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Actualité | En Ukraine, les vraies nouvelles du front (01-06-2016)

Les nouvelles du front... rares sont les pavillons à, stricto sensu, faire état de l'activité architecturale en zone de guerre. Le monde est malheureusement, ici et là, victime de conflits armés et l'art de bâtir subsiste chichement sur les ruines de la folie. L'exposition «Architecture Ukraine, beyond the front» a donc pris Alejandro Aravena au mot et présente ce que sont les nouvelles d'un véritable front... le Donbass.

Biennale d'Architecture de Venise | Biennale 2016 | Europe

A quelques pas de la Piazza San Marco, dans une étroite ruelle, un petit local abrite une étonnante exposition. Ce n'est sans doute pas visuellement la plus belle de cette XVe biennale mais certainement l'une des plus engagées.

Clemens Poole, artiste américain, accueillait chaleureusement ce jeudi 26 mai, journalistes et curieux. Co-commissaire de cette initiative, il se montre prolixe sur un sujet qu'il maîtrise bien : une résidence d'artistes, d'architectes et autres intellectuels à Mariupol, sur les bords de la mer d'Azov.

Il n'y a là ni architectes stars, ni pritzkers, ni biduloïdes en terre battue... pas même un chantre du bambou... bref pas grand chose pour attirer le visiteur... et pourtant ! L'histoire a le mérite de bousculer les esprits.

Mariupol, au sud-est du pays, résiste à la pression des groupes pro-Russes séparatistes qui tentent de faire basculer la ville portuaire dans leur zone d'influence ; l'accès à la Crimée serait alors plus aisé pour la Russie.

Voisines, les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, ont pourtant déjà obtenu du gouvernement ukrainien une certaine émancipation mais cela ne suffit certainement pas. La situation demeure tendue et, magie de la technologie, la guerre se vit en direct sur www.liveuamap.com

02()_S.jpgCette région où la guerre civile fait rage partage au moins une caractéristique : elle se révèle sinistrée et présente d'imposantes friches industrielles attendant toutes d'être reconverties. Les récentes tensions ont mis en suspens les quelques rares projets initiés il y a peu de temps. Pire encore, elles malmènent les premiers efforts... parmi eux, une fondation d'art contemporain créée au sein d'une ancienne usine par Izolyatsia, «plate-forme culturelle» instigatrice d'ailleurs de cet «événement collatéral» de la biennale de Venise.

«Les pro-russes ont fini par récupérer cette fondation proche de Donetsk et l'ont transformée en prison», indique Clemens Poole. Avec d'autres, il travaillait pour cette institution culturelle qui loin de Kiev tentait d'apporter un peu de nouveauté hors des sentiers battus. Depuis, toutes les équipes ont été rapatriées au cœur de la capitale ukrainienne et les soldats pro-russes s’entraînent au tir sur les œuvres laissées sur place.

Pour autant, le 'combat' n'est pas terminé. La Fondation ne désespère pas de retrouver son adresse. Ceci étant dit, l'emprisonnement d'un graffeur pour ses tags engagés sur les murs de Donetsk pourraient finir de dissuader les plus volontaires. Aussi, l'analyse en parallèle des villes de Donetsk et Mariupol, commandée par Izolyatsia, a donc été revue à la baisse. «Nous nous serions exposés à des problèmes dans la ville séparatiste. Personne ne s'y exprime réellement librement», prévient Clemens Poole.

Check Point et liste noire font en effet partie du quotidien des deux nouvelles républiques populaires. Pour illustrer cette situation, l'exposition présente reportages officiels et clips promotionnels dont les «éléments de langage» sont dûment contrôlés.

Toutefois cette exposition ne serait-elle pas, à l'opposé, la voie officielle des pro-ukrainiens, voire des européistes ? Clemens Poole sourit et semble apprécier la question. Il défend la plus grande neutralité et reste conscient de surfer sur une «narration binaire».

03()_S.jpgReste à l'artiste de présenter le travail accompli, à savoir de penser l'architecture et le développement d'une ville à quinze kilomètres d'une ligne de front. Un journal fac-similé retrace toutes les initiatives, à savoir de «petites interventions» dont l'enjeu était de pouvoir «communiquer» avec les populations locales.

Il n'y a donc rien de grandiloquent. Seulement quelques informations sur le sentiment d'une population pris en otage d'un événement pour lequel elle n'a aucune prise.

«Avez-vous des certitudes en ce qui concerne votre futur ?». La question a été posée aux habitants de Mariupol. L'un d'entre eux répond : «Je suis sûr de moi, de ma capacité à faire quelque chose, mais je ne suis sûr de rien en ce qui concerne mon pays».

Cette exposition a ainsi le grand mérite de rappeler ce qu'est réellement l'architecture sur un véritable front, à savoir une discipline réduite à peu de chose.

Jean-Philippe Hugron

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