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Livre | Koolhaas archéologie : le métier d'architecte (28-09-2016)

«L'architecture est une profession dangereuse», affirmait Rem Koolhaas lors d'une conférence donnée à Houston en 1991 dont le texte a été exhumé, traduit et publié aux éditions Parenthèses sous le titre «Vers une architecture extrême». Outre la vision de son métier, le célèbre architecte évoque aussi plusieurs thèmes qui, vingt-cinq plus tard, font écho à sa pratique.

France | Rem Koolhaas

L'architecture est donc, pour Rem Koolhaas, une profession dangereuse. C'est également une «activité incroyablement difficile et même débilitante. L'idée de cette maison parisienne (La Villa dall'Ava à Saint-Cloud, ndlr) est simple : ne serait-ce pas agréable d'avoir un appartement suspendu dans les airs ? Trente-cinq collaborateurs de notre agence se sont intellectuellement impliqués depuis plus de deux ans dans ce projet pour que cette idée simple devienne une réalité», écrit-il.

L'architecture est aussi une profession dangereuse «parce qu'elle constitue un mélange empoisonné d'impuissance et d'omnipotence», dit-il.

02().jpgPlus encore que le texte de cette conférence où Rem Koolhaas se complaint mais également présente quatre projets et, plus encore aussi que l'essai – un peu ardu – qui conclut l'ouvrage, le jeu de questions-réponses auquel s'est livré le maître batave lors d'un séminaire – reproduit en intégralité – est passionnant.

Le lecteur y découvre, avant même que le métier ne soit approché, le thème de la «colle»... certainement pas celle plus ou moins euphorisante le temps d'une inhalation mais ce liant nécessaire à la ville pour contrer «ce même phénomène d'objets séparés dispersés presque au hasard».

Koolhaas ironise sur les solutions : «peut-être devrions-nous cesser de chercher cette 'colle' qui fait tenir ces cités. Dans des villes comme Houston, en grande partie sans l'aide d'architectes, les gens ont trouvé d'autres formes de cohérence. A Atlanta, par exemple, on trouve un modèle très répandu, qui consiste simplement à dresser un mur autour d'une zone, de mettre un portail, et d'engager des vigiles».

Voilà donc l'anecdote qui l'amène à critiquer son métier. «On observe une surestimation incroyable de la puissance de l'architecture quant au bien qu'elle peut faire mais plus encore du mal qu'elle a fait ou peut faire. Les architectes ont joué un rôle instrumental dans ce jugement par leur mise en accusation de l'architecture moderne. Je pense par leurs récriminations et leurs critiques hargneuses dans les années soixante et soixante-dix, qu'en hurlant avec les loups contre les échecs imaginaires du modernisme, ils ont, de manière notable, affaibli leur propre profession», note-t-il.

Rem Koolhaas s'en prend même aux accents «nostalgiques» de la profession et de son approche «incroyablement moraliste». La postmodernité donnait alors des signes de faiblesse. «Je suis gêné, par exemple, que l'un des premiers gestes puisse être de limiter toute destruction future, et de remplir les vides pour en faire une sorte de ville identifiable», affirme-t-il avec prémonition.

Déjà l'architecte envisageait une «réinvention» dont les accents seraient autant populistes que commerciaux. «L'architecture est considérée comme une manifestation première soit du système politique soit de l'image», fustige-t-il. Plus loin sa critique vise des mécanismes «contre-productifs» liés au «terrifiant phénomène du changement politique tous les quatre ans».

Le ton cynique verse parfois dans le pessimisme. Pourtant, Rem Koolhaas «pense qu'être optimiste est une position fondamentale dans le sens où il s'agit d'une obligation quasi implicite pour un architecte».

Cependant son travail se révèle «non utopiste», du moins le prétend-il. Il tente même «consciemment d'opérer selon les conditions du moment sans la fouffrance, le désagrément ou toute autre sorte de narcissisme que nous pouvons rencontrer».

Voilà donc un livre qui donne à relire les positions récentes du fondateur de l'OMA, de l'auteur de 'S,M,L,XL' ou encore du commissaire de la Biennale de Venise qu'il fut il y a deux ans... et de mettre, entre tous ces personnages, un peu de colle...

Jean-Philippe Hugron

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