ESA Février 2012

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Bâtiment sur rue, façade sud

Visite | 'Scenarii de vie' en logements sociaux à Bagneux (92) (22-10-2010)

Livrés en mai dernier, les logements sociaux, traversants et lumineux, conçus par Fabienne Gérin-Jean au sein de la ZAC du Moulin Blanchard à Bagneux ont pour particularité d’être tous différents les uns des autres. Une diversité à laquelle fait écho un montage judicieux entre architectes, l'entreprise et maîtrise d'ouvrage. Visite.

Logement collectif | Brique | Hauts-de-Seine | Fabienne Gérin-Jean

"En France, le logement a besoin de réflexion", souligne d'emblée Fabienne Gérin-Jean, architecte de l’un des trois bâtiments de logements sociaux récemment livrés au sein de la ZAC du Moulin Blanchard à Bagneux sous la houlette de la SEMABA*.

Une réflexion qu’elle mène depuis la création de son agence en 1985 avec de nombreuses réalisations en la matière et, aussi, en tant qu’architecte conseil auprès, entre autres, du service d’urbanisme de la ville de Reims.

Brique moulée main pour ZAC PLSA

A Bagneux, la visite n’a pas encore débuté que, déjà, l’oeil s’attarde sur les briques moulées main "en pose aléatoires trois teintes" et les fers plats en aluminium thermolaqué formant les garde-corps de la façade sud des 42 logements 'PLSA HPE' (Prêt Social Locatif-Accession et Haute Performance Energétique) conçus par Fabienne Gérin-Jean.

D’évidence, le projet de l’architecte se distingue des constructions alentours. Pour autant, les trois bâtiments composant la partie 'publique' de la ZAC - un quatrième, en limite de terrain, ayant été confié à un promoteur privé - coexistent en harmonie.

De fait, la ZAC du Moulin Blanchard est le fruit d’une procédure "de candidatures sous dossier" et les trois équipes d’architectes sélectionnées par la SEMABA - dont les agences Daquin-Ferrière et Grifo - ont, à la demande de la maîtrise d’ouvrage, collaboré pour conférer de l’unité à l’ensemble. "La SEMABA souhaitait surtout que la ZAC fonctionne d’un seul tenant", précise Fabienne Gérin-Jean. Résultat : en coeur d’îlot, le relief irrégulier du jardin servira de terrain de jeu aux familles des trois bâtiments. Par ailleurs, "nous nous sommes mis d’accord sur les tons" : beige, taupe, gris composent la palette de la ZAC. D’autres détails témoignent d’un permis de construire commun. "Nous avons accepté de recevoir les sorties de secours du bâtiment mitoyen", précise ainsi Fabienne Gérin-Jean.

02(@F.Gerin-Jean)_S.jpg Logements traversants, logements diversifiés

Implanté en coeur de site, le projet de l’architecte est composé, au sud, le long de la rue du Moulin-Blanchard, d’un front bâti et, de part et d’autre de ce corps principal, de deux plots intérieurs, le tout encadrant un carré végétal. Au rez-de-chaussée du bâtiment principal, les logements sont "protégés" par des patios. Ce qui saisit davantage le visiteur est la luminosité des appartements occupants des trois niveaux courants. Traversants, ils sont tous dotés de généreuses ouvertures. Lesquelles trouvent leur source d’inspiration dans le site d’implantation du projet. "La situation du terrain est exceptionnelle : nous sommes implantés au sud mais, surtout, en hauteur, sur un talus, ce qui permet d’éviter les vis-à-vis", explique Fabienne Gérin-Jean.

"S’il nous a paru essentiel de tirer parti du site, le vrai travail se fait sur l’espace intérieur", poursuit-elle, évoquant tant ce projet lui-même que le sujet du logement en général. Lumineux, les appartements de la rue du Moulin-Blanchard sont surtout diversifiés. "Nous avons travaillé des typologies très différentes, y compris entre les appartements de palier". De fait, T2, T3, T4, ainsi que T3 pouvant être transformés en T4, duplex avec accès privatif au jardin... "il n’y a pas trois appartements identiques". D’où une volumétrie d’ensemble mouvementée.

