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Présentation | Un art de la douceur, Atelier Martel (19-11-2015)

Sur un élégant dossier consacré à la Maison d’Accueil Spécialisée pour épileptiques à Dommartin-lès-Toul, Atelier Martel fait figurer son nom en lettres capitales ainsi que les mots architecture, art et territoire. Une mention qui n’est pas vaine.

Santé | Béton | Meurthe-et-Moselle | Atelier Martel

La jeune agence fondée par Marc Chassin, Stéphane Cachat et Laurent Noël, a pour habitude de transformer ses bureaux en galerie d’art. Des artistes y interviennent et s’y exposent brillamment. Quelques mois durant, la confrontation d’une œuvre et d’une production crée des interférences, voire un dialogue.

L’œil s’affute et Atelier Martel fait montre de curiosité. Les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas. L’une d’entre elles fut particulièrement marquante : Mayanna von Ledebur et ses intrigantes photographies nébuleuses. 

A cette époque, l’agence réfléchissait à une maison d’accueil pour épileptiques, un programme rare dont il n’existe, aujourd’hui, en France, qu’un seul et unique exemple. D’une thématique difficile, il fallait faire montre de sensibilité. La tête dans les nuages, au bon souvenir de Mayanna von Ledebur et voilà qui fut trouvé : de la douceur !

02(@MvonLedebur).jpg«Il ne faut certainement pas stigmatiser à travers l’architecture pas plus qu’il ne faille surprotéger. Il nous fallait donner à ce lieu de la délicatesse et de la souplesse dans son traitement pour éviter qu’au sortir de l’institution, chacun éprouve, par contraste, une sensation de danger», résume Marc Chassin. De fait, il en allait, dans ce projet, d’un savant équilibre. «Notre ambition était de diminuer les facteurs de stress et donc de crise», poursuit-il.

Sélectionné après note d’intention par une association qui mène à bien le projet, Atelier Martel n’avait, au début de leur mission, aucun site pour ancrer leur proposition. L’agence a donc du participer au choix final qui fut celui d’un terrain en marge de la ville. L’endroit est certes périurbain mais la parcelle retenue offre une vision large et étendue sur la nature. Territoire !

De cette position privilégiée est né un parti architectural. Le projet se montre alors autant en introspection qu’en ouverture. Des vues plongent sur le paysage et des patios créent les conditions d’un agréable repli. Une architecture quasi monastique. Un carré face à l’horizon.

«C’est un lieu de vie», assure Marc Chassin. L’équipement est destiné à une population «pharmaco-résistante» pour qui les traitements n’ont que peu d’effet. Aussi, il fallait un lieu apaisant et des espaces fluides. Il en allait, dans un budget mince, d’une certaine rationalité. Echapper à une géométrie rigoureuse semblait alors impossible. Il n’y avait néanmoins aucune fatalité. «Nous devions être efficace», souligne l’architecte.

04(@MvonLedebur)_S.jpgLe béton brut fut ainsi préféré. «Ce matériau est pourtant dur en terme d’image et de perception», débute-t-il. Le souvenir de vaporeuse photographie ont conduit les associés de l’Atelier à commander à Mayanna von Ledebur une intervention artistique. «Nous lui avons demandé d’apporter douceur et sensualité au béton. En somme, qu’il soit complètement transfiguré», dit-il.

La recherche plastique a conduit sur les traces historiques d’une affection neurologique qui faisait déjà l’objet d’observations il y a plus de 5000 ans ; des textes en écriture cunéiforme relataient déjà de troublants symptômes. La matrice imaginée évoque donc ce passé mais aussi «une dimension archaïque» et «la main de l’homme». Mayanna von Ledebur fait d’une façade un élément tactile. Encore fallait-il mettre en œuvre la belle proposition.

Un fab-lab parisien a pu créer un moule en bois qu’une entreprise allemande refusait de réaliser. In fine, à partir de ce modèle, un coffrage est produit outre-Rhin. Les murs ont été ensuite coulés sur place, sans ouverture ni percement. Trancher le béton a révélé la matière, notamment sur ses tranches. Un détail qui fut dûment exploité.

Cette finesse d’exécution fut par ailleurs nécessaire pour rendre fluides les espaces. Les angles ont été arrondis et tout élément saillant, encastré.

05(@MvonLedebur).jpgSi le plan est relativement simple, si les patios et leur composition paysagère peuvent aider au repérage, il fallait plus encore aider à la reconnaissance des lieux. «Nous avons identifié des zones par des fresques. Il fallait des éléments forts», note Marc Chassin.

En lieu d’une signalétique bavarde et graphique, Atelier Martel a privilégié une nouvelle intervention artistique. Cirrus, stratus, cumulus, pour boucler la boucle, Mayanna von Ledebur a proposé une réinterprétation de son travail photographique, celui-là qui fut si inspirant pour les architectes. De grandes tapisseries de laine, toutes colorées, ont été imaginées pour couvrir de larges pans de mur.

Architecture, art et territoire. Plus qu’un slogan, une réalité. Atelier Martel en apporte, à Dommartin-lès-Toul, l’implacable démonstration.         

Jean-Philippe Hugron

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