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Présentation | Jean-Baptiste Pietri et l'imaginaire de l'architecte (25-11-2015)

Un architecte doit-il faire étalage d’un catalogue convenu de références bien senties pour justifier un projet ? Qui Peter Zumthor, qui l’architecture vernaculaire… Des noms, des principes, des bâtiments reviennent avec force régularité à mesure des modes et des époques. D’autres, aussi, s’effacent et peuvent paraître surannées voire déplacées. Jean-Baptiste Pietri, à ce jeu, reste tout d’abord discret préférant laisser chacun projeter ses propres fantasmes. Voir, pour cela, la nouvelle capitainerie de La Londe-Les-Maures.

Bâtiments Publics | Var | Jean-Baptiste Pietri

Pour éviter toute explication ‘bateau’, Jean-Baptiste Pietri sans même convoquer quelques images maritimes – a priori fortuites – précise les données d’un programme : une capitainerie, un club de pêche, un yacht club, un office de tourisme, une grande salle de réception et de menues commodités, le tout sur à peine 350 m².

Ces usages diversifiés nécessitaient la plus grande indépendance des parties. L’architecte a alors imaginé un dispositif simple où les circulations sont extérieures. Des premiers croquis est né un ensemble de coursives circulaires. L’idée de pouvoir faire le tour du bâtiment a vraisemblablement guidé le crayon à dessiner des formes courbes et dynamiques.

04(@PietriArchitectes)_S.jpg«Ce n’est certainement pas la métaphore d’un navire», souligne Jean-Baptiste Pietri. Certes, la proximité de la mer pouvait aisément appeler cette comparaison. L’homme de l’art s’en est ouvertement émancipé. Ce sont les contraintes fonctionnelles qui ont présidé aux choix plastiques, soutient-il.

Il en allait ainsi davantage d’une certaine sobriété dans un contexte sensible, face à la mer, non loin du fort de Brégançon. Il en allait également d’une région parfois conservatrice en matière d’architecture. Sans doute ne fallait-il pas provoquer une population dans un paysage aussi délicieux. «Je souhaitais donner corps à un objet de notre temps qui soit doux et consensuel. Je voulais une architecture qui puisse être aimée», revendique l’architecte.

«Il n’y avait pas lieu de faire, en cet endroit, une expérimentation. Le site imposait cette forme douce. Ce bâtiment est aussi méditerranéen ; un peu lourd, il est fait de béton et d’enduit. Il n’y a pas besoin de crier fort pour être juste ou, inversement, de verser dans le minimalisme», soutient-il.

De fait, la capitainerie est un belvédère, simple, face aux vents. «L’architecture doit se rapprocher du grand public. Pour cela, le contemporain ne doit pas être synonyme de radicalité», assure-t-il. Le «beau» s’invite alors dans la discussion avec, sous-jacents, les thèmes de la culture et de l’imaginaire collectif.

Plus avant, c’est la question de l’appropriation qui est soulevée et Jean-Baptiste Pietri se réjouit d’observer touristes et autochtones se portraiturer à coup de selfie devant la nouvelle capitainerie. Il s’agit là du pouvoir attractif mais aussi évocateur de l’architecture.

02(@LisaRicciotti).jpgA chacun donc de laisser libre cours à son imagination pour voir, peut-être, à La Londe-les-Maures un écho au Streamline des années 30, une lointaine parenté au pavillon de la Warr d’Erich Mendelsohn et Serge Chermayeff, une familiarité avec l’Art Déco américain voire, avec une architecture balnéaire moderniste.

Face à cette boulimie de lointaines comparaisons, Jean-Baptiste Pietri peut s’avérer circonspect. «J’ai peur des métaphores», reconnait-il. La crainte est fondée tant elle pourrait disqualifier un projet ou, pis encore, le contraindre dans ses intentions. Voilà dans ce choix modeste une soif d’«indépendance» qui s’exprime.

Ceci étant dit, s’il est possible de se dire libre, personne ne peut s’émanciper d’un imagier constitué à mesure des années. Sur les étagères de l’agence, des centaines de livres. Parmi eux, quelques-uns sur Miami glanés lors de voyages fréquents aux Etats-Unis. Sans doute des heures et des pages qui ont pu nourrir un esprit.

03(@PietriArchitectes)_B.jpgPourquoi donc s’en cacher ? Après tout, la célèbre ville de  Floride n’illustre-t-elle pas la métamorphose d’un désamour ? L’art déco y retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesses. Alors, y-a-t-il là l’origine d’un trait ? Silence. L’homme de l’art, sourire aux lèvres, ne se montre pas plus disert.

«Que l’architecte reste, avant toute chose, nouvelle !», répond-il avec enthousiasme. Peu importe donc les références ; à chacun d’inventer une histoire qui lui plait de croire.

Jean-Philippe Hugron

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