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Visite | Quand leurs coeurs font blob ! (18-05-2016)

La Cité du Vain ? Serait-ce le gadget – fut-il musée – d'un homme politique sans imagination ? Difficile d'apprécier le nouvel équipement culturel de Bordeaux imaginé par X-tu, la Cité du Vin, tant il semble être, a priori, le produit de son époque. Sans doute faut-il aller au-delà des préjugés.

Bordeaux | X-TU

Bordeaux, enfin ! La ville était en reste face à Lyon, Marseille, Metz ou Lens qui, toutes, ont livré leur musée-spectacle. Il semblait que, dans ce contexte, Bordeaux souffrait d'un «déficit d'image» qu'un seul patrimoine historique ne pouvait compenser. Aussi, il lui fallait impérativement un événement architectural, plus encore une nouvelle attraction touristique... en somme une icône... Et ce fut, sur le papier, la Cité des Civilisations du Vin devenue aujourd'hui la Cité du Vin. Plus qu'un musée, il s'agissait de donner corps à une sorte de parc d'attractions – aussi sérieux et pédagogique soit-il – contenu dans un seul et même édifice...Oenoland ? Vinopark ? Ci-té-du-Vin !

02(@JPHH)_S.jpgIl fallait, en outre, que Bordeaux puisse bénéficier d'un effet Bilbao. L'ambition faisait même partie, dans ces termes triviaux, du programme confié aux architectes, il y a cinq ans. Malgré cet air de déjà lu, la ville a eu l'intelligence de promouvoir une talentueuse agence française plutôt que de céder aux sirènes d'une pompeuse starchitecture. Ce fut donc X-tu qui fut choisi avec, en guise de projet, un étrange édifice dont l'allure hésite entre lombric géant et carafon design... le tout en total adéquation avec ce que pouvait espérer une maîtrise d'ouvrage soucieuse d'image et visibilité.

Aussi, pour apprécier l'architecture de ce nouvel équipement, il faut, avant tout, la mettre en contexte. Impossible de juger un parti qui serait «trop formaliste», difficile même de dénoncer un «geste» quand l'attente d'une forme prévalait sur tout autre considération. X-tu a su, avant tout, satisfaire un désir.

Plus encore, le public visé par la Cité du Vin est une donnée éclairante. Lors d'une visite de presse, il ne fut question que d'un équipement offert aux visiteurs étrangers – américains et chinois en tête – venus en groupe se frotter à l'art du vin. In fine, cette Cité semble être la nouvelle étape d'un parcours oenotouristique. Coutumier, parait-il, de réalisations grandiloquentes, ce public ne pouvait se satisfaire que d'une démonstration, sinon d'un spectacle architectural.

05(@JPHH)_S.jpg«Quand nous avons fait le projet nous ne voulions pas d'une scénographie à la française. Nous voulions davantage travailler un format anglo-saxon, beaucoup plus interactif», explique Anouk Legendre, associée, co-fondatrice de l'agence. Pour ce faire, X-tu a étroitement collaboré avec Casson Mann, scénographe britannique. Il en résulte un aménagement intérieur plutôt ludique avec boutons, claviers, écrans, poires...verres et crachoirs pour une expérience, promet-on, «polysensorielle».

In fine, le programme est moins flou qu'il ne pouvait le paraître et la Cité du Vin qui n'est pas si grande et dont les espaces se révèlent parfois un peu vides, se montre parfaite pour une visite éclair en groupe. Cette Cité parait donc une manière institutionnalisée de capter, sinon de 'piéger', le touriste... La visite s'imposera vraisemblablement autant que la boutique de thé sur le chemin de la Grande Muraille, ou encore la fabrique de kilims après la visite des mosquées d'Istanbul...

03(@JPHH)_S.jpgLa Cité du Vin joue donc de codes éprouvés et plus qu'un véritable musée se fait une belle destination commerciale. Pour autant, d'un point de vue architectural, l'équipement arrive avec, peut-être, plus d'une décennie de retard... le musée Guggenheim de Bilbao fêtera l'année prochaine ses vingt ans... déjà !

Ceci étant dit, le projet de X-tu ne sombre pas dans tous les travers du genre. Depuis le nouveau pont Chaban Delmas, la Cité du Vin émerge d'un paysage sauvage loin des sempiternels aménagements urbains soulignant plus encore la démonstration de force. Le contraste entre la «reconquête végétale» d'une friche industrielle et l'émergence d'une architecture futuriste est des plus originales.