Compacité

Pour Fabienne Gérin-Jean, compacité n’est pas antonyme de diversité. "Il y a peu de m² de circulation dans les appartements", pointe-t-elle. Effectivement, en concentrant les circulations le long de coursives bordant la façade nord du bâtiment principal, l’architecte a maximisé sa surface utile. "En général, les maîtres d’ouvrage veulent peu de cages d’escalier ; or, c’est en multipliant les espaces de circulations verticales ou les distributions par coursives qu’il est possible d’obtenir des plans compacts et de travailler différentes typologies. Ici, les logements ont gagné 30% d’espace", évalue-t-elle. Evitant "autant que possible" les couloirs, l’architecte "va chercher" tous les vides de construction ; "je n’aime pas les beaux rectangles", dit-elle. Ici, une alcôve, là un espace de rangement : imparfait, l’espace est vivant.

03(@JavierCallejas).jpgBâtiment principal, salon Si quelques détails forcent le regret - comme le PVC des menuiseries côté cour -, la diversité des appartements prête au jeu. "Lequel aurais-je choisi ?", se surprend à muser le journaliste. "Ils sont déjà presque tous loués", souligne Fabienne Gérin-Jean qui ne peut cacher, dans un sourire, un autre motif de satisfaction : "C’est la première fois que je fais une réception sans réserve". Explication logique : à permis de construire commun, la maîtrise d’ouvrage a confié les trois chantiers à la même entreprise générale, Bouygues Bâtiment IDF. Si "cela permet une baisse du coût global", la mutualisation a, selon Fabienne Gérin-Jean, également renforcé l’implication de l’entreprise dans le projet, qui a livré tous les chantiers dans les délais.

La confiance était donc au rendez-vous, autant du côté de l’entreprise qu’entre architectes et SEMABA. "Cela m’a permis de projeter avec sérénité", confie Fabienne Gérin-Jean. Pour autant, elle précise que la rémunération de l’architecte pose, dans le cadre du logement social, toujours problème. "En France, ces missions sont très mal payées : les honoraires sont de 6% contre 10 à 12% pour les équipements alors que le logement demande davantage d’attention, tant au regard de l’importance des réglementations et parce qu’il touche au bien-être, ce qui est autrement plus délicat que les problématiques d’équipement". Certes !

Evoquant des "scenarii de vie", l’architecte souligne enfin que tout projet est l’occasion "d’aller au-delà du cahier des charges". De fait, à Bagneux, "alors que la maîtrise d’ouvrage voulait du HPE, nous avons proposé d’atteindre le label BBC, notamment en mettant en oeuvre un double mur". Une proposition qui n’a pas abouti pour raisons économiques mais dont les études thermiques ont été "poussées au maximum".

Emmanuelle Borne

* SEMABA : Société d'économie Mixte Agir Pour Bagneux. Elle a pour objet "d'étudier et de réaliser tout projet de logements, de locaux d'activités économiques ou d'équipements d'intérêt communal".

Fiche technique

Programme : 42 logements PLSA HPE, ZAC du Moulin Blanchard, Bagneux (92)
Maîtrise d’oeuvre : Fabienne Gérin-Jean Architecte, chef de projet Olivia Rouzé
BET : Sibat
Paysagiste : Jean-Michel Rameau
Maîtrise d’ouvrage : SEMABA (Société d’économie mixte agir pour Bagneux)
Assistance à la maîtrise d’ouvrage : Sorec
Entreprise : Bouygues Bâtiment IDF Habitant social
Surface Shon : 3.629m²
Montant de travaux : 4,9M euros HT

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 16 juin 2010.

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