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Livre | Femme de l'espace, Galina Balachova (20-01-2016)

Tout est architecture ! Y compris – et surtout – une capsule spatiale. Les programmes de conquête de l’espace engagés par l’Union Soviétique ne pouvaient donc s’émanciper d’une réflexion sur l’habitabilité des structures qu’elle promettait d’envoyer à travers le ciel. Galina Balachova, par le plus grand des hasards, fut cette architecte qui, à force d’aquarelles, sut convaincre ingénieurs et techniciens de l’importance de…l’espace. Son autobiographie publiée en anglais et en allemand par DOM Publishers retrace cette épopée.

Russie

Il y avait, au tout début, des aquarelles… Galina Balachova relate dans son autobiographie une enfance aux côtés de sa mère, son père, de celle qu’elle appelait tendrement sa grand-mère mais aussi de Nikolaj Alexandrovitz Polianinov, un peintre installé dans la ville où la jeune fille venait d’emménager avec sa famille. Elle suivit son enseignement et apprit, avec lui, l’art de l’aquarelle.

En 1949, à la fin de son parcours scolaire, son père la conduisit à Moscou, à la faculté d’architecture. «D’un côté, j’avais beaucoup peint pendant ma scolarité et même pris des cours de dessin. De l’autre, mon père avait un frère, Sergeï Fiodorovitch Briuchov, qui était architecte», se souvient-elle. Le chemin était alors tout tracé.

02()_B.jpgElle évoque sa première année d’étude avec Vladimir Fiodorovitch Krinski, l’architecte du terminal portuaire Retchnoï Voksal et du canal n°8 de Moscou. Dès la troisième année, un vent de liberté séduit Galina Balachova. «Nos enseignants dessinaient et peignaient beaucoup avec nous. Nous autres, étudiants, collectionnions ces images que nous photographions et échangions. J’ai, aujourd’hui encore, un album contenant ces illustrations […]. D’une certaine façon, nous devenions architectes à travers ses images. J’ai toujours suivi ce que mes professeurs m’ont appris, y compris dans mes travaux les plus tardifs dans le domaine de la cosmonautique», écrit-elle.    

Diplômée, elle s’en est allé travailler à Kouïbychev (aujourd’hui, Samara). Elle épousa en 1956, Youri Pavlovitch Balachov. Tous deux étaient amis d’enfance. L'homme venait, de surcroit, de terminer ses études à la Faculté de Physique et de Technique. Il allait même intégrer une agence de construction expérimentale, OKB-1.

03()_B.jpgD’un poste à l’autre, Galina Balachov finit, elle aussi, par trouver une place chez OKB-1. «Il n’y avait, en dehors de moi, aucun autre architecte dans l’entreprise, tant et si bien, qu’au final, j’étais chargée de tout», se souvient-elle. Parmi les premiers projets, La femme planche sur un monument en l’honneur du concepteur des fusées GIRD-X.

Parallèlement, l’agence travaillait au développement du vaisseau Soyouz. «Ce programme portrait pour la première fois sur un module habitable», note Galina Balachov. «Youri Gagarine n’avait eu besoin lors de son voyage dans l’espace que d’un petit module adapté à ce court séjour. De part les développements ultérieurs, il fallait concevoir des vaisseaux dans lesquels il serait possible de travailler et de passer plus de temps. Les modèles passés – Vostock et Vochod – proposaient, au sein d’une capsule, trop peu de place aux cosmonautes ; seule la position allongée était possible pour la stabilité du corps lors des phases de décollage et d’atterrissage. Ces constructions se révélaient totalement inadaptée à des voyages de plus longue durée», relate-t-elle.

Toutefois, Galina Balachov était jusqu’alors étrangère à ces programmes. Selon ses responsables, un architecte leur était bel et bien nécessaire. Galina Balachov fut donc convoquée «dans la cage d’escalier», là où «les conversations restent secrètes». Il lui avait été alors soufflé qu’elle rende, au plus vite, une étude sur un module spatial. «Je trouvais ce travail intéressant. Rendez-vous compte, un véritable vaisseau spatial !», s’enthousiasme-t-elle encore.

04().jpg.jpg «Si mes souvenirs sont bons, il m’a fallut à peine un week-end pour imaginer un module habitable», écrit-elle.  Un pupitre, des rangements, des toilettes, un canapé sous lequel est placé tout l’équipement nécessaire. L’esquisse a séduit. Des aquarelles furent alors commandées à Galina Balachov afin de présenter officiellement sa proposition et d’en envisager la réalisation à l’échelle 1.

Les mois suivants conduisirent à la réalisation d’autres variantes. Les croquis se multiplièrent et les maquettes à taille réelle se suivirent. Toutes ces études ont aujourd’hui disparues, brûlées. Il n’y a alors plus que les mots de Galina Balachov pour les décrire.

Ceci étant dit, les recherches se poursuivirent à mesure des missions. Soyouz M, Soyouz 19, et la station MIR. Galina Balachov y travaillait assidument. Son autobiographie relate ses projets. Le texte est d’ailleurs accompagné d’une série d’images incroyables : échantillon de tissus, tests de couleurs mais aussi dessins et aquarelles.

05().jpgGalina Balachova fut aussi la typographe de ces missions spatiales. Elle dessina également médailles et timbres à la gloire de l’aérospaciale soviétique. Aujourd’hui, le mur écroulé, le secret est tombé. C’est ainsi qu’elle peut livrer son histoire extraordinaire.

Jean-Philippe Hugron

Galina Balashova ; auteur : Galina Balashova et Philipp Meuser ; Editeur : Dom Publishers ; 160 pages ; en anglais ; prix : 28 euros.
ou
Galina Balaschowa ; auteur : Galina Balashova et Philipp Meuser ; Editeur : Dom Publishers ; 160 pages ; en allemand ; prix : 28 euros.

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