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Portrait | Bartolo Villemard, les pilotes de la métamorphose (05-11-2015)

L’image, l’objet, la forme, le contexte… autant de tartes à la crème ! Eric Bartolo et Jérôme Villemard en sont pleinement conscients. Toutefois, le duo se refuse de participer au jeu des mots interdits. Sans aucune pruderie, ils en font même un usage «précis». L’intention serait, après tout, de faire évoluer la profession. Voilà qui n’est possible qu’en sachant manier ces innommables. 

France | Bartolo Villemard Architecture Urbanisme

Du sol au plafond, des maquettes. Des perspectives aussi. En veux-tu, en voilà, des images et des formes… L’agence, dans son agencement, éclaire sur ses deux associés. Ni murs, ni cloisons, l’espace est résolument ouvert. Tout au fond, au vu et au su de tous, l’entretien s’engage. Alors qui ? Quoi et comment ?

«Nous nous sommes rencontrés chez Chaix et Morel, je suis parti chez Neutelings, nous nous sommes recroisés chez Dusapin Leclercq», indique Eric Bartolo. Chacun pour soi était donc reparti dans l’tourbillon de la vie ; à la ritournelle de recommencer encore et encore jusqu’à se retrouver.

Encore fallait-il passer à autre chose. Cache-cache fini, n° siren établi… premier appel d’offre obtenu, premier panneau présenté… La machine, bien huilée, était enclenchée. C’était il y a dix ans maintenant.

02(@CGuillaume)_S.jpg«De voir les Pays-Bas émerger, d’observer les MVRDV, les Koolhaas percer… voilà qui nous a donné l’envie de faire», poursuit-il. Depuis une décade, l’agence construit, y compris à Paris (intra-muros !).

Dix ans, aussi, sans heurt ni conflit. Le duo fonctionne néanmoins comme deux pongistes rivaux. «On ne se lâche rien», lance Jérome Villemard. Il en va de «l’auto-test». Bref, de la bonne conduite d’une association.

 «Nous partageons les objectifs mais pas la formalisation. Néanmoins, le projet est, au final, celui que l’un et l’autre peuvent ouvertement revendiquer», assure Eric Bartolo. A chacun ses compétences.

Ceci étant dit, le mot «forme» s’est vite immiscé dans la conversation. Trop, peut-être, pour ne pas être relevé. «Nous ne sommes pas dans l’évitement. Pour quelle raison devrions-nous rester dans la neutralité ? Nous voulons une architecture appropriable. Nous avons ce désir d’aller vers des projets spécifiques, de toucher à l’étonnement plus qu’au banal», affirme Jérôme Villemard. Voilà qui est dit.

Pour autant si «l’indépendance stylistique» est un objectif, la quête, à tout prix, de l’exceptionnel ne l’est pas. Tout bien considéré, la méthode de travail amène jusqu’à «élaguer l’excès» et à «chercher la précision».

03(@CGuillaume)_B.jpg «Nous ne commençons jamais par la question formelle», assurent-ils. Par le programme alors ? «50 logements ne font pas un projet». Alors ? «L’usage ! L’habitabilité !», lancent-ils de concert.

«Prenons l’exemple du tertiaire. Les promoteurs parlent généralement de produit et non de projet. Il n’y aucune raison pour que ce programme ne soit pas noble. Il peut même être l’occasion d’aborder les questions de qualité et de domesticité», note Jérôme Villemard.

L’intention est, avant tout, de créer un «lieu». Cette volonté est à mettre en écho avec un enseignement. «Je suis diplômé de Tolbiac et de Marne-la-Vallée. Je suis comme proche d’un Yves Lion par exemple. Je suis sans doute imprégné d’une culture parisienne et d’un retour à la ville», assure Jérôme Villemard. En citant les noms de Paul Chemetov et Bernard Huet, il désigne une «généalogie fléchée» qui guide la réflexion de l’agence.

«Voilà qui a montré le chemin d’une nouvelle capacité à s’intéresser à l’objet architectural et à son autonomie malgré son contexte», poursuit-il. Associer ces notions dans une même phrase relevait du danger. «Il faut marier les deux et cesser de penser que l’objet est un gros mot. Pour autant, le lieu prime sur tout», précise-t-il.

04(@BVAU)_B.jpgEt l’image ? «Faire un projet par l’image permet de poser un regard différent sur l’architecture», soutient Jérôme Villemard sans faire montre d’un quelconque rejet. La position est à relier à une passion : le septième art. Les références cinématographiques ne sont jamais loin et l’agence se risque à des collages «pop» où Dark Vador et Superman visitent quelques opérations réalisées par l’agence. «Un film est, après tout, une image construite», reprend Eric Bartolo. De fait, la relation à l’architecture est presque faite.

«L’image est un moyen de projection et de vérification», reprennent-ils. Le duo refuse cependant la tradition Beaux-arts, plus encore une architecture virtuelle de biduloïde inconstructible.

05(@BVAU)_B.jpg Bartolo Villemard se montre, tout au long de la conversation, sur le fil. Il n’est donc jamais question d’une pudeur excessive pas plus qu’il n’y a de volonté de provoquer gratuitement. «Nous voulons être concrets», martèlent-ils.

«Le métier connait des moments difficiles. Nous ne voulons pas nous isoler dans une situation dogmatique», expliquent-ils. Toutefois l’agence a bien ses obsessions : le «lieu» notamment. «Les bâtiments sont souvent des archétypes criant leur destination : je suis un hangar ! Je suis un canard !», avance Jérôme Villemard aussitôt repris par Eric Bartolo : «nous souhaitons reprendre le pouvoir sur le site. L’architecture est un moyen de se réapproprier un lieu», dit-il.

Un projet est donc l’opportunité d’une urbanité nouvelle. «Nous nous devons de raconter un ordre qui n’existe pas encore ici», poursuit-il. Aussi, l’agence apprécie particulièrement les endroits «peu constitués», entre RER et voie rapide, par exemple.

Enfin, il en va de l’enjeu d’un métier aujourd’hui malmené. Bartolo Villemard cherche à produire une «nouvelle typologie d’édifice» en vue de «se réapproprier l’acte de bâtir». L’ambition est de trouver un modèle économique entre développement urbain et architecture pour «trouver des marges de manœuvre» mais aussi un modèle social pour aller au-delà de «l’architecture de la consommation». Financement et rentabilité sont bien entendu dans la balance de la réflexion. Le principe de réalité avant tout.

«Quand on veut détourner un avion, il faut savoir monter dedans», concluent-ils.

Jean-Philippe Hugron

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