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Portrait | Bruno Rollet, des nouvelles du front ? (09-03-2016)

Les conditions difficiles d’exercice du métier d’architecte ou encore la réduction des prérogatives d’une profession amènent de nouvelles pratiques. Dans ce contexte, l’angle d’attaque social prévaut de plus en plus sur toute autre considération. Bruno Rollet atteste de ce changement. Sans faire acte de démonstration, sans même teinter son discours d’un vernis moralisant, l’homme de l’art cherche à exercer son métier le plus simplement… mais autrement.

France | Bruno Rollet

L’agence a des allures d’atelier. Le parquet grince. Les ouvertures sont amples et généreuses. Bruno Rollet pourrait même paraître artiste dans cet univers de bohême. Pourtant ni toiles, ni pinceaux sont à même de le prouver. En revanche, maquettes et échantillons de matériaux témoigne de son métier : architecte.

Ténébreux, Brunot Rollet donne l’impression d’être solitaire. Il ne fait montre, face à son interlocuteur, d’aucune emphase. Il se révèle pragmatique, attaché à la terre autant qu’aux hommes. «La complexité doit être simple», assure-t-il.

«Jeune architecte, j’imaginais déjà tous ceux qui allaient ensuite s’ennuyer à réaliser des détails compliqués», assure-t-il. Cette attention n’est pas seule fille du bon sens ; Bruno Rollet, bien avant d’être architecte, était manœuvre.

03(@LucBoegly)_B.jpgCe choix relève d’une histoire «très personnelle» qu’il esquisse à peine. «A 18 ans, j’étais déjà bercé par ce milieu. J’habitais jusqu’alors la campagne et je n’étais donc pas de ce monde ouvrier habitué à prendre le métro, tôt le matin. Je me suis familiarisé avec l’univers du chantier qui a finalement largement contribué à ma formation», dit-il. L’apprentissage se fit donc par la force des mains.

Depuis, les outils ont laissé place au crayon. Pour autant, l’architecte n’a eu de cesse de mettre en valeur les métiers du bâtiment ; «je m’évertue à ce que chaque chantier soit pédagogique», dit-il.

La leçon vaut pour les curieux, pour les corps de métier entre eux, mais aussi pour l’architecte lui-même. «Ma profession m’offre toujours bien des surprises. De ne pas tout savoir dès le début est sans doute ce que j’aime le plus», confie-t-il.

Aussi, «le regard fait partie d’une culture d’architecte», affirme-t-il. L’observation n’appelle néanmoins pour Bruno Rollet aucune interprétation. «Un architecte doit pouvoir tout faire. Je suis né quelque part, mais ne suis originaire d’aucune région», dit-il. En d’autres termes, l’homme de l’art est libre, face à l’horizon, sans point d’ancrage.

«La spécialisation du métier ne m’intéresse pas», surenchérit-il. L’idéal est au touche-à-tout programmatique, et plus encore. «Avec autant de normes et de règles, nous ne pouvons exercer qu’en réinterprétant.Nous devons, en réponse, donner plus de liberté à notre pratique», assure-t-il.

Pour ce faire, sans doute faut-il chercher, fouiller… mais aussi trouver. L’envie est de donner «plus de sens» au métier et de ne pas se résigner à accepter ce mauvais rôle de «producteur  qui ne défend plus rien et ne fait que des images». «Aller plus loin» est un leitmotiv.

Pour ce faire, des rencontres. Parmi les plus importantes, il y eut, en 2010, celle avec une association (Action Tank Entreprise et Pauvreté) luttant contre le mal-logement. «Il n’y avait aucun architecte présent dans ce groupe qui pense également les questions de malnutrition, de mobilité, de pauvreté chez les plus âgés. Ensemble, nous avons fait une proposition pour Réinventer Paris», note-t-il. Malheureusement, le projet ne fut pas retenu. Toutefois, une méthode de travail s’est affinée à l’occasion.

Ainsi, être architecte ne va pas, pour Bruno Rollet, sans conscience sociale. «Le développement durable ne concerne pas que la protection de la planète. Que serait-il si, par la même, l’on se moque éperdument de tous ceux qui vivent sous la couche d’ozone ?», affirme-t-il.

04(@LucBoegly)_B.jpgBruno Rollet forge dès lors sa position à force de visites. Des bidonvilles, des coopératives ou encore des hébergements d’urgence. «La vie ne va certainement pas mieux à seul coup de m². Il faut parallèlement travailler l’insertion des plus démunis. On ne peut sortir d’une situation  tragique que par le travail et la formation. Je souhaite mettre en œuvre un projet associant construction, réinsertion et formation», dit-il.

Est-ce là, pour autant, la vocation d’un métier ? «Certes, la question posée n’est pas, à proprement, celle de l’architecte. J’ai toutefois envie de faire rentrer ces thématiques dans ma pratique», répond-il. Mais voilà qui suppose aussi un travail en équipe, du moins avec des maîtrises d’ouvrage suffisamment ouvertes et bienfaisantes. «Il faut savoir dire autre chose à travers un projet. Pour cela, nous avons effectivement la chance de travailler avec des clients qui ont une forte implication sociale», reconnait-il. 

02(@LucBoegly)_B.jpgAinsi en est-il allé, par exemple, à Vitry-sur-Seine. L’architecte y a livré l’immeuble ‘Le Candide’, une opération exemplaire. «Nous avions autour de ce projet réussi à créer un enthousiasme, une envie», se souvient-il. Le budget fut revisité et l’argent déployé différemment. Exit une partie du parking. En lieu et place, des jardins collectifs furent imaginés. Voilà qui illustre ce «droit à autre chose» que, sans cesse, revendique Bruno Rollet.

Toutefois, la création d’espaces collectifs est-il à propos dans une société toujours plus individualiste ? L’architecte, sans se retrancher derrière de belles propositions, se montre bel et bien lucide. «Il n’y a aucune évidence pour les habitants d’un immeuble à se retrouver ensemble sur une terrasse, à l’extérieur, ou dans un jardin partagé. C’est un processus long. Il faut pour l’heure accompagner les résidents et leur donner l’envie dans un premier temps de protéger ces espaces de toutes dégradations», explique-t-il. Viendra ensuite le moment de l’utilisation puis de la mise en valeur.

05(@GerardDufresne).jpgC’est donc avec ténacité mais aussi patience que Bruno Rollet envisage son métier. Les usages d’une profession ne peuvent pas, non plus, changer du tout au tout en quelques années.

Il faudra assurément encore quelques décennies pour parachever un grand dessein. Bruno Rollet s’y applique donc consciencieusement.

Avec la plus grande simplicité.

Jean-Philippe Hugron

06(@NBorel)_S.jpg

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