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Visite | Bruno Mader ; une densité, la lame à l'oeil (05-11-2015)

Densifier la ville… le slogan fait mouche. Encore faut-il qu’il soit politiquement acceptable et que l’empilement n’ait pas des allures d’entassement. Paris n’est pas Hong-Kong, sauf peut-être à considérer quelques statistiques ; leur paysage est néanmoins bel et bien différent. Alors cette tentative en bord de périphérique peut paraître bien modeste vue d’Asie. Il en va pourtant d’une opération exemplaire pour la capitale française. Le mérite à Bruno Mader.

Bâtiments Publics | Sport | Autres | 75017

Voilà, l’un par-dessus l’autre, un parking, un équipement sportif et un centre de secours. Mazette ! Et tout cela sur le même espace, en lieu et place d’un terrain de football et selon une judicieuse organisation.

La parcelle se positionne le long du périphérique. Il y avait là l’occasion d’ériger quelques tours et de densifier réellement la ville sans trop heurter les sensibilités. La mairie de Paris en a toutefois décidé autrement. Une solution mi-figue, mi-raisin voire un consensus mou électoraliste.

04(@SGrazia)_B.jpgL’architecture quant à elle, loin des enjeux politiques, est résolument fine. Bruno Mader a pensé, le long du périphérique, une lame sobre et cinétique. Le programme et le site appelaient un tel parti architectural. De façon pragmatique, l’édifice assure la double fonction de mur antibruit et de filet pare-ballon. Un brin réducteur, certes, mais l’architecte ne s’en cache absolument pas. Il en sourit.

La situation particulièrement urbaine avait de quoi séduire. In fine, Bruno Mader la théâtralise au sein d’espaces quasi schizophrènes. Le bâtiment joue des transparences. En plusieurs points de l’équipement, d’un côté le ballon rond s’offre en spectacle. De l’autre, le ballet automobile est incessant. D’un mouvement de tête, le paysage change du tout au tout. Ni le sifflet agressif d’un arbitre, ni le klaxon d’un chauffard ne parvient aux oreilles. Le silence déconcerte autant que l’animation environnante.

02(@HAbbadie)_S.jpg «Une mise à distance». L’expression revient souvent dans le propos de l’architecte. Vis-à-vis de la ville, vis-à-vis du trafic, vis-à-vis des compétitions sportives. Peut-être même des usagers entre-eux. Personne ne se mélange et chacun dispose de sa propre entrée. Question d’indépendance… et de gestion.

L’enjeu était donc à la tranquillité de chacun. L’architecture imaginée par Bruno Mader se veut une réponse au «désordre» du périphérique. «Nous voulions une forme simple qui calme le paysage», assure-t-il.

Le noir participe de l’effet. Dans un contexte où tout bâtiment se fait le support de publicités criardes, la sombre lame fait office de pause.

La finesse du bâtiment est, qui plus est, exacerbée ponctuellement par quelques larges ouvertures qui animent la façade. «Nous voulions qu’en hiver le soleil traverse ces grandes perforations et assure un contraste de lumière», assure l’architecte. La nuit, le halo lumineux du stade est aussi perceptible.

03(@SGrazia)_S.jpgCôté terrain, l’édifice se fait également discret. Un simple filet positionné devant la construction aurait pu la protéger. Bruno Mader a préféré imaginer un dispositif architectural unifiant la façade en la préservant de quelques tirs de ballon mal centrés. «Nous avons utilisé un matériau généralement mis en œuvre pour des gardes-corps. Nous réglons ainsi deux problèmes par une seule et unique solution», explique-t-il. L’idée, aussi pratique soit-elle, n’en est pas moins esthétique.

Depuis le terrain, par ailleurs, rien ne présage des installations techniques en dessous du gazon synthétique. Un vaste parking accueille les véhicules de la mairie de Paris. Quelques pans inclinés laissent deviner ouvertures et aérations. Ils peuvent être d’ailleurs un habile complément à la tribune en proposant au public des vues sur le terrain.

Bref, de la discrétion et de l’escamotage. Bruno Mader expose un art de la densité. Certes modérée mais assurément élégante. En somme, parisienne !   

Jean-Philippe Hugron

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