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Opinion | Botta : 1 Snøhetta : 0 (05-10-2016)

En voilà un qui ne botte en touche ! Le célèbre architecte tessinois auteur du San Francisco Museum of Modern Art s'en prend ouvertement à l'agence norvégienne qui en a réalisé l'extension laquelle fut inaugurée en mai dernier. Mario Botta déclare, à cette occasion, dans les colonnes du magazine suisse l'Hebdo que ce projet «est d'une stupidité incroyable».

Bâtiments Publics | Culture | San Francisco | Mario Botta

Depuis quelques années, les grands musées du monde se voit surélevés, agrandis voire déformés. Postiches ou extensions, ces implants sont souvent le fait d'une starchitecture désireuse de marquer le paysage autant que de commanditaires en mal d'image.

Si la Tate Modern s'agrémente d'une pyramide torturée imaginée par Herzog et de Meuron, le musée de la Boverie à Liège présente, lui, une sobre extension signée Rudy Ricciotti et le British Museum de nouvelles adjonctions dues à Richard Rogers.

Le San Francisco Museum of Modern Art qui loge depuis 1995 dans une construction conçue par Mario Botta à voulu quadrupler sa surface et a, pour ce faire, confié ce projet à l'agence norvégienne Snøhetta. «J’aurais aimé participer au nouveau concours», assure Mario Botta dans l'édition du 29 septembre 2016 de l'hebdomaire suisse.

03(@HenrikKamSFMOMA)_S.jpgContre toute attente, l'architecte du premier bâtiment n’a pas été invité à en concevoir l'extension. «Le résultat est pire que tout ce que j’aurais pu imaginer. Il ne tient aucun compte de la logique de construction de San Francisco, de sa stratigraphie urbaine particulière. Il impose bêtement son langage figuratif, cassant la qualité abstraite de son environnement, en particulier l’immeuble Art déco des années 1920», peste-t-il.

Certains critiques ne s'y sont d'ailleurs pas trompés en voyant dans ce nouvel ajout une meringue d'un genre nouveau. L'ambition de Snøhetta était pourtant d'évoquer la topographie singulière de la ville et son «fog» si caractéristique. «Le brouillard n'est pas le première chose qui vient à l'esprit en face de cette falaise blanche», assure Oliver Wainwright dans les colonnes du Guardian. Le New York Times n'est pas plus tendre en devinant, sous cet iceberg, un bateau de croisière…

02(@HenrikKamSFMOMA).jpgLe mariage forcé des deux styles devait pourtant s'apparenter à une «danse» selon Snøhetta. L'un a vraisemblablement oublié la cadance au point de marcher sur les pieds de l'autre.

Avant même de voir le travail accompli, Mario Botta fustigeait un projet dont il n'avait pris connaissance qu'à travers quelques images diffusées par voie de presse : «le bâtiment que j'ai conçu pouvait aussi bien se référer au ciel comme au sommet de gratte-ciels datant des années 30 situés en arrière plan. Cette nouvelle extension semble être un mur silencieux, une immense armoire», assurait-il à Dezeen en mai 2016, peu avant l'inauguration.

04(@PinoMusi&IwanBaan)_B.jpgLa rancœur peut être d'autant plus grande que Snøhetta a pris le parti de détruire – du moins de démonter – l'escalier monumental placé sous l'imposant oculus du musée. En lieu et place, un enmarchement tente de zigzaguer, pris en étau par de hauts piliers. «C'est comme avoir construit un meuble en kit de chez Ikea dans un temple. Le bois blond jure avec les lourdes colonnes de granite», note Oliver Wrainwright.

Alexandra Lange assure dans Curbed que cette entrée, en plus d'être «insipide» et «irrespectueuse» de l'architecture d'origine n'en est que plus «générique». «Vous pouvez également marcher le long des baies vitrées et penser que cet immeuble est le siège social d'une entreprise», écrit-elle.

La surprise n'est pas si grande. L'Opéra d'Oslo qui, plus encore que la bibliothèque d'Alexandrie, est à l'origine de la réputation de Snøhetta use du même vocabulaire. Cette construction emblématique de l'agence norvégienne a, peut-être, de par trop été surestimée.

En effet, les lignes du bâtiment, loin d'être originales, emprunte beaucoup à l'Opéra de Skopje conçu à la fin des années 70 par Stefan Kacin, Jurij Princes, Bogdan Spindler et Marjan Uršič. Toutefois en rendant accessibles au public ces vastes pans inclinés, Snøhetta faisait un coup de maître. Pour autant, l'intégration au site, les façades latérales et arrière – qui laisseraient même penser que l'Opéra Bastille n'est pas si laid – ou encore le hall d'entrée n'ont rien d'une grande réussite ; tout, au-delà de cette promenade inclinée, est, lui aussi, insipide et générique. Il n'y avait donc, à San Francisco, pas matière à s'émouvoir.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

amf | journaliste | Paris | 07-10-2016 à 14:24:00

Merci Jean-Philippe, de continuer à m'informer... amf

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