Cette méthode nous permet de dépasser souvent la commande initiale et d’inscrire notre travail dans une réflexion de communication globale. Alors, pour nous, la mission est réussie.

Concevez-vous votre travail pour qu'il puisse être, par la suite, déclinable ? Si oui comment ?

Avant tout nous travaillons l’idée, la forme, de manière libre et esthétique sans se préoccuper des contraintes de déclinabilité. Une fois que nous sommes satisfaits de l’interprétation graphique que nous avons trouvée, nous réfléchissons comment la décliner, la rationaliser. Le travail de conception de charte graphique nous oblige à penser des outils livrables pour permettre aux institutions d’être autonomes et de faire vivre leur identité dans leur communication. Il nous arrive de créer une boite à outils avec l’ensemble des gabarits de documents nécessaire au client. Puis ce sont d’autres équipes (internes ou pas) qui déclinent les documents de manière autonome. Les règles doivent être à la fois très identitaires, créatives, originales mais facilement applicables et appropriables par d’autres.

08(@StudioDesSignes)_B.jpg

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