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Visite | Daquin & Ferriere, pour quelques cabanes en plus (13-01-2016)

L'habitat collectif semble corseté dans un ensemble de règles et de contraintes. Daquin & Ferriere ne désespère pas d’y trouver un espace de liberté. A Gentilly, pour une opération exemplaire de 60 logements sociaux, l’agence a pris le parti de développer de généreux espaces extérieurs et quelques cabanes… pour libérer également l’imaginaire et les usages.

Val-de-Marne | Daquin & Ferriere Architecture

Lénine, ZAC Lénine. Entre grand ensemble et opération nouvelle, un terrain vague restait à urbaniser. «La banlieue a été aspirée par son sous-sol. Paris n’y a laissé que friches et carrières», résume Patricia Tordjman, mairie de Gentilly. La création d’une zone d’aménagement concerté relevait de l’évidence mais aussi du «combat»

Il fallut racheter le terrain et y proposer un urbanisme suffisamment fin pour ne pas ajouter du temps au temps et retarder sans cesse l’aménagement de ce maigre territoire en marge de la capitale.

02(@HerveAbbadie)_B.jpgUne fois le plan masse établi par l’agence Philippon Kalt, des concours ont été organisés. La première opération, N1/N2, devait être marquante : deux immeubles parallèles, imposants, devaient créer une transition vers les barres du Chaperon Vert. L’agence Daquin & Ferriere, en lieu de répondre seule, s’est associée à l’agence A+ Samuel Delmas pour éviter, sans doute, la répétition et pour offrir, vraisemblablement, plus de diversité. Voilà qui plut à la maîtrise d’ouvrage.

«Nous voulions avant tout régler la question du croisement des échelles urbaines et domestiques et montrer les valeurs du logement social», débute Olivier Ferriere. «Le positionnement des immeubles n’appelait pas exactement la même réponse. L’un se devait d’être plus extraverti que l’autre. Il nous paraissait donc intéressant de développer deux écritures différentes», poursuit-il.

03(@HerveAbbadie)_B.jpgRestait à envisager une méthode de travail. De concert ? «Nous nous sommes interdits de nous influencer mutuellement et nos projets se sont révélés forts distincts. Toutefois nos deux propositions dialoguent parfaitement», indique Olivier Ferrière. Voilà donc, sur le papier, une surprise qui fut de taille. De quoi s’en remettre à l’esprit du lieu.

«Pour notre immeuble, nous nous sommes concentrés sur les usages. Nous avions un cahier des charges précis mais aussi la liberté offerte de développer des espaces extérieurs généreux. Ceci correspondait à notre souci d’offrir des ‘plus’ au sein d’une opération de logements dense et verticale», explique l’architecte qui ne cesse de militer pour «ces espaces supplémentaires» ; «un jardin ou un appentis offrent des usages complémentaires», dit-il.

Sauf qu’il fallait trouver la place pour mettre en application un idéal. Ici, les balcons filent et se déhanchent, long et profond (de 10 à 35m²), devant des logements pour la plupart traversants. Sur chacun d’entre eux, un volume de polycarbonate (de 4 à 12m²) offre une pièce supplémentaire, non chauffée mais close : jardin d’hiver, abris, cabane, cave, débarras… A chacun d’y attribuer une fonction.

05(@HerveAbbadie)_B.jpgCes «boîtes» viennent caractériser la façade : impossible de les placer les unes sur les autres, elles ont donc été savamment réparties et dessinent «une composition abstraite» qui n’est pas pour déplaire à son architecte.

La figure aussi «complexe» soit-elle n’en devait pas moins d’être unitaire. «Nous voulions, pour les garde-corps, un verre strié ; nous avons finalement choisi un verre sérigraphié pour assurer la continuité avec les volumes de polycarbonate», explique Olivier Ferrière. Question d’esthétique mais aussi sacro-sainte angoisse des canisses multicolores…

04(@HerveAbbadie)_B.jpgA cette façade largement ouverte s’oppose des apparences plus sévères et introverties de l’autre côté, sur le jardin central, face à l’autre immeuble du lot. Un projet façon réglisse-menthe donc qui assure à la ville une plus grande diversité ; la banlieue est un joyeux désordre et cet ensemble s’en fait l’un des éléments les plus précieux.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Construction de 60 logements locatifs sociaux / ZAC Lénine /LOT A N1/N2
Adresse : 8 Mail des Tilleuls / 94250 Gentilly
Aménageur : Eiffage Aménagement / Architecte coordinateur de la ZAC : Philippon Kalt
Maître d'ouvrage : OPALY (Office public de l’Habitat Arcueil-Gentilly)
Equipe de maîtrise d'oeuvre du Lot 1 N1 / N2, mandataire du Lot A : Daquin&Ferriere Architecture
Directeur du projet : Olivier Ferrière
Chef de projet : Frédéric Herlaut
Surface habitable : 4100 m² SHAB
Montant global et forfaitaire des travaux du Lot A N1 : N2 = 8 000 000 €HT

Calendrier
Rendu du concours : janvier 2011
Permis de construire : 29 février 2012
Livraison : 05 novembre 2015

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