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Actualité | Réinventer Calais ! (20-04-2016)

Le PEROU (Pôle d'Exploration des Ressources Urbaines) vient de lancer un audacieux appel à idées : Réinventer Calais ! Sous forme d'un magazine plagiant le bulletin municipal de la cité dentellière, l'association informe tout un chacun sur l'urbanisme spontané de la Jungle, les conditions d'hébergement et, plus avant, sur la politique actuellement menée. Retour sur une initiative qui provoque aujourd'hui l'ire d'une mairie ayant déjà déposé plainte contre le collectif.

Calais

La Cité de l'Architecture et du Patrimoine semble faire montre, plus encore, d'engagement. Elle distribue au sein de son exposition 'Habiter le campement'* un document étonnant : une (fausse) édition spéciale du Calais Mag, bulletin officiel, annonçant l'appel à idées : Réinventer Calais  avec pour slogan «construire avec les migrants».

Cette proposition est l'initiative du PEROU, un collectif de chercheurs, architectes, urbanistes, paysagistes, graphistes, photographes, sociologiques, économistes, juristes et acteurs de la société civile. Tous se sont réunis pour rédiger ce vrai faux magazine d'information.

D'aucuns peuvent alors découvrir «quelques paroles échangées en ville au sujet des migrants, […] bien loin de la xénophobie que les médias disent omniprésente» mais aussi, en page 5, «l'édito que n'a pas écrit Natacha Bouchart, maire de Calais, vice-présidente du Conseil régional, présidente du Cap Calaisis» et y lire que «la destruction de la 'Jungle' de Calais [est], pour nous tous, une erreur colossale».

«Calais est devenue, par le geste même qui voulait rendre les migrants invisibles, le symbole éclatant du ralliement des bonnes volontés, le nom majuscule que porte l'hospitalité faite aux exilés», lui fait-on écrire. En d'autres termes, «la Jungle» serait l'expression «extraordinaire» d'une «ville mondialisée, généreuse et active». 

Par la provocation, Sébastien Thiery, coordinateur et fondateur de l'association, souhaite interpeller élus et citoyens. Plus encore, il s'agit, par cette initiative de «documenter ce qui s’invente et s’affirme» pour ensuite passer à l'action.

«Nous procédons avec une éthique de chercheur. Nous commençons généralement nos travaux de manière clandestine mais finissons toujours par travailler avec des acteurs publics», explique-t-il. Pour preuve, le PEROU s'est récemment fait assistant à maîtrise d'ouvrage dans le cadre d'un projet social à Ris-Orangis en vue d'héberger des familles roumaines installées jusqu'alors dans un bidonville.

«Le collectif se reconstitue à chaque projet. Nous avons commencé à étudier Calais il y a six mois à l'interface de multiples écoles de pensée. Nous ne sommes ni plaintifs, ni indignés», précise-t-il.

Outre un travail d'inventaire, l'ambition est, in fine, que «les élus fassent volte-face» et «s'engagent dans un projet de construction de l'hospitalité». Pour ce faire, l'association a lancé un appel à idées pour «prendre soin et non détruire ce que migrants, Calaisiens et bénévoles du monde entier ont construit ensemble, et entendre ce que la ville elle-même peut en tirer de forces et de richesses».

02().jpgUne cité éphémère, un parlement des confins, une maison de la République, une école du gai-savoir, un archipel d'unités de soins, une fabrique artistique ou encore une gare sont prévues. Pour financer ces projets ? Rien de plus simple. La ville devrait renoncer, pour partie seulement, à son parc d'attraction à 275 millions d'euros : 'Heroïc Land'.

«Ce parc est prévu à l'horizon 2019. Il s'agit d'une mesure compensatoire pour Calais afin de redorer son blason et faire de la ville un lieu de destination», dit-il. A peine 30% des sommes prévues pourraient servir l'ambition portée par le PEROU .

«Beaucoup reproche à notre association de vouloir pérenniser le bidonville. Sa destruction régulière n'empêche pas sa reproduction. Pire encore, elle aggrave la situation. Notre hypothèse est de travailler aujourd'hui sur une cité éphémère de cinq ans. Calais pourrait alors devenir capitale européenne de l'hospitalité», soutient Sébastien Thiery.

Pour l'heure, l'époque est davantage à la gabegie financière. Les camps créés par l'Etat relèvent aux yeux du PEROU «d'une casse humaine». «On parle à Calais d'Heroïc Land. Ce sont pourtant ces réfugiés qui sont de vrais héros ayant traversé l'enfer, motivés par un rêve et poussés par un désir. Ce ne sont certainement pas de pauvres errants qui appellent à être dorlotés», dit-il.

03(@PEROU)_B.jpgLes containers, outre une dépense faramineuse, sont humainement discutables. Ils ne sont l'embryon d'aucune urbanité. La Jungle pouvait, quant à elle, s'enorgueillir de trois écoles et de quarante-huit restaurants. Qui plus est, ce camp ultra-sécurisé est situé en zone Seveso. Pire encore, il ne dispose d'aucun point d'eau.

Et que dire alors de cet «état de siège» qui «sape le moral d'une ville entière et lui donne des allures de cité en guerre»? Et de ces forces de l'ordre dont la présence quotidienne coûtent 150.000 euros par jour à la collectivité ?

Finalement, aux yeux de Sébastien Thiery, la Jungle devrait être une «chance» pour Calais. «Depuis octobre, les auberges sont pleines, nombres d'étudiants viennent aider et construire. Il y a une vitalité et une puissance d'action qui s'exprime ouvertement», assure-t-il.

Certes, il y a bien des manifestations contre la présence des réfugiés mais «que sont une centaine de personnes par rapport à une population de 77.000 habitants ? Ce n'est que du spectacle. Toutes les relations qui se tissent entre Calaisiens et réfugiés n'ont rien de spectaculaire mais sont fondamentales. Tant que domineront les récits du désastre et la fascination du pire, nous resterons dans l’impasse totale», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

* Habiter le Campement, exposition présentée à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine du 13 avril 2016 au 29 août 2016, à Paris.

Réactions

RG | Archi honoraire | 46400 | 25-04-2016 à 12:07:00

Tres bonne initiative dites nous comment on peut participer

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