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Livre | Claude Nicolas Ledoux... ce contemporain! (25-01-2017)

Le métier d'architecte est-il fondamentalement différent aujourd'hui ? Les préoccupations sont-elles nouvelles ? Les carrières se dessinent-elles autrement ? Les enjeux actuels sont-ils si éloignés de ceux d'autrefois ? Dominique Massounie, dans la monographie qu'elle consacre à la saline royale d'Arc-et-Senans (Editions du Patrimoine*), montre, en filigrane, que rien n'a vraiment changé.

France

La saline royale d'Arc-et-Senans : connue, déjà vue, déjà lue… Les éditions du Patrimoine prenaient un risque en publiant un nouvel opus sur le sujet. Le pari a été relevé haut la main. L'ouvrage se montre particulièrement séduisant. Photographies et reprographies y sont en nombre et de qualité.

Outre l'histoire d'un projet visionnaire, les pages déclinent l'oeuvre de Claude Nicolas Ledoux mais aussi son parcours. C'est d'ailleurs à ce sujet que le livre s'annonce le plus délectable. Claude Nicolas Ledoux y paraît tel un architecte… comme les autres !

Sans chercher à démystifier l’œuvre extraordinaire, Dominique Massounie rapporte des considérations quotidiennes et concrètes d'un architecte qui a débuté sa carrière en réalisant...le décor d'un café de la rue Saint-Honoré.

Il y eut ensuite des églises dans des villages perdus, de «petites maisons», des hôtels particuliers, puis des 'équipements', des théâtres notamment, et enfin des commandes plus prestigieuses lui attirant les foudres de la critique. Déjà !

02().jpgLes barrières de Paris sont l'occasion pour une «critique de mauvaise humeur» d'atténuer le mérite de ces constructions. «Les hommes de goût, les hommes en état de juger, ont rendu à Ledoux la justice qui lui était due. On ne peut se faire d'idée des contrariétés et des persécutions qu'il a éprouvées dans l'exécution de ces monuments. Il fallait tout son courage pour y résister. L'ignorance et la cupidité ont travaillé de concert à gâter l'aspect des propylées», écrivait Jacques Cellerier, architecte, en 1808.

Le temps et l'Histoire compressent généralement ces aspérités pour les rendre illisibles sinon invisibles. Le travail de Dominique Massounie remet donc en lumière les tracas d'un homme de l'art pressé par ses clients et parfois blessé par quelques jugements hâtifs.

Plus étonnante reste la conclusion de l'ouvrage. L'auteur prend le parti de terminer sa réflexion sur l'homme et le professionnel. «Par plusieurs aspects de sa vie ou de sa pratique, Ledoux se singularisa rapidement et durablement», note-t-elle.

03(@GeorgesFessy)_S.jpgParmi ces particularismes, compte «le rapport du l'architecte au dessin». «Ledoux ne prit que très rarement la peine de fournir à ses commanditaires des élévations soigneusement aquarellées, et jamais il ne fit relier de recueil de planches à destination de ceux qui voulaient conserver le souvenir de leur commande parmi les manuscrits de leur bibliothèque. Il eut en revanche souvent recours à la maquette, parfois véritable objet de cabinet, comme celle du théâtre de Besançon qu'il fit réaliser entre décembre 1775 et septembre 1776», précise Dominique Massounie.

Plus que le dessin, Ledoux privilégie la gravure. «Peut-être sa formation initiale, dans l'atelier d'un graveur, l'avait-elle convaincu de la supériorité de l'image gravée sur le dessin», s'interroge-t-elle. Si la «puissance évocatrice» d'un tel parti est soulignée, «l'assurance de la diffusion du modèle», l'est tout autant. En d'autres termes plus contemporains, représentation et communication sont deux sujets présents à l'esprit de Claude Nicolas Ledoux.

04(@PhBertheCMN).jpgLa publication en 1804 de 'L'Architecture' peut être reconsidérée en ce sens. Elle «fit l'objet d'une grande publicité et lui attira de nombreux éloges qui adoucirent les deux dernières années de son existence, malgré la haine que les barrières avaient inspirée à son endroit», précise l'auteur.

Elle évoque même les termes dont Claude Nicolas Ledoux usait pour promouvoir son propre livre, ceux d'un «architecte de l'Europe dont le génie, varié sous toutes ses formes, a le plus produit». «Aurait-il pu être plus modeste ?», s'interroge l'auteur. A la lumière des hommages qui lui ont été rendus, probablement pas.

Comme pour toute œuvre, à la réussite succèdent le déclin, le mépris puis la redécouverte. Au milieu du XIXe siècle, Arc-et-Senans semblait faite «d'une triste architecture» avant d'être considérée «révoltante» puis «merveilleuse».

C'est ainsi, à travers l'exemple de la saline royale et la figure de Claude Nicolas Ledoux, que Dominique Massounie relate, in fine, l'éternel retour du même et les permanences d'une profession.

Jean-Philippe Hugron

 

* La saline royale de Claude Nicolas Ledoux ; auteur : Dominique Massounie ; Editeur : Editions du Patrimoine ; 208 pages ; 39 euros.

Réactions

Filou73 | maître d'oeuvre | Savoie | 02-03-2017 à 12:01:00

Il s'agit, à n'en pas douter, d'une oeuvre mythique, sûrement pas d'une mystification...

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