Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Diplôme | Tanger, la métamorphose de la gare (11-11-2015)

«Réalités d’une ville-monde face au défi de la mobilité africaine». C'est ainsi qu'Othmane Bengebara sous-titrait son travail de fin d’étude présenté en octobre 2014 à l’Ecole Spéciale d’Architecture. Les profondes mutations d’un espace stratégique entre Atlantique et Méditerranée, entre Europe et Afrique ont amené à penser «l’avenir du réseau de transport, notamment terrestre, dont le secteur ferroviaire représente un véritable défi pour une Afrique connectée et communicante».

Maroc

Le projet cherche à comprendre les rapports qu’entretiennent nos sociétés avec la notion de ‘ mobilité’. Ce terme, qui articule à la fois l’ensemble de notre économie et nos villes représente «l’ensemble des manifestations liées au mouvement des réalités sociales des hommes, des objets matériels et immatériels, dans l’espace».

L’évolution des pratiques de cette «mobilité», à l’échelle nationale, régionale et internationale, représente un événement stratégique qui a conduit nos villes à se transformer en profondeur afin de participer à la course de la «mondialisation». Certaines de ces villes, que l’on peut appeler les Métropoles ou les Métapole, sont aujourd’hui les territoires vers lesquelles le monde converge et se présentent comme de véritables centralités dans la macro-géographie.

Ainsi, la «mobilité» transforme le rapport que nous entretenons avec nos milieux et modifie considérablement le paysage

Tanger est véritablement le reflet de l’influence de la «mobilité» sur un milieu urbain, une véritable «ville-monde». Elle concentre en son sein l’ensemble des caractéristiques des populations attirées par sa position géostratégique sur le détroit de Gibraltar et sur le bassin Méditerranéen : : «Empruntez quelques bruns et robustes gaillards aux quais bruyants de Barcelone, quelques autres aux replis du vieux port de Marseille, une part égale aux faubourgs de Gènes et aux ruelles d’Alger ; ajouter une poignée de Turcs et de Syriens, saupoudrez d’Espagnols, d’Anglais, de Français, de Portugais, de Mahonnais, de Maltais, brassez fortement et lancez comme grain au vent : vous aurez - à peu près - la ville de Tanger», écrit Albert Paluel-Marmont dans ‘Tanger l’unique’.

02(@PSeron).jpgCes populations ont toutefois été polarisées et centralisées grâce à un outil architectural catalyseur, son port. Le port historique de la ville, est véritablement une «Architecture» au coeur de sa fondation, garant de son identité. Ce territoire est avant tout un espace sous pression, au sud, il se confronte à la masse historique de la médina, avec sa façade lourde et minérale, bruyante et poussiéreuse. Au nord, cet espace se confronte à la puissance de l’horizon portuaire, c’elle de la machine et du commerce international, celle de centaine de bateaux qui transitent, celle de l’homme et de la logique mondiale. A l’ouest, c’est le front d’une forêt qui inculque un rythme quasi-asymptotique à ce site, avec le poids du vent en perpétuel mouvement, et à l’Est c’est l’écrasante force métaphysique de la Méditerranée qui ridiculise tous les gestes.

Tanger connaît depuis une dizaine d’années un développement spectaculaire. Elle est devenue en peu de temps la locomotive du dynamisme économique marocain qui se traduit par une croissance économique et démographique accélérée. Aujourd’hui, elle est le théâtre de profondes mutations liées aux enjeux des «mobilités» qui touchent l’espace méditerranéo-africain.

Ainsi, l’évolution des contextes stratégiques conduit à l’avènement de nouveaux projets structurants, comme celui de «Mégaport de TangerMed» ou encore celui de «l’Afrotunnel». Ces événements structurants ont permis à ce territoire d’organiser et de lancer un vaste programme de développement, le projet «Tanger-Métropole» pour «le développement intégré, équilibré et inclusif de la ville du détroit afin de lui permettre de se hisser au niveau des grandes métropoles internationales», selon Mustapha Morchid, responsable du projet à la préfecture de Tanger.

03(@PSeron).jpgLe projet de l’«Afrotunnel», se révèle comme le nouvel évènement de la «mobilité», catalyseur des nouvelles attentions et stratégies à long terme : «l’Afrotunnel permettra d’établir un lien direct entre deux continents. Par ailleurs, cela permettrait de mettre en place un moyen de transport plus rapide que le bateau et moins coûteux que l’avion, et renforcerait la coopération économique régionale et internationale. On pourra citer le tourisme ou encore les échanges commerciaux. Enfin, à plus grande échelle, cela favoriserait davantage d’échanges entre l’Europe et l’Afrique», assurait Chafik Jilali, secrétaire général de la Société nationale d’études du détroit de Gibraltar, lors de la conférence «Le Projet du canal de

Gibraltar : défis et perspectives d’avenir».

C’est dans ce cadre que nait ce projet d’architecture, axé sur la requalification de l’espace portuaire vacant de «Tanger-ville». En effet, l’ouverture de l’«Afrotunnel», l’avènement de l’économie africaine et le développement des coopérations Sud-Sud sont devenus de véritables paramètres qui risquent de conduire au développement d’un réseau ferroviaire africain, à l’échelle internationale voire transcontinentale. Un réseau nécessaire, en devenir, et qui influera sur l’évolution des villes et des cultures du continent. L’une des étapes primordiales dans la construction de ce projet d’architecture a été de dessiner un des scénarios possibles, afin d’ancrer le site de Tanger dans un réseau beaucoup plus large que son simple territoire.

Cette nouvelle géographie des liens, où le milieu tangérois se révèlera comme une véritable «centralité», m’a amené à développer une réflexion autour de la pertinence d’une gare à l’échelle internationale comme l’élément régénérateur de l’espace portuaire de Tanger-ville. Cette gare qui, comme à l’image de l’ancien port, viendra, selon James Bird, auteur de ‘Seaport Gateways’, «polariser, organiser et maximiser le nombre de relations entre les lieux et les ensembles en un même point». Mais cet édifice public, pourrait être, à travers le projet d’architecture, le point de départ d’une nouvelle réflexion, à la fois urbaine et architecturale, afin de permettre à ce site symbolique de devenir un véritable territoire d’expérimentation basé sur l’idée de la métamorphose de la ville méditerranéenne et de ses composantes.

Othmane Bengebara

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de G+ architectes (Paul Gresham et Michaël Neri architectes)

Groupe scolaire à Viessoix : en chantier. Maison de la danse et du chant : en études. Médiathèque et Ecole des Arts à Champagné : concours. Salle de spectacle à Basse-Goulaine :...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de Valode & Pistre

Valode & Pistre a pour vocation d’intervenir dans tous les domaines de l’architecture, de l’aménagement urbain et de l’architecture d’intérieur. L’année 2018 confirme la...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 de NBJ

En 2018, l’agence poursuit ses engagements multiples. Quelques concours perdus comme le groupe scolaire de Montpellier ou le projet Ville Port de La Grande Motte qui a été l’occasion d’une belle collaboration avec...[Lire la suite]