tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Chronique | Réinventer Morland, le conte défait (17-02-2016)

Il était une fois, au cœur de Paris, un château de béton, boursoufflé d’amiante. A quelques mètres de Notre-Dame, il jetait son ombre moderniste sur un paysage remarquable. Les services de la ville qui l’occupaient voulaient s’en défaire. Ils quittèrent donc ces murs. Le château se retrouvait vide et sans affectation. Snif.

Réinventer Paris | Paris

Heureusement, il y eut ‘Réinventer Paris’, une croisade architecturale contre la muséification. Bien de généreux chevaliers-architectes imaginèrent pour l’occasion faire don de leur talent pour transformer la ville mais aussi Château-Morland.

Château-Morland était pourtant grand, gros et moche. Le combat s’annonçait rude.

Mais deux bonnes âmes veillèrent toutefois à la bâtisse. Parmi elles, Sieur Christophe Girard, maire du IVe fief de Paris. Portant la rose à son écu, l’homme faisait montre d’un curriculum avantageux. Il était notamment Directeur Stratégie de LVMH mode et maroquinerie (1999-2015), un poste qu’il occupa parallèlement à ses mandats politiques en tant qu’adjoint au Maire de Paris chargé de la Culture entre 2001-2012 puis maire du IVe arrondissement depuis juillet 2012.

Le prévôt Missika était également attentif au devenir de Château-Morland. L’adjoint à la bourgmestre de Paris, en charge de réinventer la fière capitale, avait quelques bonnes relations. Il était notamment l’ancien vice Président de Free, opérateur téléphonique fondé par Xavier Niel, lequel se révélait être co-propriétaire, entre autre de la Gazette Le Monde et aussi financeur du projet de plus grand incubateur numérique de la planète dans le XIIIe fief, une initiative en partenariat avec la Mairie de Paris.

Il ne restait plus qu’à espérer une féérie architecturale ; que la citrouille se fasse carrosse et que Château-Morland devienne tour-potager. D’un château l’autre.

Une nouvelle robe fut donc choisie pour rhabiller Château-Morland. Elle était l’œuvre d’un architecte venu de la perfide Albion, David Chipperfield et d’un artiste viking, Olafur Eliasson. Pour financer le tout, la Société Parisienne du Nouvel Arsenal s’était montrée généreuse.

Le rêve allait devenir réalité. Il y aurait «un marché alimentaire avec une offre diversifiée imaginées par les équipes de Terroirs d’Avenir», comme l'assurait la missive de presse. Désormais, à Château-Morland, il faudrait compter sur navet et topinambour au menu. Ah ce conte de fée !

Passons au conte défait…

Messire Eliasson qui doit réaliser un «concept artistique» sur les deux derniers mâchicoulis de Château-Morland était, il y a quelques mois, exposé à Château-Vuitton, cette étrange chrysalide de verre posée dans le Bois de Boulogne, du 17 décembre 2014 au 23 février 2015. Messire Eliasson avait également proposée sa «coursive du Grotto» aux visiteurs de Château-Vuitton depuis son inauguration. Autant dire qu’Eliasson et Vuitton étaient tels les Tristan et Yseult de la mare Saint James. Eperdument liés.

Sans doute,  Sieur Girard fut-il heureux de ce hasard incroyable ! Lui, si proche de LVMH, retrouver à Château-Morland, Messire Eliasson…

La Société Parisienne du Nouvel Arsenal avait vraiment bien fait les choses. Il faut sans doute en féliciter son président. Qui est-il ? «Emerige». Emerige ? Emerige ! Avec Xavier Niel et LVMH si l’ont s’en réfère à la Gazette du Canard Enchaîné.

La magie opère ! Les coïncidences… la pantoufle de verre et la pomme empoisonnée. Les uns et les autres… si loin, si proches…

Pour se défendre de tout favoritisme et assurer une morale à cette belle histoire, il y aurait eu exemple pour confirmer la règle. Sans se couvrir d'un barbaresque nom tel la Société Parisienne du Nouvel Arsenal, Messire Niel se présenta en son nom pour le projet de la Sous-Station Voltaire. Il était aux côtés de Dame Gayet, troubadourette et maîtresse de Roi François, et de Sieur Gayet, frère de Dame Gayet, architecte. Ils n’ont malheureusement pas été choisis. Au grand dam de Dame et au nom, sans doute, de l’exemplarité. Roi François avait d’ailleurs fait du Royaume-Exemplaire un maître-mot. Il s’agissait de donner l’exemple à la Sarquosie de l’ouest et à la Balkanie du nord. A croire que c’était l’inverse qui eut finalement lieu. 

Il ne reste donc plus qu'à espérer la belle métamorphose de Château-Morland puis de révéler, en temps voulu, le compte des faits.

En centaines de millions d’euros ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Simon Defrance | architecte | Paris | 18-02-2016 à 16:59:00

Voila un vrai travail de journaliste de surcroit drôle et bien écrit.
Reste à suivre une vraie critique architecturale sur les projets.
Mais surtout au dela de toute polémique réinventer Paris reste une magnifique occasion ratée. Pourquoi ? Les architectes avaient pour une fois l'occasion de retrouver une place "en amont des projets" comme apporteur d'idées, comme inventeurs de programmes ils avaient l'occasion de dire: l'image viendra après, ce n'est pas le moment, ils sont tombés dans le piége, et moi avec. Reste à réinventer l'architecture et le métier d'architecte

Réagir à l'article


tos2016
elzinc

Portrait |Ludwig Leo, le techno-pop berlinois

L’AA School rend hommage à Ludwig Leo, figure discrète de la scène architecturale allemande disparue en 2013. L’exposition, qui fait escale à Londres du 5 mai au 6 juin 2015, a d’ores et...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Sandra Planchez face à l'appel de la nouveauté

Tout nouveau, tout beau ? Sandra Planchez témoigne d’un goût immodéré pour la nouveauté. Il n’y a là pourtant rien d’une fuite en avant - qu’elle condamne par ailleurs - ni...[Lire la suite]

Erratum : crédit image : cantin-planchez-DR


elzinc

Portrait |Il était l'architecte le plus dangereux du monde

L'appréciation n'est pas celle du Courrier de l'Architecte… mais du FBI. Sous la plume de son premier directeur, J. Edgar Hoover, elle cible un américain : Gregory Ain (1908-1988). Ses fréquentations teintées...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Marina Tabassum, une architecte à Dacca

Lauréate du Prix Aga Khan 2016 pour la mosquée Bait-ur-Rouf située à Dacca, Marina Tabassum dessine les contours d'une pratique originale de l'architecture au Bangladesh, loin des majors de la construction et autres grands...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Les mégalo-structures de Jon Jerde, un hommage

Il n'est pas dans l'habitude du Courrier de l'Architecte de tenir un carnet et de publier les nécrologies convenues en ces tristes occasions. L'exception fait toutefois la règle. Jon Jerde est décédé le 9...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Fernando Higueras, un brutaliste en l'île

A l’heure où l’architecture peut se limiter à quelques effets de façade – peut-être le seul espace de liberté d’une profession – les regards se tournent, nostalgiques, vers le...[Lire la suite]