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Livre | Extrapolis, cinq fictions métropolitaines (1/2) (25-11-2015)

«Extrapolations métropolitaines». Le dernier livre publié aux éditions Le Cabanon* reprend les travaux de 70 étudiants de l’ESA sous la direction de Reza Azard assisté de Jean-Benoït Vétillard. Chaque page est un régal. Les dessins présentés sont hallucinatoires et répondent à un exercice mobilisant un «espace mental intime et un imaginaire collectif». Cette semaine, Le Courrier de l’Architecte vous propose une sélection de cinq villes : Ahmedabad, Athènes, Hong Kong, Naples et Rio de Janeiro.

France

Ahmedabad // Opa(que)cité // Olivia Azali et Gilles Khairallah

02()_B.jpgIls marchent sur les toits et dans les rues, ils scrutent le ciel clair, où l’horizon semble disparaître dans l’invisible. La ville des possibles apparaît. Elle grandit avec l’afflux de gens et absorbe ses environs.
Des terrasses s’étalent le long de la rivière en toute pudeur et donnent place à une mise en scène presque théâtrale. Le bruit des enfants dans la rue, une scène de ménage à travers la fenêtre.
Des façades percées laissent place à tout le spectacle de la ville.
On n’aperçoit aucun reflet.
Les ombres se projettent sur les flots de la Sabarmati, indiquant le passage vers un monde « miroir ». Une structure émergente s’imprègne dans le paysage. Un pont invisible apparaît entre les deux rives.
L’été arrive.
Le monde miroir s’assèche à dix mètres pour laisser apparaître un nouveau lieu dans lequel déambulent marchands, artisans, danseurs et amateurs de cerfs-volants entre les colonnes et les murs de pierre.
L’eau est drainée. Les maisons coulent. La rivière asséchée devient la ville opaque.
Une cité sans eau, sans reflet.
Une cité qui change avec les saisons.
Une cité cyclique.

Athènes // chronotopia // Zoé Rémon et Myriam Sibaï

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Autour de moi, c’est le chaos. Tout s’enflamme, se consume, plus rien n’a de valeur. La brume s’intensifie ; je m’y enfonce petit à petit.
Seules des colonnes créent des percées d’espoir vers le ciel. Elles m’appellent.
Dès le premier rayon de soleil, le marbre des chapiteaux ioniques scintille et me rappelle qu’il existe une échappatoire ! Je sais qu’un jour j’atteindrai les hauteurs de cette ville céleste. Cependant, la circonférence hors norme de ses colonnes et leurs bases polies et marbrées modèrent ma frénésie d’ascension. Cette ville qui nous survole est diablement transpercée par la rugosité de la pierre. Ses plateaux, reliés entre eux et engendrant une circulation infinie, me laissent espérer, qu’un jour, je pourrai errer au sein de ses cours divines. Cette ville tentaculaire prend racine un peu partout sur notre terre. Et je me demande même parfois quelle est la profondeur de son enracinement. Chronotopia vient lier passé et présent, en croisant l’empreinte archéologique à la matière réelle. Ces plateaux horizontaux, si fins et légers, sont d’une immatérialité si surprenante qu’ils n’entraînent aucune ombre. Les planchers se confondent aux plafonds, le tout soutenu par la verticalité de nos vestiges grecs ! Cependant, malgré les plans, les échelles et les orientations différentes, l’un des plateaux semble les attirer.
Serait-ce une ville centralisée où tous les chemins mènent au coeur ? Et si ces morceaux de notre passé représentaient une possibilité d’avenir ? Cette ville dont on ne comprend que la structure, nous permettra t-elle un jour d’y amener nos foyers ?

Hong Kong // Posui // Morgan Mazé et Stevana Scaglia

04().jpg

Îles lointaines aux rives incertaines
Ton nom une fois dévoilé est port parfumé
Tes racines plongent dans la rivière perline
Ton corps escarpé s’additionne à ta beauté
Tes flancs d’Anglinoise que parfois les vagues de l’océan déboisent
Tu recèles une armada de gratteurs de ciel
Plantés comme les arbres d’une forêt entassée
Tes hautes tours se coiffent de nuages en abat-jour
Comme des marionnettes accrochées, les tours
Continuent de s’élever
Mais lorsque le marionnettiste n’est plus,
il se passe quelque chose de triste
Le ciel se venge peu à peu de la ville qui le mange
Ne portant plus secours et laisse s’effondrer les tours cette pesanteur écrasante te rattrape comme prise au fond d’une trappe
Tu éclates en un puzzle sans fin obligeant à d’éternels
Lendemains
Faisant de ta terre un nouvel univers

Naples // L’époque des Morts // Yi Yunkwon et Bo Ling

07().jpg Tous sont morts.
Toutes les villes tombent sous la terre.
Naples est morte.
Les Napolitains sont morts.
La vie est terminée.
L’âme est toujours vivante.
Quatre cent mille âmes d’habitants de l’époque des Bourbons
dorment sous terre en respirant l’air qui passe au travers des fissures.
Ils attendent une opportunité,
l’opportunité d’un retour.
Il faudra descendre pour les trouver,
Descendre sous terre.
On n’a jamais vu le monde souterrain.
On ne s’est jamais promené dans le monde souterrain.
La possibilité, une ville sans terre,
la possibilité, une ville identifiée,
la possibilité, une ville métamorphosée,
les extensions verticales,
les vides verticaux,
les organisations variées.
On s’est perdu avec des inconnus.
On s’est trouvé avec des inconnus.
On a communiqué avec des inconnus.
Le prolongement de Naples,
Nos ressources.
Nos transports.
Nos vies continuent.

Rio de Janeiro // Océane Patole et Lisa Rukavina

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Rio de Janeiro est la seule métropole dont l’horizon est naturel.
Cette situation topographique crée une gamme infinie de paysages possibles. Malgré le décor de rêve de la baie de Guanabara avec le Pain de Sucre, se cache, en toile de fond et à la surface de ses eaux tranquilles, une autre réalité : les montagnes s’effritent, les sources de pétrole fuient en geyser et dégoulinent des montagnes. Mais, «dans toutes les larmes s’attarde un espoir» (Simone de Beauvoir). Conscients que l’environnement devient instable, les Cariocas se tournent vers un autre mode de société, une société nomade. L’éboulement des montagnes laisse apparaître une structure interne, vestige des anciennes fabriques du siècle précédent. L’eau devenant le plan, les habitants trouvent alors refuge sur les hauteurs, utilisant la structure de la montagne pour reconstruire la ville. Rio de Janeiro est submergée et disparaît dans une immense marée noire.
Au fil du temps, peu à peu, la ville se détache de la terre et devient un archipel d’entités remarquables : Rio de Oleo.
À la fois quartiers d’habitation, parc naturel, plages, usine de sucre, musée, circuit de F1, cinéma, prison, île de luxe, hôtel… Ses îles ont chacune leur spécificité. L’organisation de la nouvelle ville s’instaure autour d’une série d’îles habitées et laisse comme vision de la baie de Oleo celle d’un ensemble d’îles à la carte.

* Extrapolations métropolitaines; auteur : sous la direction de  Reza Azard et Jean-Benoît Vétillard ; Editeur : Le Cabanon ; 175 pages ; Prix : 25 euros.

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