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Eglise Meguro à TokyoEglise Meguro à Tokyo

Portrait | Antonin Raymond, un architecte sans histoire ? (25-11-2015)

Les œillères de l’histoire orientent le regard vers des géographies familières et proches. Les ouvrages encyclopédiques sont parfois myopes dès qu’il s’agit d’aborder des objets lointains, plus encore mouvants et instables. Où donc classer Antonin Raymond ? A Reimann, de son nom germanisé, ou Rajman de son vrai patronyme ? A République Tchèque ou encore à Empire Austro-hongrois auquel appartenait sa Bohême natale ? A Etats-Unis, où il initia son parcours ? A Japon, où il excella ? Inclassable et, en toute logique, oublié.

Monde | Antonin Raymond

Un ouvrage écrit par Christine Vendredi-Auzanneau publié en 2012 rappelait au souvenir d’un brillant architecte. Aujourd’hui, une exposition à Prague présentée à la Galerie Jaroslava Fragnera jusqu’au 6 décembre 2015 porte sur le devant de la scène une figure nationale pour, peut-être, s’en réapproprier la gloire.

Aux Etats-Unis, Kenneth Frampton regrettait déjà que l’œuvre de cet architecte fut ignorée par Henry-Russell Hitchcock et Philip Johnson, lors de l’exposition en 1932 sur le Style International. Il déplorait aussi que, de façon générale, aucun hommage ne soit vertement rendu sans être fait «à contrecœur».

02(@ArchivRaymond)_S.jpgEn France, l’architecte fut également malmené, accusé de plagiat par Le Corbusier qui vit dans la maison d’été à Karuizawa, une copie de sa maison Errazuruiz, au Chili. Certains dénoncèrent aussi la chapelle de l’école chrétienne pour femmes de Tokyo, une reproduction éhontée de Notre-Dame du Raincy. Bref, d’un patronyme aux sonorités gauloises, voilà cet observateur de la modernité, plus encore son diffuseur, à jamais écarté des rétrospectives actuelles.

Pourtant, qu’Auguste Perret trouve un écho au Japon, voilà qui peut-être intéressant, d’autant plus pour un architecte formé en Europe Centrale puis aux Etats-Unis. Christine Vendredi-Auzanneau impute ce particularisme à Bedřich Feuerstein, figure majeure de l’architecture tchèque morte malheureusement prématurément, qui fit ses classes à Paris, chez les frères Perret, puis à Tokyo, aux côtés d’Antonin Raymond, particulièrement intéressé par les problématiques du béton.

03(@KazuyoshiMiyamoto)_B.jpgCentre musical GunmaToutefois, bien avant cela, bien avant même l’arrivée au Japon et la création de sa propre agence, Antonin Raymond, alors jeune Reimann, a forgé son approche de l’architecture chez Cass Gilbert, auteur du néogothique Woolworth Building puis chez Frank Lloyd Wright. C’est le maître américain qui ouvre à ce collaborateur devenu proche les portes d’un pays déjà acquis aux techniques occidentales ; l’Imperial Hotel de Tokyo deviendra donc un exercice formateur.

Ce chantier une fois achevé, Antonin Raymond décida de s’installer au Japon. Il y reste jusqu’aux prémices de la Seconde guerre mondiale. Un projet de logements pour étudiants, à Pondichéry, le détourne de l’archipel nippon et le conduit sur le chemin du retour vers les Etats-Unis.

04(@KazuyoshiMiyamoto)_S.jpgDans sa ferme de New Hope, en Pennsylvanie, il ambitionne avec son épouse de créer un environnement physique et intellectuel synthétisant la modernité du Style International et la tradition japonaise. Finalement, après avoir largement travaillé pendant cette période pour le ministère américain de la Défense pour qui il réalisa des baraquements préfabriqués, Antonin Raymond ne peut que retourner au Japon et participer à l’effort de reconstruction.

Il réalise alors le Reader's Digest Building de Tokyo (détruit en 1963) selon les principes modernistes d’alors. Ironie de l’histoire, l’architecte dira du Musée de la Paix à Hiroshima conçu par Kenzo Tange qu’il en est l’imitation…

L’œuvre polymorphe prend son envol et s’émancipe des modèles. Antonin Raymond donne corps à un syncrétisme architectural, une «symbiose» si chère à une génération d’architectes d’après-guerre dont Kenzo Tange sera l’un des plus illustres représentant.

05(@KazuyoshiMiyamoto).jpgCentre musical GunmaL’usage qu’il fit du béton marqua également les plus grands maîtres d’oeuvre japonais. Parmi eux Tadao Ando ou encore Kengo Kuma qui se montre, notamment, dans la préface du livre de Christine Vendredi-Auzanneau, admirateur de l’œuvre d’Antonin Raymond.

In fine, le parcours de cet homme natif de Kladno reste proche d’un Marcel Breuer, né à Pecs, en Hongrie, de Richard Neutra ou de Rudolf Schindler nés à Vienne, en Autriche, a ceci près qu’Antonin Raymond se servit des Etats-Unis comme tremplin vers le Japon pour montrer combien la modernité peut-être universelle.

Jean-Philippe Hugron

06(@JanVytopil).jpgEglise St Joseph à Victorias City (Philippines)

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