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Actualité | Réinventer Paris, une cabale contre l'Ordre ? (17-02-2016)

Catherine Jacquot, présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes, a dénoncé par voie de presse, l’appel à projet ‘Réinventer Paris’ avec, en mire, le détournement de la commande publique et l’absence de cadre concernant la rémunération des participants. Depuis, l’Ordre est menacé pour diffamation. Et pour cause, Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, ne décolère pas face à cette fronde inattendue.

Réinventer Paris | Paris

‘Réinventer Paris’ éveille l’ire de bien des candidats malheureux. Nombre d’entre eux, désireux d’accéder à la commande publique, n’assume pas ouvertement leurs propos. Seul le Conseil National de l’Ordre, à ce jour, ose, à travers sa Présidente, dire haut et fort ce que beaucoup murmure sous couvert d’anonymat.

Aussi, c’est avec courage que Catherine Jacquot a récemment dénoncé «un détournement assez peu vertueux de la commande publique», «la substitution d’une politique d’urbanisme et d’architecture à une politique de communication» ou encore «des règles qui n’ont pas été fixées dès le départ dans un cahier des charges».

En guise de réponse, Jean-Louis Missika a vigoureusement activé son réseau et ce, avec force coups de téléphone, pour tenter de donner sa version des faits. Un article du Monde signé Michel Guerrin, daté du samedi 13 février 2016, en assure le relais.

Intitulé  dans la version papier du quotidien «Du béton et des thunes», l’article a vu son titre changer sur internet en «Fronde d’architectes autour du concours ‘Réinventer Paris’»*. (Pour informations et sans lien de cause à effet, Jean-Louis Missika était vice président de Free, opérateur internet fondé par l’homme d’affaires Xavier Niel. Xavier Niel est aujourd’hui copropriétaire du Groupe Le Monde qui édite le quotidien).

L’auteur y reprend la vive diatribe de l’adjoint à la maire de Paris où l’Ordre des Architectes se résume à «des dictateurs du statu quo, des menteurs, des cyniques qui préfèrent que les architectes restent dans la misère».

«Mais qui râle ? Personne ! Appelez les architectes !», enjoint Jean-Louis MissikaMichel Guerrin répond : «On en a appelé. Certains sont contents, beaucoup non mais ne veulent pas qu’on le dise».

Il y aurait donc un déni de réalité du côté de la Mairie de Paris.

Pour contrer l’argumentaire de Catherine Jacquot, le Pavillon de l’Arsenal mène activement, dans l’urgence, son enquête et se renseigne tant bien que mal. Aussi, de nombreuses agences ont été appelées ces derniers jours, en catastrophe, pour savoir si oui on non elles ont été indemnisées.

Sur Twitter, quelques personnes assurent que des agences ont bel et bien été rémunérées. Notamment Nicolas Ledoux qui déclare en deux fois 140 signes : «affirmer que 600 équipes ont travaillé pour rien est faux. 372 équipes ont remis 1 projet et la plupart indemnisées» puis «la plupart des 75 finalistes ont été payés / indemnisés sauf les auto-promoteurs. Différent de la phase 2 à 372 équipes».

Nicolas Ledoux est directeur de l’entreprise Algoe. Il s’agit d’une «société de conseil en management, [qui] aide les entreprises, les organisations, les territoires à traiter leurs grands enjeux de gouvernance, de performance, d'adaptation et de transformation». Bref, des consultants aptes, sans doute, à prêcher pour leur paroisse.

Et pour cause, Algoe a activement participé à l’étude minutieuse des dossiers de Réinventer Paris. Aujourd’hui, l’entreprise annonce même sur sa page Linkedin sa participation «à l’écriture du livre : Réinventer Paris, qui regroupe l’ensemble des propositions des équipes, ainsi que son sur (sic) les grands thèmes développés dans ces projets».

Il ne reste donc plus qu’à attendre un communiqué cosigné Algoe-Pavillon de l’Arsenal pour avancer que toutes les agences, ou bien «la plupart» d’entre-telles, ont été dûment rémunérées.

Certes, il sera facile de trouver des équipes qui ont perçu de maigres compensations financières. Toutefois, ces indemnisations ne couvrent en rien les frais avancés pour rémunérer non seulement plusieurs collaborateurs mais aussi des études, des perspectives, des maquettes...

Selon nos sources, certaines agences, de taille moyenne, se disent aujourd’hui «redevables» face à leur banque. D'autres, résignées, assurent avoir participé en connaissance de cause. Les plus grandes, quant à elles, trinquent mais leurs économies d’échelle font qu’elles seront plus aptes à encaisser une perte importante. Au delà, les plus gros dindons de la farce restent les promoteurs. Pour 'Réinventer Paris 2', il faudra ainsi s'en remettre à des dindons échaudés. 

Quid du cynisme et du mensonge ?

Pour l’heure, l’Ordre lutte pour que «la puissance publique garantisse l’intérêt général, rémunère et respecte les cultures professionnelles».

«Nous souhaiterions également être associé ou, du moins, être consulté afin que la prochaine consultation soit définie par des règles précises offrant une place respectueuse au travail de tous les intervenants. Nous souhaitons également que les critères d’attribution soient mieux définis et qu’il y ait un arbitrage entre public et privé. Bref, que l’ensemble des procédures soient transparentes et que les règles soient clairement définies avant le lancement de la consultation», déclarait Catherine Jacquot au Courrier de l’Architecte.

Est-ce là de la diffamation ? Seulement un peu de bon sens.

La Mairie, en lieu de pinailler par média interposé, ne devrait-elle donc pas, dans un premier temps, faire tout simplement son mea-culpa ?

*l’url de l’article indique même une autre variante, « A Paris, du béton et des plumes ».

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