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Entretien | Le CNOA, à boulet rouge, contre ‘'Réinventer Paris' (10-02-2016)

Catherine Jacquot, présidente du Conseil National de l’Ordre des Architectes, critique ouvertement l’appel à projet ‘Réinventer Paris’. Outre l’exploitation des cultures professionnelles, elle dénonce la future base de données des projets non retenus que la mairie promet de mettre en place et s’inquiète de potentielles émules en France et à l’étranger.  

Réinventer Paris | France

Le Courrier de l’Architecte : Quelle était la position de l’Ordre à l’annonce de ‘Réinventer Paris’ ?

Catherine Jacquot : Nous avions écrit une tribune lors du lancement de cet appel à projet qui, à notre sens, ne correspondait pas à ce devrait être la politique architecturale de la ville de Paris. Jusqu’à présent, Paris avait fait montre d’exemplarité. ‘Réinventer Paris’ était, à l’inverse, une façon de solliciter des équipes pluridisciplinaires, sans encadrement, sans engagement, sans rémunération. Ce n’était pas un simple appel à idées ; la ville réclamait des projets particulièrement aboutis.

Quels sont vos regrets maintenant que les lauréats sont connus ?

Tout d’abord, la mairie de Paris indique qu’il s’agissait là d’une consultation d’un nouveau type pour promoteurs privés. Il s’agissait en fait d’un détournement assez peu vertueux de la commande publique. Malheureusement, les architectes ont besoin de travailler en cette période de crise, ils se sont engouffrés dans cet appel à projet qui constituait pour beaucoup une opportunité de construire à Paris.

Ce sont donc plus de 650 équipes qui ont accepté de travailler souvent de façon gracieuse et ce, pendant plusieurs mois. Tout cela pour ne construire, au final, que 1200 logements… voilà qui parait bien disproportionné. N’oublions pas la déshérence de certains territoires ou encore le mal-logement… Réinventer Paris n’a servi, in fine, qu’à substituer une politique d’urbanisme et d’architecture à une politique de communication.

Certaines équipes ont pu être rémunérées…

Effectivement, mais c’était à la bonne volonté du promoteur.  Chez quelques-uns d’entres-eux, il n’est pas dans les habitudes de rémunérer les consultations. Plus encore certains n’honorent leur facture qu’une fois le permis obtenu et purgé de tout recours...   Nous nous efforçons de mettre en place un dialogue constructif avec les promoteurs privés pour une plus juste rémunération des équipes de maitrise d’œuvre. Dans une consultation mise en place par une ville, il est très dommageable que les règles ne soient pas fixées dès le départ dans un cahier des charges.

Il a été fait également cas, lors de la conférence de presse présentant les 22 lauréats, d’une bourse attribuée aux équipes non retenues, qu’en pensez-vous ?

Jean Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, a annoncé, en lieu d’une bourse, l’ouverture d’une base de données réunissant tous les projets. Cette décision, si elle s’avérait confirmée, relèverait d’une grande méconnaissance de notre profession. Les propositions de ‘Réinventer Paris’ seraient considérées, par voie de conséquence, comme des projets ‘reproductibles’ et ‘décontextualisables’. En d’autres termes, un promoteur privé pourrait, par exemple, réutiliser un projet dans le cadre d’une autre consultation, de ZAC par exemple. Ce n’est pas faire acte d’architecture. Ce projet est absolument inapplicable.

Quelle est votre plus grande crainte suite à cet appel à projet ?

La ville de Paris souhaite d’ores-et-déjà renouveler l’expérience. Nous craignons par ailleurs que d’autres villes s’en inspirent. ‘Réinventer Paris’ est une façon pour une collectivité locale  d’avoir des prestations d’architectes et d'équipes de concepteurs sans rien débourser.  C’est un détournement inacceptable et ce, sans aucun encadrement public des procédures de consultations de la maitrise d’œuvre.

‘Réinventer Paris’ met donc à mal ce qui fait la valeur des concours en France. Le législateur a pourtant offert un cadre réglementaire pour choisir les projets les mieux-disants. C’est pourquoi depuis 1985, nous avons des réalisations de qualité. Il ne faudrait pas tout démolir surtout au nom de ‘l’innovation’.

Quelles sont vos préconisations ?

Pour ‘Réinventer Paris’, personne n’est, par exemple, en mesure de citer les critères de sélection du jury. C’est bel et bien l’invention d’une procédure obscure qui ne coûte rien à la ville et qui lui apporte à la fois publicité et finances. Mais c'est aussi une procédure très coûteuse pour notre profession. L’Ordre n’est pas opposé par principe mais que cela s’inscrive dans une politique architecturale et urbaine digne de ce nom. La puissance publique doit garantir l’intérêt général, rémunérer et respecter les cultures professionnelles.

Paris n’a fait que jouer de son prestige et profité d’une profession en crise, prête à tout, jusqu’à saisir des opportunités qui peuvent, à terme, lui nuire profondément. L’Ordre a donc pour mission de demander un encadrement ainsi que la mise en place de règles lorsque la ville utilise ce type de consultation. Etre innovant c’est aussi mettre fin à des pratiques surannées où l’architecte-artiste travaille pour la gloire. Nous sommes aussi des chefs d’entreprise.

