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Livre | Petites Maisons... Lumière sur un minimalisme d'époque Louis XV (27-04-2016)

«Du refuge libertin au pavillon d'habitation». Par ce sous-titre, il n'en fallait pas plus pour attirer l'attention. Claire Ollagnier, docteure en histoire de l'art, présente ainsi aux éditions Mardaga une passionnante étude sur les «petites maisons» en Ile-de-France au siècle des Lumières*. Une histoire entre architecture, littérature et rapport d'inspecteurs de police.

Ile-de-France

Tantôt liée aux plaisirs de la table, tantôt considérée comme les refuges de l'intimité, la 'petite maison' était surtout une promesse de liberté. Elle «apparaît dans l'imaginaire social au confluent d'une valorisation du petit, d'une revendication élitaire et d'une aspiration à la nature. Le petit s'épanouit en réaction à la volonté de grandeur de l'art louisquatorzien», précise Michel Delon dans son avant-propos.

Petit petit petit donc...tout est mini dans leur vie ! Architecture, peinture, arts plastiques... au point même que Diderot s'en moquât ouvertement : «Toujours petits tableaux, petites idées, compositions frivoles, propres au boudoir d'une maîtresse, à la petite maison d'un petit maître, faites pour de petits abbés, de petits robins, de gros financiers ou autres personnages sans mœurs et d'un petit goût».

02()_S.jpgQuatremère de Quincy est également cité. Il fustige, lui aussi, ce goût Louis XV pour le petit: «on vit sous ce règle décroître et se rapetisser, bien sensiblement toutes les ressources des arts. Comme si la race humaine eût subitement diminué de proportion». Il se moque même d'une «génération de pygmées».

Claire Ollagnier retrace alors «l'avènement de la maison suburbaine» qui «folies, maisons de plaisance ou petites maisons» se situe «à la croisée de l'expérimentation formelle et de l'imaginaire de la nature en ville».

Toutefois, à la réalité architecturale d'une construction, l'auteure associe l'imaginaire littéraire qui lui est lié. «Nombreux sont les écrits qui contribuent à établir cette réputation qui n'est pas entièrement usurpée», note-t-elle.

Pour illustrer ce fantasme, Claire Ollagnier cite Le Sopha de Crébillon fils ou encore Les Bijoux indiscrets de Diderot. Sous couvert d'orientalisme, le premier dénonçait «une maison écartée, où sans suite, et sans témoins, on va...». Le second évoquait «la fureur des petites maisons» où l'on place «de ces filles qu'on voit, qu'on ne voit plus ; à qui l'on parle, à qui l'on ne dit mot, et que l'on renvoie quand on est lasse [sic]».

03(@ClaireOllagnier)_S.jpgCette sulfureuse réputation est relayée en outre par des rapports de police dont Claire Ollagnier se fait l'écho. A ses yeux, ces témoignages «légitiment» les visions fantasmées. Aussi, elle a exploré pour son enquête ces documents, notamment «le fameux carton 10252 relatif à la police des moeurs» ; il cible «quelques sombres personnages (escrocs, curés volages, voleuses)» et relate «quelques anecdotes galantes».

Claire Ollagnier ironise très vite la situation de ces petits maisons faisant l'objet de mil commentaires en reprenant Les Confessions du comte de *** de Duclos : «On les eut d'abord pour dérober ses affaires au public ; mais bientôt plusieurs ne les prirent que pour faire croire celles qu'ils n'avaient pas […] une petite maison n'est aujourd'hui pour bien des gens qu'un faux air, et un lieu, où pour paraître chercher le plaisir, ils vont s'ennuyer secrètement un peu plus qu'ils ne feraient en restant tout unimement chez eux».

S'ensuit, bien entendu, une fine analyse de l'architecture d'alors entre l'élaboration d'un programme nouveau et les «expérimentations en site 'semi-champêtre'». L'auteure cite volontiers Soufflot ou Gabriel et rapporte, par exemple, quelques textes d'époque comme Le Recueil élémentaire d'architecture où Jean-François de Neufforge «offre au public de nouveaux modèles qui imitent 'la manière mâle, simple et majestueuse des anciens architectes grecs'» ou encore le Cours d'Architecture de François Blondel précisant, quant à lui, «la différence qu'il y a entre le caractère mâle, ferme ou viril dans l'architecture».

04(@ClaireOllagnier)_S.jpgCette brillante étude se lit alors avec le plus grand plaisir tant elle mêle les références par l'intermédiaire de citations bien senties. Claire Ollagnier résume ainsi le nouveau rapport qu'une société entretient avec la ville, la nature mais aussi avec l'intimité. Pour conclure, l'auteure ouvre bien des perspective et entrevoit dans cette noble typologie de la petite maison le fondement d'une autre, plus récente : celle du pavillon de banlieue.

Voilà donc de la grande vertu de ces petites maisons !

Jean-Philippe Hugron

* Petites Maisons, du refuge libertin au pavillon d'habitation ; Auteur : Claire Ollagnier ; Editeur : Mardaga ; 352 pages. 

Réactions

ansude | maitre-assistant | Paris | 24-10-2016 à 22:48:00

je viens de finir la lecture : finalement je n'ai pas compris ce qu'est une petite maison au XVIIIème siècle tant les exemples varient, les analyses architecturales sont très faibles (il faut apprendre à lire des plans), heureusement les citations littéraires sont les bienvenues… Quant à la filiation avec l'idéal pavillonnaire contemporain, il faudra éviter les anachronismes sémantiques et les raccourcis schématiques malvenus.

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