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Livre | Dominique Perraut et l'architecture comme art... mineur ? (07-12-2016)

Piolet à la main, l'architecte, tel un mineur, devrait-il excaver plutôt que construire ? Voilà une idée que Dominique Perrault creuse depuis trente ans. Il livre, aux éditions HYX, un ouvrage intitulé 'Groundscapes'* qui pourrait être l'amorce d'une théorie. L'homme de l'art s'est toutefois curieusement perdu dans les tréfonds d'une improbable complexité, vraisemblablement emporté par le jargonneux vocabulaire d'un co-auteur tapi dans l'ombre...

France | Dominique Perrault

A première vue, l'ouvrage proposé par les éditions HYX est stimulant. L'iconographie – particulièrement riche – présente de magnifiques clichés illustrant les plus emblématiques réalisations de Dominique Perrault mais aussi des photographies de chantier, quelques collages saisissants et un formidable inventaire de gravures et autres documents d'époque sur le thème du sous-sol.

06().jpg«Ce livre d'architecte, plus qu'un manifeste, voudrait être une ressource, le socle d'une recherche […] Le Groundscape est bien plus qu'un territoire inexploité, qu'une simple ressource foncière : c'est un domaine générique, avec ses logiques et son économie propres, un domaine qui, valorisé, peut redéfinir la grammaire et les syntaxes d'une nouvelle urbanité», indique l'introduction. Dont acte.

Ce propos liminaire peut troubler par sa signature ; à la fin d'un ultime paragraphe, paraissent, côte à côte le nom de l'architecte et celui de Frédéric Migayrou. Le livre est en effet le «fruit d'échanges et d'entretiens» entre les deux hommes. Aïe.

Les barbarismes du directeur adjoint du Centre Georges Pompidou entachent la réflexion et déséquilibrent la réflexion somme toute simple de l'architecte. A l'ombre du 'penseur', les mots du bâtisseur se perdent dans un babil indigeste passant de la «physicalité» à la «forclusion» via «la géotectonique de l'architecture» et «la cosmographie de la substance urbaine»... pouah !

Il s'agissait pourtant de «dédramatiser le souterrain» et d'assumer «cet impensé urbain». Si le livre est signé de Dominique Perrault, certaines idées qui y sont développées peuvent se réclamer d'une autre paternité. Signée Frédéric Migayrou, bien évidemment.

03()_S.jpgEt pour cause, par jeu de contrastes, dès qu'il est question d'architecture et, plus exactement, des réalisations de Dominique Perrault, le propos se fait bien plus limpide. Au lecteur de faire le tri et de trouver, entre deux développements abscons, quelques fines remarques sur des projets emblématiques de l'agence DPA.

Parmi eux, le vélodrome et la piscine olympique de Berlin. «En construisant une esthétique de la disparition, [cet ensemble] propose une lecture critique de l'instrumentalisation de l'image du sport par les nazis, lui opposant [...] une vision libérée du corps, [une] représentation d'un pouvoir ouvert au partage», écrit-il avant de conclure que si l'architecture s'efface dans son principe d'autorité, elle n'en devient pas pour autant absente.

Dominique Perrault rebondit aisément avec l'université féminine Ewha, à Séoul, une «architecture de l'absence [qui] produit exactement l'effet inverse. Le vide crée une attraction, une aspiration», note-t-il.

04(@DPA)_B.jpgTant et si bien que l'homme de l'art s'amuse à un photomontage juxtaposant l'institution coréenne et la chaussée de l'avenue Foch, à Paris. «Il est parfaitement vraisemblable que l'on puisse ainsi redynamiser la relation de la ville au Bois de Boulogne, reconstruire un lien plus organique et plus humain, tout en greffant, sur différents niveaux de sous-sols ouverts, un ensemble d'équipements constituant de nouvelles plates-formes logistiques, des aménagements qui pourraient irriguer le quartier dans une relation douce et résiliente, créant un nouveau métissage entre les usages locaux du site et les flux de la ville», précise-t-il.

Dominique Perrault évoque aussi des aspects plus techniques ; le «refus culturel du sous-sol aura souvent laissé le monde souterrain aux mains de la seule ingénierie». Aussi, il reconnait, par exemple, que pour le projet d'Ewha, «l'enfouissement d'un programme entier de l'université et l'incrustation de l'ensemble des bâtiments dans le sol demandaient une considérable capacité d'ingénierie, avec des machines d'excavation pour creuser, retirer d'énormes volumes de terre et tenir les parois rocheuses, afin de construire des édifices qui seraient ensuite recouverts avec d'autres masses de terre...c'est un invraisemblable travail d'infrastructure qui, pourtant, va s'achever par une sorte de disparition, un effacement complet de l'ouvrage, libérant avec douceur du vide dans un nouveau paysage». Construire sous terre n'a donc rien d'une évidence.

En voulant intellectualiser une posture, Dominique Perrault a voulu donner, à son approche, plus de... profondeur. Toutefois la mélodie en sous-sol ne prend pas vraiment car ces extraits sont noyées dans des développements plus abstraits et confus. Il vaut mieux donc pour se convaincre de la pertinence d'une approche se rendre sur place, à Versailles, par exemple, où l'architecte – quoi qu'on puisse dire des solutions 'décoratives' – a pris le parti le plus intelligent (et le plus audacieux) d'enfouir, sous la Cour des Princes, une partie de l'accueil du public.

C'est davantage dans ces contextes tangibles plus que dans de pompeuses circonvolutions que le discours fait mouche. L'introduction était donc clairvoyante, il y a là le «socle d'une recherche» qui n'attend plus que d'être approfondie et ce, espérons-le, avec bien plus de simplicité.

Jean-Philippe Hugron

* Groundscapes ; Auteur : Dominique Perrault ; Editeur : HYX ; 207 pages ; prix : 25 euros. 

Réactions

SOLITAIRE | 16-12-2016 à 16:12:00

Quand 0 0 ne font pas le Un platonicien !
Perrault, l'a-ton compris (?) c'est un projet phare, immense... que la nullité "critique de l'architecture" s'était empressée de voir comme "livres ouverts", quand il ne s'agissait que d'une table renversée !
Oui, un truc pompé dans "Les 3 archis Révolutionnaires" (Kaufmann) à l'heure Mitterandienne... C'est à dire une belle image, et un formidable raté architectural au fonctionnement nécessairement foireux.
Et depuis... les rêves envolés, rien évidemment (sinon une cuisine au Château de Versailles ; et le reste fait souffrir souvent).
Sauf les décorations honorifiques du régime (IFA, Institut, "habit vert" et sabre de bois...)

Alors quand Beaubourg est pressé de s'en occuper cultureusement (comme jadis Sollers/Portzamparc autour d'un piano !), dans sa rencontre il ne restait plus qu'au laborieux Migayrou d'interpréter le vide, par le "presque rien" Heidegerrien. Après çà, cherchez bien Normale Sup dans le "classement de Shanghaï" !

Tout un symbole de la culture française aujourd'hui.

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