Quelle place souhaitez-vous jouer dans le cadre d’un prochain appel à projet ?

Nous n’avons pas été consultés lors de cette première édition de Réinventer Paris. Nous avons interpelé la ministre de la Culture sur le fait que Paris devait être exemplaire. Aussi, nous souhaiterions être associé ou, du moins, être consulté afin que la prochaine consultation soit définie par des règles précises offrant une place respectueuse au travail de tous les intervenants. Nous souhaitons également que les critères d’attribution soient mieux définis et qu’il y ait un arbitrage entre public et privé. Bref, que l’ensemble des procédures soient transparentes et que les règles soient clairement définies avant le lancement de la consultation.

Propos recueillis le 8 janvier 2016.

Réactions

LF | architecte | Champagne-Ardennes | 10-03-2016 à 08:41:00

Tout le monde le sait (sauf la Mairie de Paris!) que les promoteurs préfèrent partager les risques que les bénéfices avec les "prestataires de service" que sont devenu les architectes sont.Ceux qui construiront seront payés, les autres auront eu le plaisir de participer (P. Coubertin!). Si la Maitrise d'ouvrage publique n'applique plus la loi MOP, les architectes et l’intérêt publique qu'ils défendent finiront noyés dans les "BTP".
Sinon, végétaliser la ville c'est nécessaire mais pas suffisant...

petpou | architecte | Pays de Loire | 12-02-2016 à 11:07:00

Mais pourquoi les architectes rpondent ce genre de consultation ?
Soyons unis face la crise que nous traversons, et arrtons de voir seulement notre nombril derrire notre cran d'ordinateur.

Degio | Chef | Berny-La-Croix | 11-02-2016 à 10:06:00

L'Ordre a mille fois raison de dénoncer ce type d'agissements. Cynisme et désinvolture, face à une profession en miettes, en voie de paupérisation si ce n'est d'extinction... On attendait d'Hidalgo autre chose qu'un concours de beauté sur lit de salades vertes.

Djezer | Architecte | Pays de la loire | 11-02-2016 à 08:22:00

L'architecte a-t-il encore le droit de cité?
Sans concours Brunelleschi n'aurait pas construit le dôme de Santa del Fiore.
A Paris, on revient à la monarchie absolue.

CHOMETTE | ARCHITECTE | IDF | 10-02-2016 à 23:32:00

Cette consultation est l'exploitation des architectes par une matrise d'Ouvrage Publique! C'est totalement un dtournement de la loi MOP, en pleine inqualit et c'est la Capitale de la France qui donne un tel exemple!!
C'est une honte!! La matrise d'ouvrage publique est donc par la Ville de paris entrain de dtourner une loi, qui s'imposait elle. Analysons aussi les agences et les matres d'ouvrage finales qui en ont t les laurats. Qui peut se permettre de travailler ainsi sans rmunration? Comment peut on confier ainsi des territoires complets de la capitale une seule quipe?
Les questions sont graves et les rsultats entraineront une disparition de multiples projets au profit d'un nombre restreint d'quipe!!
Que les architectes qui ont particips de telles consultations, ne viennent pas "pleurer" quand ils se plaignent d'tre mal rmunrs!!

HubertGarcia | 10-02-2016 à 22:39:00

Tout est dit et pourtant le mal est fait... Oui, cette idée va faire tache d'huile c'est évident... il y en a déjà et il y en aura d'autres...
"Etre innovant c’est aussi mettre fin à des pratiques surannées où l’architecte-artiste travaille pour la gloire. Nous sommes aussi des chefs d’entreprise."
Alors pourquoi autant de réponses ? Non, les 650 equipes qui ont répondu ne sont pas toutes au bord du gouffre, bien au contraire pour certaines... Maintenant que les résultats sont rendus, est ce que cela valait finalement la peine ? Et bien non ! Certaines (la plupart ?) reponses laureates sont terribles de l'unique propagande végétale et notamment la treille semblable au camouflage militaire derrière les Bains Douches du XV ?!?
Je finirais par une courte remarque : non monsieur l'adjoint a l'urbanisme, ce n'est pas "a vous de jouer" ! Cela aurait été "a vous réfléchir" que vous auriez respecte un peu plus tous ces gens qui ont fait au moins 6 ans d'étude...

messire | 10-02-2016 à 21:46:00

Bien sur que c'est un scandale ce concours à projets bobo.....combien sont les agences capables de négocier avec le promoteur pour obtenir une indemnisation....5-6 sur la place de Paris ?... Quand les maîtres d'ouvrages publics ne respectent plus les règles d'équité uniquement dans un but de comm rapide...ça fait peur...bientôt les critères d'attribution des projets seront 90% sur les honoraires, comme c'est déjà le cas dans pas mal de cas chez des aménageurs locaux..(semcoda à bourg en Bresse...)..bref, les archis crevards vont être encore d'avantage tondus...c'est beau!

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