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Visite | OMA : à Caen, la claque (18-01-2017)

Des façades couleur formica auraient pu donner raison à tous les préjugés : encore une starchitecture mal dégrossie. Voilà qui aurait été une belle erreur. La bibliothèque Tocqueville de Caen est une leçon : la technique ne vient pas servir la forme mais l'espace. En guise de professeur : OMA.

Bâtiments Publics | Culture | Caen | OMA

Les atours sont peu reluisants. Ce bleu-vert cafardeux, un tantinet 50, serait-il le lointain parent d'une reconstruction opérée après-guerre ? Qu'OMA se fasse le chantre du contextuel serait douteux. Autant miser sur une faute de goût.

Quoi qu'il en soit, depuis l'extérieur, la nouvelle bibliothèque peine à séduire. Son vitrage sous stéroïde aussi gonflé que musclé semble presque irritant tant il paraît sophistiqué et gratuit : chaque panneau mesure 6,2 mètres de hauteur sur 2 mètres de largeur et présente un ventre bombé de 40 cm.

Fort de ce constat, la visite peut se poursuivre dans l'erreur la plus crasse car, ici, le préjugé détruit encore et toujours tout appétit d'en savoir plus. Pourtant à l'intérieur, dès le hall d'entrée, le point de vue change progressivement. Les finitions sont impeccables. Les détails sont d'une grande finesse. Les espaces sont facilement identifiables et s’emboîtent selon une logique imparable : un auditorium de 150 places, un restaurant de 100 couverts et un espace d’exposition de 350 m².

02(@JPHH)_B.jpgSi l'escalier mécanique ne fonctionne pas encore, les collaborateurs de l'OMA assurent que la montée mérite d'être faite. La promesse pourrait bien assurer, au moment où le jugement critique tend à s'infléchir, la plus belle déception. Miracle ou génie : elle s'en trouve bel et bien tenue. Le visiteur pénètre, par surprise, dans un espace inattendu, monumental et léger.

La croix du plan devient entièrement lisible. La ville se montre, quant à elle, entièrement visible. Le parti d'OMA est, de loin, immédiatement compréhensible.

Pas un pilier ne vient entraver l'immense salle, pas un obstacle ne vient contrarier le regard. Les immenses façades vitrées projettent le visiteur dehors. Voilà 2500 m² d'un seul tenant et libre de tout cloisonnement.

03(@JPHH)_B.jpgLa bombage des baies prend alors tout son sens. Il permet d'éviter des éléments porteurs et autres raidisseurs assurant la stabilité de la façade. Les «bulles» offrent ainsi aux panneaux la meilleure résistance. Ce qui pouvait paraître une fantaisie devient, par l'explication, le fruit d'un savant calcul.

Aux quatre extrémités – les branches de la croix de saint-André reprennent les quatre sections exigées par le programme : arts, sciences et techniques, littérature, sciences humaines – sont proposées des salles de travail fermées mais aussi des mezzanines offrant de nouvelles perspectives sur l'ensemble de la bibliothèque. Elles contiennent aussi sanitaires, espaces techniques et circulations verticales. Ce sont aussi les quatre noyaux structurels sur lesquels s’appuient deux poutres en treillis de 96 et 85 mètres de long qui portent le dernier étage.

04(@JPHH)_B.jpgDe construction, l'équipement passe au statut d'infrastructure. Le niveau supérieur – des bureaux et l'espace de lecture pour les plus jeunes – relève de l'ouvrage d'art. Entièrement en métal, il est désigné par ses concepteurs comme «une poutre habitée».

Reste la question du prix. L'équation voudrait qu'un nom + une prouesse technique = un coût pharaonique. L’ambiguïté est alimentée par deux prix donnés simultanément : le coût total est de près de 64 millions d'euros. Le montant des travaux s'élève, quant à lui, à 40 millions pour 11.700 m². Difficile, dans ces conditions, de calculer le prix du m².

05(@JPHH)_B.jpgCeci étant dit, la qualité a un coût et Caen a eu le grand mérite de ne pas avoir imaginé en guise de projet phare l'énième musée-coquille vide. De surcroît, la ville n'a pas cédé aux sirènes de la forme gratuite. Elle a pris, certes, le confortable parti d'une signature internationale. Néanmoins, la nouvelle bibliothèque intègre un ensemble urbain autrement plus remarquable que certaines opérations hyper-médiatisées, lyonnaise ou nantaise, par exemple.

A quelques pas du nouvel équipement, d'aucuns peuvent ainsi apprécier le rigoureux palais de Justice imaginé par be.baumschlager-eberle et l'atelier d’architecture Pierre Champenois mais aussi l'élégante école supérieure d'arts et médias de studio Milou et enfin l'étonnante structure abritant la maison de la recherche et de l'innovation conçue par Bruther.

06(@JPHH)_B.jpgCaen livre aux visiteurs, mais avant tout à ses habitants, un ensemble urbain sage et audacieux dominé par la subtile démonstration de l'OMA qui rappelle combien l'architecture est question d'espaces avant d'être folie formelle. 

Jean-Philippe Hugron

 

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