04(@JPHH).jpgEnfin, l'exécution est belle. De telles formes appellent généralement nombres d'imprécisions voir d'imperfections et, en outre, des budgets allant du simple au double. Ici, il n'y eut 'que' 6 millions d'euros de dépassement pour une construction estimé à 49 millions et un projet dans son ensemble à 81 millions. X-tu réalise ainsi la performance de tenir une forme souple – avec l'aide, chose rare, d'une structure en bois – et répond à la promesse d'effets plastiques misant sur reflets, couleurs et fluidité.

Si Anouk Legendre assure n'avoir jamais entendu parler de blob jusqu'à il y a quelques jours encore, si elle refuse ce mot pour un projet qu'elle estime être «impressionniste» plus que formaliste, il en va pourtant, bel et bien, d'un blob...et chose rarissime...d'un blob particulièrement réussi.

Là encore, si la Cité du Vin arrive treize ans après le Kunst Haus de Graz, cet alien «amical» imaginé au cœur de la ville styrienne par Peter Cook, elle n'en demeure pas moins dans la même lignée d'objets incongrus parfaitement maîtrisés.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

jeanjean | union des viticulteurs du rouge qui tache | 16-06-2016 à 12:08:00

la cité du tord-boyaux!
c'est pas gentil pour le bordeau

MQ | 14-06-2016 à 15:19:00

Tenir une forme souple avec un structure en bois? Heu, il y a tout de même d'énormes poteaux béton cylindriques qui ne sont pas là pour faire joli hein... Bisous aussi.

ROC Delphine | Journaliste | Paris | 31-05-2016 à 17:23:00

Je trouve cette oeuvre magnifique, j'apprécie le travail d'Anouk Legendre et de son équipe, l'avenir nous dira ce que vaut cette réalisation.

Delphine Costedoat | critique d'architecture | Aquitaine | 20-05-2016 à 00:45:00

Vous pouvez censurer mon commentaire, mais notre fameuse « liberté d'expression » a fait son œuvre sur Twitter !

Delphine Costedoat | critique d'architecture | Aquitaine | 19-05-2016 à 18:21:00

Cette chose est immonde, ne dialogue en RIEN avec son contexte, c'est une forme totalement gratuite, une gesticulation formelle sans aucun intérêt, contrairement au Kunsthaus de Graz, précisément. Cette horreur défigure la rive gauche de Bordeaux.

Degio | Chef | Croix-de-Berny | 19-05-2016 à 13:01:00

On me parle à l'instant de la "tétine" de Bordeaux...

Kévinn | Architecte d'intérieur | Limoges | 19-05-2016 à 12:48:00

Ce genre de projet suscite toujours la controverse ! Pour moi nous avons là un espace muséal parfaitement maitrisé. C'est du déconstructivisme et cela ne plait pas à tout le monde. Je suis assez d'accord sur le fait que le principe architectural est connu et maitrisé depuis quelques années mais rappelons que le budget n'était pas illimité et qu'il n'est dépassé que de 6 millions d'euros ! Pour ma part, je suis très content que se soit une agence française qui est réalisé cet ouvrage et je suis impatient de vivre l'expérience de la visite.

le gout du vin pas l'odeur | passant | aquitaine | 19-05-2016 à 12:38:00

Un blop, C'est gentil, pour moi il s'agit d'un truc qui s'enroule sur le sol et fini en pointe qui , si on marche dessus on risque de ce vautrer. Un déjection quoi. Je suis surpris que l'on est déjà changé de nom, çà me rappel le fiasco de la précédente cité mondiale du vin que les quais des chartrons

Philibert | 19-05-2016 à 10:04:00

Rappelons que si blob en anglais signifie "goutte", ce mot se traduit aussi par "tache"...

Anne | architecte | 19-05-2016 à 09:02:00

"Si Anouk Legendre assure n'avoir jamais entendu parler de blob jusqu'à il y a quelques jours encore..." Ah bon? et pourtant la blob architecture existe bel et bien, où est la culture architecturale Madame Legendre??? Il ne suffit pas de présenter la France à l'expo universelle mais de connaître également l'architecture qui se pratique hors de nos frontières!
Quant à la Cité du vin, c'est un "objet" un de plus qui a coûté encore une fois très cher!

Degio | Chef | Croix-de-Berny | 19-05-2016 à 08:55:00

"L'exécution est belle"? Euh, Jean-Phi, excuse-moi de te contrarier, mais tu dois retourner chez ton ophtalmo fissa (ou bien changer de métier). Bisous.

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