tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Livre | Qui êtes-vous André Bruyère ? (12-10-2016)

Chauve, souriant, incliné face à un œuf qu'il tient dans sa main droite. La photographie est en première page d'une monographie* que consacre les Editions du Patrimoine dans sa collection Carnets d'Architectes à André Bruyère. François Chaslin et Eve Roy dessinent les traits d'un homme et les contours d'une œuvre «souple et tendre»

France

Les tribulations de l'Oeuf ont pu marquer les mémoires. Un temps proposé, plateau Beaubourg, pour accueillir le futur centre d'art moderne, il rejoignit sur quelques photomontages les gratte-ciel de New York. André Bruyère ne désespérait pas de voir un objet aussi provoquant être érigé : «puisque ce projet sera construit, autant que nous le fassions», disait-il.

Si son œuvre est rare, sa faconde était riche. En témoigne le texte biographique que lui consacre François Chaslin, critique d'architecture autrefois collaborateur d'André Bruyère au début des années 70.

«Il écrivait, publiait des livres, quelques plaquettes à compte d'auteur et a laissé quantité de tapuscrits inédits, dans un style vif et littéraire, souvent poétique, semé d'émerveillements, parfois ampoulé, caressant puis déclamatoire et soudainement traversé de brusquerie, affirmatif», note-t-il.

Le personnage n'est pas aussi fantasque qu'il peut le paraître même s'«il aimait les mots étranges qu'il employait ou façonnait». Finalement, qu'il ait passé trois nuits d'avril 86 avec le photographe Mario Stainer, enfermés dans la basilique Saint-Marc à Venise, saut d'eau et serpillière à la main pour saisir l'éclat des sols polychromes n'est pas surprenant. François Chaslin débute son propos par une vertigineuse mise en abîme dessinant les contours d'un legs familial. Intitulée «Héritages», cette partie mêle l'histoire turbulente d'aïeux à l'Histoire tempétueuse du XXe siècle.

Des personnages se bousculent en nombre dans une ronde qui ne prend sens que quelques pages plus tard. D'aucuns peuvent retenir les figures d'Auguste Perret «qui ne déposa guère de trace dans son travail», d'Emile Aillaud qui «était alors tenu pour un architecte mondain, plutôt pour un décorateur» ou encore le «vieux» Ventre avec qui André Bruyère a travaillé sur «rien de très moderne», et même Jacques Couëlle, «le plus fieffé menteur», selon Pierre Vago.

02()_S.jpgIn fine, c'est le portrait d'un «autodidacte» qui émerge de ce texte. L'homme semble s'être formé à la suite tragique d'événements historiques et de rencontres fortuites. L'une des plus importantes, sera celle avec sa seconde femme, Boba.

«Ils aimaient s'entourer de machines optiques, de lentilles et de verres étranges, d'objets à connotation ésotérique, de bilboquets et de casse-tête chinois, de géodes, de sphères et de boules de toutes sortes (en bois clouté, en verre, en marbre de couleur), de gadgets fascinants, cristaux liquides et sorte d'aquariums à bascule dans lequel des huiles bleues imitaient le mouvement de la houle, et de curiosités au caractère suréaliste comme la planche publicitaire d'un marchand d'yeux de porcelaine du début du siècle», note François Chaslin.

L’œuvre aussi à des allures de cabinet de curiosité. André Bruyère est en outre un architecte de la Côte d'Azur aillant travaillé à plusieurs reprises à Monaco où il ne réalisa, in fine, que l'extension de l'hôtel de Paris, démolie il y a deux ans à peine.

Centre de postcure, résidence à Sausset-les-Pins, hôtel à la Guadeloupe, ou encore pavillon de l'Assistance Publique à Ivry comptent parmi les réalisations les plus remarquables. Toutes sont décrites et commentées par Eve Roy, co-auteur de cette monographie.

Chacun peut donc y découvrir un art de la courbe. «Il avait voulu développer une architecture de la sensualité et du quotidien fantastique et faisait toujours l'apologie du geste, lui qui ne dessina jamais qu'à main levée», écrit François Chaslin.

Pour conclure, il faut sans doute s'en retourner vers l'un des livres d'André Bruyère intitulé Pourquoi des architectes. Le bandeau rouge qui habillait la couverture portait la réponse la plus éloquente : «pour la tendresse des murs».

L'architecture est, après tout, «la façon de mouler une tendresse sur une contrainte», assurait-il.

Jean-Philippe Hugron

*André Bruyère ; Auteurs : François Chaslin et Eve Roy ; Editeur : les Editions du Patrimoine ; 176 pages ; prix : 25 euros.

Réactions

Eva | 25-01-2017 à 16:21:00

Bonjour,
Décidemment...j'ai bien connu André Bruyère, grand ami d'Emile Aillaud.
Bien à vous,
Eva Lukasiewicz

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Portrait |Porro-de la Noue, à la poursuite du conte

L’histoire continue. Un univers de vitraux, d’oiseaux, d’ogives, de seins et de tétons. L’exubérance n’a d’égal que la dignité qu’offre l’architecture à ses usagers....[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Emmanuelle Colboc, comme une feuille délicate sous un rocher

Apposer quelques mots sur l’acte de bâtir. L’ambition est née d’un constat simple ; «Nous parlons d’architecture de façon trop compliquée, ce qui, de fait, l’éloigne du...[Lire la suite]


elzinc novembre

Portrait |Marina Tabassum, une architecte à Dacca

Lauréate du Prix Aga Khan 2016 pour la mosquée Bait-ur-Rouf située à Dacca, Marina Tabassum dessine les contours d'une pratique originale de l'architecture au Bangladesh, loin des majors de la construction et autres grands...[Lire la suite]