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Rencontre | L'esprit Rotor (22-06-2016)

Economie du réemploi... voilà un sujet quasi neuf ! Du moins sous ce vocable. Il y avait déjà la bonne vieille «récup'» qui s'est peu à peu transformée en recyclage. D'un mot l'autre, la thématique s'est toutefois développée ici et là, y compris en architecture. Rotor, collectif belge, s'est d'ailleurs fait expert en la matière.

Belgique | Rotor

Rotor n'est pas si récent. Le collectif a déjà onze ans d'âge. «Nous étions à l'origine trois personnes qui ont commencé à s'intéresser aux chutes de production», explique Lionel Devliger, membre fondateur.

Il y eut d'abord de petites commandes puis, en 2010, le Pavillon belge de la Biennale d'Architecture de Venise. Un an plus tard, le projet 'Ex limbo' est présenté à la fondation Prada, à Milan. «Il s'agissait d'une recherche sur les éléments architecturaux et scénographiques réalisés, depuis dix ans, par Prada et l'OMA pour les défilés de mode. Après avoir été utilisés, les matériaux ont repris leur statut originel, brut, et ont été stockés en différents endroits. C'était le point de départ d'une curiosité pour les matériaux utilisés. Le travail de Rotor a alors consisté à la mise en avant des 'restes' d'un monde qui, après un moment de splendeur, se sont retrouvés dans les limbes de l'incertitude», note le collectif.

La même année, l'OMA est célébrée à Londres, au Barbican Centre, au sein d'une exposition dont Rotor a assuré le commissariat. «Nous sommes enfin revenu sur notre expertise sur le réemploi. Il y a deux ans, nous avons franchi un nouveau cap avec la création d'une entreprise de démantèlement», précise Lionel Devliger.

L'iniative avait commencé par un travail de cartographie ; «nous avons localisé une bonne centaine de revendeurs», dit-il. Depuis, un site Internet a été créé : www.opalis.be

Parallèlement, les chantiers visant les grands opérations modernistes d'après-guerre, à Bruxelles, ont commencé à «libérer» une grande quantité de matériaux. Voilà donc des mines à ciel ouvert ! «Nous faisons toutefois de l'extraction ponctuelle», prévient Lionel Devliger.

L'entreprise de démantèlement réunit aujourd'hui une vingtaine de personnes. Les matériaux récupérés servent les projets de Rotor mais aussi d'autres architectes voire, des particuliers.

02(@ArneBaert)_S.jpgReste à gérer l'épineuse question de la «norme» : «tous les matériaux nouveaux doivent avoir un marquage CE. A l'inverse, cette obligation n'existe pas pour les produits de seconde main. Pour autant, il y a des précautions à prendre. Du marbre de façade ne peut être réutilisé que pour du dallage, par exemple», dit-il.

S'agit-il alors d'une nouvelle jungle ? A voir ! En tout cas, pour l'heure, «aucun ennemi ne s'est manifesté». «Les volumes que nous traitons sont trop minimes pour faire ombrage aux industriels», soutient Lionel Devliger.

Par ailleurs, Rotor peut même travailler en bonne intelligence avec des fabricants. «Nous avons, par exemple, de bons rapports avec une entreprise spécialisée dans les parois modulaires de bureau. Elle offre désormais la possibilité de remettre en œuvre des matériaux pour la moitié de leur prix», explique-t-il.

Ceci étant dit, la question du coût ne doit pas, pour Lionel Devliger, être central. «Notre objectif n'est pas de baisser les prix», dit-il. Il n'est pas non plus question de les augmenter. Il en va davantage d'un appel à la bonne intelligence des uns et des autres. 

Jean-Philippe Hugron

 

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